"Cet incendie, on en a fait une opportunité de croissance!"

La nouvelle usine Dely wafels à Estampuis. ©jonas lampens

En octobre 2018, l’usine Dely Wafels à Mouscron partait en fumée. Un an après, la production redémarre dans une toute nouvelle usine.

Devant le grand bâtiment noir et gris, les ouvriers s’affairent. Les racks de vitrage attendent d’être posés dans les baies, le hall qui réceptionnera les matières premières est pour l’instant occupé par des panneaux d’isolation et des palettes de matériaux. En regardant dans le long bâtiment, on a du mal à croire que la production des gaufres Dely Wafels termine la phase de test. C’est pourtant bien le cas. Dans la deuxième partie de l’usine, dans un hall gigantesque et couvert de panneaux d’aluminium, les fours des deux lignes de production ont l’air un peu perdus. Mais ils tournent pour effectuer les derniers réglages. Dans la pièce à côté, les lignes d’emballages sont également en cours de finalisation, tandis que les frigoristes mettent la dernière main à l’étanchéité des gigantesques congélateurs.

"Dès le moment où tout le monde était en sécurité, on n’allait pas laisser les choses comme ça!"
Ellen Tournois
Dely wafels

"D’ici 6 à 8 semaines, la production aura retrouvé sa vitesse de croisière", assure Davy Van Poucke. Et pourtant, il y a un peu plus d’un an, cette nouvelle portion d’un zoning industriel entre Estaimpuis et la frontière française n’était encore que des champs. Un an à peine pour repartir de zéro pour Davy Van Poucke et Ellen Tournois, ce couple d’entrepreneurs flamands établi à Mouscron depuis une dizaine d’années.

Octobre 2018, l’atelier qu’ils ont construit à Mouscron tourne à plein régime. Dely Wafels produit près de 45 millions de gaufres de Bruxelles par an. Il est d’ailleurs au maximum de ses capacités et le couple réfléchit à des projets d’extension, compliqués dans un environnement relativement urbanisé, coincé entre le chemin de fer, la rue et des ateliers voisins. Mais dans l’après-midi du 17 octobre 2018, on appelle Davy dans le hall de production. Un système de congélation dégage de la fumée. Le temps de se rendre sur les lieux, il doit se rendre à l’évidence, l’incendie n’est déjà plus maîtrisable. Davy Van Poucke fait évacuer tout son personnel, et lorsqu’ils arrivent sur les lieux, les pompiers ne peuvent rien faire de plus que de sécuriser les lieux. Il a suffi de quelques heures pour réduire le site à l’état de cendres et de poutres métalliques tordues.

Pour Ellen Tournois, la question de la relance ne se pose même pas. "Dès le moment où tout le monde était en sécurité, on n’allait pas laisser les choses comme ça!" Passée l’émotion de la catastrophe, et avec le soutien attentif des bourgmestres de Mouscron et d’Estaimpuis et l’accompagnement de l’intercommunale IEG, le couple se remet directement au travail. "Nous le devions pour tout le travail que nous avions fourni jusque-là, pour notre personnel et pour nos clients", affirme Ellen Tournois.

8
millions d'euros
L’objectif est d’atteindre 8 millions de chiffre d'affaires en 2020 dans les nouvelles installations.

Une autre question se pose: reconstruire sur le même site, agrandir en reprenant un bâtiment voisin, passer sur deux niveaux, ou trouver un nouveau terrain pour implanter un tout nouvel atelier. "La première solution était sans doute la moins chère puisque l’on avait le terrain, mais aussi la plus complexe, dans tous les cas de figure", précise Davy van Poucke.

Le choix se porte donc sur un terrain vierge dans un zoning en développement à la sortie d’Estaimpuis. Davy Van Poucke et Ellen Tournois insistent encore sur les facilités offertes par les communes de Mouscron et d’Estaimpuis pour trouver la meilleure solution de réimplantation.

©jonas lampens

Pendant ce temps-là, Davy Van Poucke prend son bâton de pèlerin et s’en va voir tous ses clients pour les conscientiser et leur promettre une reprise de production dans l’année. Un sacré pari. "Mais ils nous ont suivis pour la plupart. Certains concurrents nous ont aidés aussi. Mais pas tous…" raconte-t-il. Dely Wafels exporte près de 90% de sa production en France ("mais ça, ce n’est pas vraiment de l’exportation, la France est au bout du terrain", note Van Poucke), mais surtout aux Etats-Unis, au Canada, au Mexique. En Europe, les principaux marchés sont l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni. La firme adapte sa production, ses recettes et ses emballages aux demandes de ses clients. "C’est évidemment très compliqué, mais c’est avec eux que l’on fait l’essentiel de notre développement. Chaque client est le meilleur expert de son propre marché", analyse Ellen Tournois.

800.000 gaufres par jour

Et qui dit nouvelle usine, dit aussi vision sur le futur. Davy et Ellen voient grand. Des 1.500 m² de Mouscron, on passe à 6.000 m² dans les nouveaux bâtiments. La nouvelle usine d’Estaimpuis permettra de produire 800.000 gaufres par jour, avec deux lignes de production. L’une pour les gaufres rectangulaires, l’autre pour les modèles ronds. "Mais l’infrastructure nous permettra de doubler encore cette capacité dans l’avenir avec deux lignes de production et d’emballage supplémentaires", fait remarquer Davy Van Poucke. Sans doute dans les deux ans à venir.

©jonas lampens

Historiquement, Dely Wafels remonte aux grands-parents de Davy Van Poucke. Rosa, la grand-mère, vendait des glaces en été, des soupes en hiver, dans une dizaine de camionnettes. Progressivement, la petite entreprise s’est orientée vers la production de gaufres et de crêpes surgelées. Lorsqu’il reprend l’activité, à la mort de son père, Davy est encore très jeune et l’affaire n’est pas brillante. Il laisse tomber les crêpes ("trop facile à faire, pas assez de valeur ajoutée", estime-t-il) pour se focaliser sur les gaufres de Bruxelles surgelées, sous sa propre marque, mais aussi et surtout pour des distributeurs. Après le premier atelier ancestral à Adegem, le couple s’installe à Eeklo en 2000. Dely Wafels produisait alors 3 millions de gaufres surgelées. Neuf ans plus tard, nouveau déménagement pour Mouscron avec une production de 45 millions d’unités. "On ne pensait pas grandir aussi vite en arrivant à Mouscron…", avoue Ellen Tournois. L’entreprise réalise alors un chiffre d’affaires de 4,5 millions d’euros. L’objectif est d’atteindre 8 millions en 2020 dans les nouvelles installations. Sans compter le potentiel de croissance.

©jonas lampens

Au total, l’investissement se monte à 18 millions d’euros. Un premier quart vient de l’indemnisation de l’assurance. "Heureusement, nous avions procédé à un audit de nos assurances deux ans avant le sinistre et opté pour une police qui offrait une couverture ‘valeur à neuf’", remarque Van Poucke. Un deuxième quart vient de subsides et d’aides régionales. Le solde provient essentiellement de financements bancaires et de prêts d’organismes publics wallons, comme la SRIW, la Sogepa et Wap Invest, la société d’investissement régionale du Hainaut occidental. L’ensemble des moyens financiers a été coordonné par Mac & JB, un consultant spécialisé dans la recherche de subsides et de moyens financiers, qui a par ailleurs pris une participation dans l’entreprise.

"C’est un gros montant évidemment, reconnaît Ellen. Mais on sait pourquoi on le fait! Pour grandir et pour satisfaire nos clients. On l’a fait avec notre cœur et, finalement, cet incendie, on en a fait une opportunité!" Dire que ces deux-là vivent leur entreprise n’est pas qu’une phrase. Si la production est prête à redémarrer et devrait atteindre son rythme de croisière d’ici février, les "bureaux" sont encore logés dans des containers. Et le jeune couple ne se focalise que sur son usine… bien avant son propre logement. "À Mouscron, nous mangions souvent dans la cantine du personnel et profitions aussi de leurs sanitaires. Mais avec une petite fille, ici, j’ai quand même exigé une cuisine et une salle de bains privée…", fait remarquer Ellen Tournois.

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