Des bouchons wallons qui intéressent Nestlé et L'Oréal

©Marianne Grimont

B-CAP, une start-up wallonne, développe un bouchon révolutionnaire. Avec sa capsule contenant un produit concentré, il offre une solution écologique et économique à une série de secteurs. Plusieurs géants s’intéressent à cette innovation.

"Il faut arrêter de transporter de l’eau pour rien." Jean-Claude Guéry est du genre perspicace. Sa réflexion vient d’un constat qui l’interpelle. Les détergents, la plupart des boissons et même les cosmétiques peuvent aujourd’hui contenir jusqu’à 95% d’eau. Avec de telles proportions d’une ressource disponible à peu près partout, ne serait-il pas possible de trouver un moyen pour optimiser la production et le transport de ces produits?

Pour répondre à cette interrogation, l’entrepreneur a lancé avec Corinne Herlin la start-up B-CAP. Installée à Ghlin, elle développe un bouchon en plastique qui pourrait révolutionner tous ces secteurs gourmands en eau. "L’idée est d’intégrer directement dans un bouchon spécial la solution concentrée du produit. Une fois le bouchon vissé sur la bouteille, le produit se libère dans l’eau, ce qui permet de composer par exemple un détergent ou une boisson", résume Jean-Claude Guéry.

Pour ses créateurs, l’innovation n’a rien d’un gadget. "Les avantages sont nombreux. En conservant le concentré dans un bouchon, il est possible de faire des économies de bouteilles, diminuer les volumes à transporter, baisser les volumes de stockage…", détaille le patron qui a chiffré l’impact que pourrait avoir ses bouchons 2.0. "On peut diminuer par seize le nombre de camions sur les routes, diminuer les volumes de stockage par vingt, l’utilisation des bouteilles plastique par dix…".

Depuis sa création, l’innovation a déjà remporté plusieurs prix dont l’un au célèbre concours Lépine de Paris, en 2015. Deux brevets au niveau international ont également été déposés pour protéger l’innovation. "Un troisième est en cours de dépôt", sourit Corinne Herlin, la cofondatrice de l’entreprise.

Tilman en attendant Unilever

Le potentiel semble donc réel. L’innovation attire d’ailleurs l’œil des curieux. "Nous avons de premiers contacts avec des géants comme Nestlé, Unilever ou encore L’Oréal, mais ce sont des négociations qui prennent énormément de temps", assure le patron. L’intérêt vient aussi des investisseurs. En 2016, Sambrinvest est entré dans le capital de la société à hauteur de 10%.

Depuis deux ans, l’entreprise a débuté la vente de ses fameux bouchons qu’elle fait produire chez un sous-traitant, également installé à Ghlin. 25 millions de capsules ont déjà été produites depuis le lancement de l’entreprise en 2011. Le laboratoire Tilman pour une gamme minceur, le groupe Pollet pour ses produits de nettoyage et une entreprise norvégienne qui développe des boissons sportives sont quelques-uns des clients.

Avec ces premières ventes, le chiffre d’affaires atteignait 500.000 euros l’année passée. "C’est un début. On s’attend à ce que les revenus montent en flèche. Nous prévoyons de doubler le chiffre d’affaires cette année et d’atteindre les cinq millions d’euros dans les trois ans", glisse encore le patron. Il faudra donc accélérer sérieusement la production. Pas un problème, assurent les dirigeants. "Pour cette année, on table sur la fabrication de 10 millions de capsules. Nous avons ensuite la capacité de monter jusqu’à 40 millions par an."

L’ambition de croissance reste d’ailleurs très réaliste selon les deux dirigeants. "Il y a une véritable sensibilisation qui s’installe chez les entreprises sur comment réduire leur empreinte carbone. L’avantage est aussi économique puisque l’on parvient à diminuer une série de coûts. On voit donc un réel intérêt. Il suffit de voir le succès de Soda Stream, dont le principe est assez comparable au nôtre, pour s’en rendre compte", ajoute encore Corinne Herlin. Aujourd’hui, B-CAP annonce avoir déjà plusieurs coups d’avance et ne pas avoir de réels concurrents. Il faut dire que le développement du produit a nécessité six ans de recherche. "La technologie est très complexe, notamment autour de l’étanchéité. C’est presque de l’horlogerie. La dose doit aussi résister à trois bars de pression mais libérer le contenu en vissant simplement le bouchon à la bouteille", détaille Jean-Claude Guéry.

Pour financer toutes ses ambitions, l’entreprise doit désormais passer au niveau supérieur. "Nous allons débuter une levée de fonds dans les semaines à venir. Nous espérons obtenir un million d’euros. Nous avons déjà de premiers contacts et nous espérons la clôturer d’ici quelques mois", précise le fondateur. Outre les investisseurs, l’entreprise espère aussi rapidement convaincre de nouveaux très gros clients. "Nous sommes en finalisation avec l’un d’eux mais c’est encore trop tôt pour en dire plus", sourit la responsable.

En attendant, l’entreprise va s’attaquer à la Chine. L’entreprise vient d’y signer un important contrat avec un industriel. "Nous avons un accord pour la production de cinq millions de bouchons cette année et le double l’année suivante. C’est potentiellement un énorme marché qui s’ouvre", conclut Jean-Claude Guéry.

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