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"Consommer autrement", le nouveau mantra post-Covid

La pandémie a accéléré la conscientisation du besoin de "consommer mieux, consommer local". Un principe qui est l'ADN même d'enseignes comme Yuman. ©Kristof Vadino

La pandémie place consommateurs, distributeurs et producteurs face à un constat: la rareté des matériaux et les défis écologiques obligeront à consommer autrement.

La pandémie a-t-elle influencé nos habitudes de consommation? Une étude de GfK, publiée par le magazine Gondola, révèle que durant le premier confinement, le gain de temps dû au télétravail et le besoin d'exercice ont bénéficié aux entrepreneurs locaux. Mais la réouverture des entreprises et de l'horeca l'été dernier a ramené les consommateurs dans les supermarchés.

"Avec cette pandémie, il y a eu une sorte de déclic face à la dépendance qui a poussé à la réflexion face à la consommation et l'économie locale."
Emmanuel Mossay
Expert en économie circulaire chez EcoRes

Cela ne signifie pas pour autant que la crise sanitaire n'a rien modifié. Pour Emmanuel Mossay, expert en économie circulaire chez EcoRes, elle a même eu un rôle d'accélérateur. "Le monde entier a subi un choc au même moment: le risque d'un manque de produits de consommation. Il y a eu une sorte de déclic: la dépendance a poussé à la réflexion sur la consommation et boosté l'économie locale."

Le danger de la rareté

Ce déclic ne s'est pas limité au consommateur final. De grandes enseignes comme Decathlon ou Ikea se sont lancées dans la seconde main, là où Vanden Borre, filiale du groupe français Fnac Darty, a lancé un service de réparation. La France a en effet depuis le 1ᵉʳ janvier l'obligation d'afficher l'indice de réparabilité d'un produit. La mesure semble donc faire boule de neige auprès des filiales belges.

"Les détaillants ont les moyens de faire pression sur les industriels pour les forcer à accroître la durée de vie des produits. Pour compenser le manque à gagner, les détaillants devront donc proposer d'autres services", prévoit Emmanuel Mossay.

L'exemple Yuman

L'économie de réemploi prend dès lors tout son sens. À Saint-Gilles, le supermarché Yuman Village en a fait son cœur d'activité. Sur 1.000 mètres carrés, le chaland se voit proposer tout ce qui est recyclable ou revalorisable. Pour ce faire, il s’appuie sur deux partenaires privilégiés: les librairies de seconde main Pêle-Mêle et Kringwinkel, l’équivalent flamand des Petits Riens.

"Avec la crise du Covid, nous avons constaté un petit ralentissement de la fréquentation, mais la proportion d'acheteurs est en hausse."
Christel Droogmans
Cofondatrice de Yuman

Le succès est au rendez-vous. "Nous collaborons avec une centaine de fournisseurs, dont 70 belges. Avec la crise du Covid, nous avons constaté un petit ralentissement de la fréquentation, mais la proportion d'acheteurs est en hausse. Nous avons pu ainsi clôturer l'année 2020 en positif", explique Christel Droogmans, cofondatrice de l'enseigne.

Le lancement d'une boutique en ligne a aussi permis de toucher une clientèle non-bruxelloise.

Consommer local

Dans l'alimentaire, la pandémie a engendré une prise de conscience de la nécessité de "consommer mieux, consommer local". Les achats groupés, les créations d'enseignes ont proliféré. Färm, qui agit comme facilitateur entre consommateurs et producteurs locaux, affiche aujourd'hui pour ses 15 sites, un chiffre d'affaires de quelque 40 millions d'euros, équivalent à celui de deux magasins Delhaize.

37%
En 2019, 37% des produits vendus par Färm étaient fabriqués en Belgique.

"Nous encourageons nos magasins à acheter le plus localement possible. En 2019, 37% de nos produits étaient fabriqués en Belgique. Nous avons pour objectif de dépasser les 40%. Mais les circuits courts, ce n'est pas que le caractère local, c'est aussi un nombre réduit d'intervenants dans la chaîne", dit Alexis Descampe, le CEO de Färm.

La volonté de consommer local a aussi boosté les ventes de produits à la ferme. Un commerce win-win: le consommateur a des garanties sur ce qu'il trouve dans son assiette et le producteur peut gonfler ses marges et surtout générer du cash dans un contexte de frilosité bancaire.

Il n'empêche: ce type de commerce devra, selon Emmanuel Mossay, évoluer vers un système de mutualisation entre acteurs s'il veut être durable.

20%
On enregistre, tout au long du processus de production alimentaire, 20% de pertes qui pourraient encore être totalement consommables.

Le secteur alimentaire sait très bien qu'il se trouve face à une première vague de changements. Le climat pèsera de plus en plus sur la chaîne d'approvisionnement. Il est donc urgent de se pencher sur la problématique de la gestion des déchets alimentaires.

"20% des d'aliments perdus au long du processus de production sont encore consommables", dit Emmanuel Mossay, qui évoque les efforts timides déjà réalisés, comme les soupes qui utilisent des légumes défraîchis mais consommables. La route est encore longue.

La vente directe en plein essor

Il y a 4 ans, William Stephenne reprenait l'exploitation familiale de Mesnil-Saint-Blaise avec une idée en tête: diversifier les revenus, valoriser au mieux sa viande et surtout redorer l'image du Blanc Bleu Belge en lançant une activité de vente directe au consommateur. La ferme de Rouge-Croix ouvre sa boutique à l'été 2019. "La crise sanitaire nous a fait connaître bien plus rapidement et nous a permis de doubler nos ventes." Malgré le temps qui passe, les clients ne délaissent pas l'espace.

Une mutualisation de l'activité avec d'autres fermes, il y a songé. "Mais c'est beaucoup de travail à côté de l'exploitation et de la boutique." Un obstacle qu’entend aider à surmonter le Collectif 5C, qui fédère 30 distributeurs en circuit court en Wallonie et à Bruxelles.

"L’objectif, c’est de mutualiser un maximum de choses, comme l’informatique et la logistique, et d’animer un territoire en proposant un point de rassemblement à plusieurs acteurs", explique son président, Benoît Dave. Une nécessité : depuis 2013, les coopératives en circuit court connaissent un essor spectaculaire, accéléré avec la pandémie.

William Stephenne, qui a aussi décidé de se former au métier de boucher, préfère pour l'heure nouer des partenariats avec les fermes des environs. De quoi offrir aux clients, outre la viande de bœuf, du porc, de la volaille, du canard, du fromage et de la charcuterie faite maison.

Le succès de sa nouvelle activité, il l'explique par le besoin du client d'avoir un échange, mais surtout de savoir exactement ce qu'il met dans son assiette.

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