Comment l'empreinte carbone du lait a baissé de 30% en 20 ans

En Wallonie, l'élevage bovin prend à son compte 84% des émissions liées à l'élevage. ©BELGAIMAGE

Un litre de lait produit en Flandre émet moins de 1 kg de CO2. L'empreinte carbone a été réduite de 30% depuis 2000. Mais la production laitière a augmenté d'un tiers.

L'élevage reste un gros émetteur de gaz à effet de serre, et en particulier dans le secteur bovin. En Wallonie, il prend à son compte 84% des émissions liées à l'élevage. Les vaches mangent de l'herbe, ruminent. Et produisent du méthane, un gaz à effet de serre 25 fois plus puissant que le CO2, lorsqu'elles rotent. Car contrairement à une idée bien ancrée, ce sont les rots, et non les flatulences, qui sont à l'origine du problème.

0,93
kilo/litre
L'empreinte carbone d'un litre de lait produit en Flandre est passée de 1,32 kilo d'équivalent CO2 par litre à 0,93 kilo en 2019.

Avec l'augmentation des rendements, le tableau est progressivement moins sombre. Selon une étude réalisée par la KU Leuven et l'institut ERM (Environmental Resources Management) auprès de 138 exploitations, l'empreinte carbone d'un litre de lait produit en Flandre a baissé de 30% entre 2000 et 2019, passant de 1,32 kilo d'équivalent CO2 par litre à 1,10 kilo en 2009 et à 0,93 kilo en 2019.

"Ce bilan est un des meilleurs au monde. À titre de comparaison, la moyenne mondiale est de 3,2 kilos par litre produit. Et cette baisse est deux fois supérieure à celle des autres secteurs", souligne la Pr Annemie Geeraerd, bio-ingénieure à la KU Leuven.

"Ce bilan est un des meilleurs au monde. Cette baisse est deux fois supérieure à celle des autres secteurs."
Pr Annemie Geeraerd
Bio-ingénieure à la KU Leuven

Plus de lait

Le revers de la médaille, c'est l'augmentation de la production de lait qui a suivi la suppression des quotas laitiers en 2015. Depuis 2000, elle a progressé d'un tiers. Avec une empreinte carbone au litre diminuée de 30%, on peut donc dire qu'à ce stade, le niveau global des émissions est resté à peu près stable en Flandre.

L'allègement sensible de l'empreinte carbone s'explique par plusieurs facteurs, à commencer par une augmentation de la productivité liée à une meilleure alimentation et à une meilleure prévention des maladies. Éleveurs et chercheurs tentent d'améliorer la digestion des ruminants. "L'alimentation des vaches évolue, elle est plus concentrée. Il y a des aliments, comme les graines de lin, qui contribuent à réduire les éructations, et donc les émissions de méthane", précise Catherine Bauraind, experte du secteur bovins laitiers au Collège wallon des producteurs.

9.200
litres
En 2000, une vache produisait 6.700 litres de lait par an. En 2019, elle en produisait 9.200 litres.

Les rendements s'améliorent. "En 2000, une vache produisait 6.700 litres de lait par an. En 2019, elle en produisait 9.200 litres. Pour la même quantité de lait, il ne faut donc plus que trois vaches au lieu de quatre", affirme Renaat Debergh, administrateur délégué de la Confédération belge de l'industrie laitière (CBL).

S'ajoute à cela le facteur génétique. "On est parvenu à établir que le niveau d'émission de méthane a une composante génétique. Certains paramètres du lait sont directement corrélés au méthane émis par les vaches", explique Carlo Bertozzi, directeur du département innovation et communication de l’Agence wallonne des éleveurs.

Pas de données globales en Wallonie

Selon lui, l'approche génétique continue de s'affiner. "Une étude du WWF et de l'UCLouvain indique qu'élever un animal pour la viande uniquement est une aberration écologique et qu'une solution réside dans le croisement de races à viande et à lait. Et la race la plus sollicitée pour ce type de croisement, c'est le blanc-bleu-belge, qui devient une solution dans un débat mondial. Il y a 7 ans, on produisait 1,5 million de doses de sperme pour des croisements. On en est aujourd'hui à 4,7 millions", ajoute Carlo Bertozzi.

À ce stade, aucune donnée globale sur le bilan carbone du lait n'est disponible pour la Wallonie. Mais selon certaines estimations, la baisse de l'empreinte serait également proche des 30%.

"Nous sommes en train de mettre en place un outil, DECiDE, qui permet d’estimer les impacts du secteur agricole (lait, viande, grandes cultures) dans chaque exploitation selon une méthodologie harmonisée. Mais seules les données de 87 fermes sont utilisables actuellement, ce qui est insuffisant pour pouvoir extrapoler des moyennes à l’échelle de la Wallonie", précise Astrid Loriers, experte au CRA-W (Centre wallon de recherches agronomiques).

"Seules les données de 87 fermes sont utilisables, ce qui est insuffisant pour extrapoler à l’échelle de la Wallonie."
Astrid Loriers
Experte au Centre wallon de recherches agronomiques

Cela ne devrait toutefois pas tarder. À l'entendre, les demandes d'accès à DECiDE s'accumulent, ce qui devrait permettre d'établir une typologie permettant de disposer d'une base de comparaison fiable entre les fermes.

Côté wallon, on ne manque pas de plaider pour la prise en compte des prairies dans le bilan carbone. Dans le sud du pays, près de la moitié (47%) de la surface agricole utile (SAU) est constituée de prairies permanentes. En Flandre, on est plutôt à un tiers, alors que les deux tiers des vaches laitières élevées en Belgique le sont dans le nord du pays. La production laitière wallonne est donc davantage basée sur des systèmes herbagers et présente donc un bilan carbone à l'hectare plus favorable.

Le résumé

  • Selon une étude de la KU Leuven et de l'institut ERM, l'empreinte carbone d'un litre de lait produit en Flandre a baissé de 30% entre 2000 et 2019.
  • À ce stade, aucune donnée globale n'est disponible pour la Wallonie.
  • Cet allègement s'explique par une augmentation de la productivité et par la génétique.
  • Le revers de la médaille, c'est l'augmentation d’un tiers de la production de lait depuis la suppression des quotas laitiers en 2015.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés