De la préhistoire du web à la quiétude d'une ferme brabançonne

Philippe Brawerman, considéré comme l'un des pionniers du web, développe un projet d'hôtel et de restaurant à Loupoigne.

Philippe Brawerman, l'ancien numéro deux de Cisco, et son épouse Jessica, sont en train de transformer un lodge en hôtel. Ils ont recruté Sebath Capela, l'ancien second du restaurant Bon Bon, pour tenir les fourneaux de leur nouvel établissement.

"Tous les matins, quand je travaillais chez IBM, j'étais arrêté par la sécurité. J'avais un badge d'employé, mais ils ne voulaient pas me laisser entrer parce que j'étais en jeans et en t-shirt et que les employés devaient porter une chemise et une cravate. Je leur disais alors d'appeler mon manager et après un quart d'heure de dialogue, je pouvais enfin entrer. Je n'ai jamais compris pourquoi il fallait porter une cravate pour écrire du code."

"Je n'ai jamais compris pourquoi il fallait porter une cravate pour écrire du code."
Philippe Brawerman
Ex-numéro deux de Cisco

Ses souvenirs de l'ère des pionniers de l'internet, Philippe Brawerman, ancien président de Cisco Europe, Moyen-Orient et Asie, ne les raconte pas souvent. Si celui que le Time Magazine considérait comme "le personnage le plus influent de la scène technologique européenne" sort enfin du bois, c'est parce qu'il a un nouveau projet à porter, et il veut que cela se sache. 

Aujourd'hui, Philippe Brawerman et son épouse Jessica partagent leur temps entre l'Afrique du Sud, l'Inde (où ils étudient et pratiquent le yoga) et Loupoigne, dans le Brabant wallon, où ils ont acheté une vaste ferme il y a trente ans. Ayant d'abord été un refuge où se poser entre deux avions, le lieu s’est transformé ces dernières années et s’appelle aujourd'hui Indrani Lodge. On y trouve un centre de yoga et de bien-être, cinq chambres et un vaste potager. Au loin, des alpagas broutent l'herbe. Les lieux respirent le calme, la quiétude. 

La bâtiment actuel abrite un restaurant pop-up.

"Vrai choix de vie"

Depuis une semaine, une nouvelle activité a repris. Derrière ses fourneaux, avec vue panoramique sur la campagne environnante, le chef Sebath Capela s'active. Pour ce dernier, ancien second de Christophe Hardiquest, le chef du restaurant Bon Bon, c'est un nouveau chapitre de sa vie qui s'ouvre. Depuis une semaine donc, et jusqu'à l'été, c’est un restaurant pop-up de douze couverts qu'il va faire tourner avant d'exploiter son propre restaurant d’ici la fin de l’année.

"Le chef de Bon Bon, qui est un ami, connaissait mon projet. Il m'a alors dit qu'il avait un second extrêmement talentueux, qu'il savait qu'il allait le perdre un jour et qu'il me le présenterait le moment venu", révèle Philippe Brawerman. Et, vous vous en doutez, le moment venu est arrivé. "Un jour, en plein hiver, par hasard, ma femme et moi étions à la ferme. Christophe m’a appelé pour me dire que son second était mûr. Il est arrivé dans l'heure avec Sebath et sa jeune femme qui était enceinte." Après avoir visité les lieux et s'être fait expliquer le projet, le jeune chef a accepté.

"Pour lui, c’est un vrai choix de vie. Il avait tous les choix du monde, mais il est tombé amoureux de l’endroit", explique Philippe Brawerman. "Depuis huit mois qu'il est ici, le travail c'est d'amener Sebath à réaliser qu'il peut faire tout ce qu'il veut en termes de qualité de nourriture, il peut aller dans la folie la plus totale à partir du moment où il comprend le jardin, le respecte, travaille avec le maraîcher et sort l'ultime de l'ingrédient", précise-t-il encore. 

Sebath Capela, un ancien second de Christophe Hardiquest chez Bon Bon, sera à la tête du nouveau restaurant.

L'idée du pop-up, et plus tard du restaurant, sera de collaborer avec les fermiers locaux." On ne veut pas leur faire de concurrence, on va se concentrer sur ce qui est gustativement rare, difficile ou particulier." Disons-le clairement. Philippe Brawerman n'avait plus besoin de travailler pour vivre. Pourquoi porter ce nouveau projet à bout de bras? Il répond n'avoir pas su résister aux héritiers du fermier d'en face venus lui demander de sauver la ferme paternelle. "Et je voulais la sauver en respectant le centre historique du village médiéval", explique-t-il.

La nouvelle ferme, actuellement en chantier, sera complètement transformée. Philippe Brawerman veut en faire sept maisons qu’il vendra. Il y aura également sept chambres supplémentaires. Le nombre de chambres (les cinq du lodge et les sept nouvelles) pousse l’ensemble à passer dans la catégorie des hôtels et, dans ce cas, il y a l’obligation d’y adjoindre un restaurant. 

Gastronomie accessible 

"Ma femme et moi, on adore la gastronomie. On s’est dit, tant qu’à faire un restaurant, autant en faire un bon. Ce que nous avons découvert et qui nous passionne au niveau de la nourriture depuis ces dix dernières années, c’est la tendance d’amener des produits de plus en plus naturels dans les assiettes", explique encore notre interlocuteur qui a fréquenté les plus belles tables du monde, les plus huppées également. Mais pour son restaurant, ce n’est pas cela qu’il veut.

"Le luxe, ce n’est pas le bling-bling. Le luxe, c’est la qualité et la simplicité du produit, c’est la qualité de l’émotion que vous partagez, ce qu’on ne retrouve plus dans les endroits de luxe. Quand vous allez manger dans un restaurant trois étoiles, c’est à peine si on vous dit bonjour, on vous met de l’or sur la tête, mais personne ne connaît votre histoire, personne ne sait d’où vous venez, on ne s’intéresse pas à votre histoire. Ici, ce sera l’opposé au niveau des ingrédients, de l’approche humaine et de l’approche de l’entreprise."

Répartition des gains

A-t-il pour objectif d’aller décrocher des étoiles au Michelin? "Non. On veut juste que cela soit bon", répond Philippe Brawerman, du tac au tac. Simple et bon afin de permettre aux gens du village de venir y manger. Soit. L’idée est noble, l’homme est partageur. C’est dans sa nature. Comme au temps de Cisco.

"La culture des PME en Belgique, c'est le patron qui veut accumuler, qui veut garder."
Philippe Brawerman

"Je viens d’une culture des sociétés américaines avec des stock-options. J’étais mal payé, mais je gagnais bien ma vie. Et cette culture-là, ce n’est pas celle des PME en Belgique. La culture des PME en Belgique, c’est le patron qui veut accumuler, qui veut garder. Quand j’étais chez Cisco, j’avais fait en sorte que les stock-options soient mieux distribués. J’avais divisé le haut pour donner au plus bas", nous explique-t-il assurant que pour imposer ses idées, il a dû menacer de démissionner.

"Partager, cela ne veut pas dire que le premier fait des milliards, le second dix millions et la secrétaire 2.000 euros, ce qui lui fait ses vacances une fois par an. Non, il fallait que celui qui se donne à fond pendant 5 ou 10 ans en retire un bénéfice économique qui soit hors norme pour lui comme il l’a été pour moi." Et c’est ce principe que l’ancien pionnier du web veut appliquer dans sa nouvelle structure. Que chacun ait plus d’autonomie, et à terme, grimpe au capital de sa division.

C'est dans une ferme achetée il y a trente ans que Philippe Brawerman, ancien numéro deux de Cisco, et son épouse, trouvent refuge quand ils ne sont pas en Afrique du Sud.

"Ma culture, c’est de rendre les gens quasiment autonomes." Et vous connaissez la meilleure? Comme on fait un foutu métier, on a eu l’occasion de goûter la cuisine de Sebath Capela. A votre place, on ne tarderait pas trop à réserver une table, l'adresse sera vite réputée. 

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