analyse

Carlos Brito: "Nous sommes le n°1 mondial des brasseurs artisanaux"

Pour 2019, le CEO d'AB InBev Carlos Brito table sur une solide croissance du chiffre d'affaires et de l'ebitda. ©EPA

Le premier brasseur mondial a redressé la situation au quatrième trimestre, ce qui lui a permis d’afficher des résultats annuels satisfaisants. Sa stratégie de premiumisation porte ses fruits, de même que sa politique d’acquisitions de brasseries artisanales.

Le premier brasseur mondial a bouclé un exercice 2018 de bonne facture grâce à un dernier trimestre supérieur aux attentes des analystes. "Nous avons enregistré des succès, mais l’année n’a pas été sans défis", a résumé mercredi le CEO Carlos Brito en présentant son bulletin au siège d’AB InBev à Leuven. Voici quelques-unes des principales évolutions qui sous-tendent ses performances.

1/ Premiumisation

AB InBev a pour stratégie de pousser les marchés plus mûrs vers les marques plus sophistiquées et plus chères. C’est un des gros moteurs de la croissance du groupe. Elle permet aussi d’accroître la consommation de jus de houblon vers de nouveaux moments et de nouvelles franges de la population.

Parmi les différents types de boissons alcoolisés, a expliqué Carlos Brito, "la catégorie bière a encore de larges opportunités de premiumisation par rapport aux autres catégories que sont les spiritueux et les vins". Selon une étude évoquée par le groupe, seuls 6% des bières sont vendues à des prix premium dans les marchés très matures, contre 30% pour les spiritueux et 85% pour les vins. Il y a donc de la marge pour faire mieux.

Et dans ce combat, la richesse du portefeuille de produits jouera un rôle important, selon le brasseur. "Avec l’éventail de marques dont nous disposons, nous sommes bien positionnés pour gagner ce combat." Les enjeux sont colossaux: selon une autre étude, le segment premium croît cinq fois plus rapidement que le marché classique et s’avère deux fois plus profitable.

rémunération

Brito moins gratifié

En 2018, le CEO d’AB InBev a touché une rémunération fixe de 1,43 million d’euros, stable par rapport à l’année précédente, peut-on lire dans le rapport annuel. Les autres membres de la direction ont perçu ensemble 10,12 millions. Carlos Brito a aussi reçu 0,73 million au titre de rémunération variable, en fonction d’objectifs à atteindre tant individuellement que collectivement. En mars 2018, il a par ailleurs encaissé son variable de l’année précédente, qui était beaucoup plus élevé: 5,1 millions, mais qui récompensait ses performances de 2017. Plus délicate, l’année 2018 a été marquée par la chute de l’action…

 

2/ Bières artisanales

"Nous sommes le n°1 des brasseurs artisanaux dans le monde", a déclaré ce jeudi Carlos Brito. Ce discours paraîtra provocateur aux yeux de beaucoup, et pourtant, si l’on s’en tient aux données chiffrées, le CEO a sans doute raison. AB InBev s’est fortement investi dans ce créneau ces trois dernières années.

Il y a réalisé une série d’acquisitions, avec pour résultat qu’il exploite aujourd’hui 35 marques artisanales dans 16 pays. Le groupe en exporte certaines, comme Goose Island. Il en profite pour glaner au passage une importante moisson de prix auprès des spécialistes: grâce à ses bières artisanales et spéciales, il a raflé 363 awards l’an dernier en participant aux 15 compétitions les plus prestigieuses…

"C’est un grand segment, a souligné Brito, dont nous sommes très fiers." Il a ajouté que "les entrepreneurs à l’origine de ces brasseries restent chez nous et continuent d’exercer leur créativité. Nous faisons en sorte qu’ils disposent de l’équipement nécessaire, pour qu’ils continuent d’inventer des bières et des styles."

 3/ ZX Ventures

54,6 milliards $
AB InBev a réalisé l’an dernier un chiffre d’affaires de 54,6 milliards de dollars, en croissance interne de 4,8% sur 2017.

AB InBev loge ses participations dans les brasseries artisanales dans le portefeuille de ZX Ventures, sa filiale dédiée à la croissance et à l’innovation. C’est ainsi que la brasserie Bosteels (qui produit la Karmeliet) et la Ginette appartiennent à ZX au niveau belge, par exemple.

Pour la première fois, le groupe a cité ZX Ventures dans ses comptes annuels en indiquant que celle-ci avait réalisé "une solide croissance des produits et de l’ebitda". Elle a vu son chiffre d’affaires enregistrer une hausse à deux chiffres. AB InBev a aussi précisé que ZX avait représenté "10% de sa croissance totale". Autrement dit, la filiale de disruption est elle aussi devenue un moteur du groupe.

4/ Bière sans alcool

AB InBev promeut depuis quelques années ses bières à faible taux d’alcool et sans alcool (Nablab). Il s’est engagé, pour rappel, à ce que ce segment du marché représente 20% de ses volumes d’ici 2025. Il est manifestement sur la bonne voie, puisque l’an dernier cette catégorie de bière a totalisé 8% de ses volumes.

Et dans six de ses marchés, sa part a déjà dépassé les 20%. Il s’agit de l’Australie, de la Chine, de l’Équateur, de la Colombie, du Panama et du Honduras. Autre indice de progression: l’an dernier, le brasseur a lancé douze nouvelles bières Nablab.

5/ Comparaison avec Kraft Heinz

Il y a quelques jours, le géant agroalimentaire Kraft Heinz a publié des résultats catastrophiques en expliquant notamment que les marques de grande consommation éprouvaient des difficultés à contrer certaines tendances de fond des consommateurs telles que manger bio, privilégier l’économie circulaire, etc.

Détail piquant: un des deux principaux actionnaires de Kraft est 3G Capital, le holding fondé par le brésilien Jorge Lehman, un des grands actionnaires d’AB InBev, et rejoint par plusieurs autres "inbéviens" dont Alexandre Van Damme. D’où la question adressée à Carlos Brito: "Devez-vous faire face à la même tendance?"

  Le CEO s’est voulu rassurant: "De nombreuses catégories de produits doivent en effet affronter la déflation et le déclin des volumes, a-t-il répondu. Ce n’est pas le cas de la bière qui, ces dix dernières années, n’a cessé de croître au plan mondial. Ses volumes en dollar continuent de progresser chaque année." La premiumisation y contribue, selon lui, de même que l’extension des moments où les consommateurs boivent de la bière.

6/ Désendettement

Suite au rachat de SAB Miller fin 2016, AB InBev a pour 102 milliards de dollars de dette nette à fin 2018, contre 104 milliards un an plus tôt. Il a ramené son ratio d’endettement net sur ebitda de 4,8 à 4,6. "Nous prévoyons de revenir à 4 ou à moins de 4 d’ici fin 2020, a dit le CEO. Et nous nous engageons toujours à revenir à 2." Le groupe a allongé la maturité d’une large partie de ses obligations. Quant à savoir si le projet d’entrer en Bourse une partie de ses activités asiatiques pour réduire son endettement de quelque 5 milliards est toujours au programme, c’est le silence radio: Brito n’a pas voulu commenter ce point.

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