Publicité

Dierendonck veut doubler ses points de vente

Hendrik Dierendonck ©Emy Elleboog

Hendrik Dierendonck, boucher réputé de Flandre Occidentale, rêve d’expansion pour son empire. Des tractations sont en cours avec de possibles partenaires externes. "Renoncer à la majorité? Pourquoi pas, tant que la philosophie de Dierendonck et la qualité sont préservées."

Hendrik Dierendonck, 43 ans, nous reçoit dans son restaurant Carcasse à Coxyde. Nous y accédons par la boucherie même où le jeune Hendrik faisait ses gammes sous l’égide de son père Raymond. Il y a commencé au bas de l’échelle, à la vaisselle.

C’est entouré de jambons suspendus et de sacs réutilisables siglés que nous le trouvons, occupé à mettre la main aux derniers détails de la présentation de son nouveau livre de recettes. Il se prépare encore un café avant l’entretien. "Désolé, jouer les baristas ce n’est pas mon fort", plaisante-t-il. Les bouchers, en revanche, ça va. Ce boucher-là défend sa philosophie avec ferveur depuis des années: qualité, durabilité, artisanat et long terme. Il ne s’en privera pas pendant l’interview non plus.

C’est à la boucherie Dierendonck à Coxyde que tout a commencé dans les années 70.

Le long de la chaîne

Mais sous l’impulsion de Hendrik et de son épouse, l’entreprise s’est développée ces dernières années pour devenir un groupe actif tout au long de la chaîne: un élevage de 50 bœufs, un atelier de transformation, trois boucheries (Coxyde, Nieuport, Bruxelles et, en novembre, Courtrai) et un restaurant, Carcasse. L’atelier de transformation à Furnes fournit les magasins, la boutique en ligne récemment ouverte et Carcasse. En dehors du groupe, Dierendonck livre encore sa viande à des restaurants (entre autres The Jane et Pure C de Sergio Herman, Resto Henri à Bruxelles et Ellis, chaîne de magasins de hamburgers de qualité) et sélectivement à quelques magasins tiers en Belgique et à l’étranger.

"Nous cherchons des investisseurs partageant notre philosophie d’artisanat."
Hendrik Dierendonck
boucher

Avec la reprise de la boucherie Jack O’Shea, il y a deux ans à peine, l’atelier et le magasin de Bruxelles ont bénéficié de l’appui financier de Jef De Kinder, fondateur de l’opérateur Noordzee Helikopters Vlaanderen (NHV) et ami personnel d’Hendrik Dierendonck. "Pendant ces deux années, nous avons structuré les différentes entreprises, rationalisé les flux logistiques internes, centralisé le reporting financier", raconte ce dernier.

Olivier de Hasque, ex-manager chez Microsoft, l’assiste sur ce plan depuis l’an dernier. "Il nous a fallu mettre beaucoup de choses de côté pour réaliser tout cela. Il y a la tentation de ne pas travailler de façon artisanale, de grandir pour grandir et de viser les gros volumes. Mais je ne compte pas y céder."

Le choix de l’artisanat et d’une croissance lente mais constante a un prix. La rentabilité du groupe Dierendonck reste encore basse: sur un chiffre d’affaires de 9 millions d’euros (compte non tenu des flux de chiffre d’affaires internes), la marge opérationnelle (bénéfice sur le chiffre d’affaires) de l’exercice 2016-2017 reste calée à un pour cent.

Un tournant

Hendrik Dierendonck veut approcher 15 millions et 6% dans les deux prochaines années – et même 7 à 8 % pour l’atelier. "L’atelier de Furnes est sûrement en mesure de servir 8 à 10 magasins moyennant un minimum d’investissements supplémentaires, principalement en personnel, assure-t-il. En ouvrant d’autres magasins, nous pourrons accroître fortement notre rentabilité." Il projette l’ouverture d’un nouveau magasin durant le prochain exercice (2018-2019), puis deux l’année suivante. Un tempo qu’il entend encore augmenter par la suite. "Nous sommes prêts pour l’étape suivante. C’est un tournant", dit-il. Après la Belgique, Dierendonck pense aussi à des magasins à l’étranger.

Parallèlement, un deuxième Carcasse est en projet quelque part en Région bruxelloise. D’ici là, l’Ouest-Flandrien voudrait jouer un rôle pionnier avec sa boutique en ligne. "Les clients ne sont pas encore habitués à commander de la viande fraîche sur internet. Mais nous voulons investir résolument dans l’e-commerce."

"Les clients ne sont pas encore habitués à commander de la viande fraîche sur internet. Mais nous voulons investir résolument dans l’e-commerce."
Hendrik Dierendonck
boucher

Pour financer cette croissance, Hendrik Dierendonck envisage un mix de prêts ainsi que d’emprunts et de financement participatifs, mais aussi de financement externe. Il est déjà en pourparlers avec trois investisseurs privés en vue d’obtenir des capitaux frais, parmi lesquels Jef De Kinder.

"Nous recherchons des investisseurs désireux de travailler sur le long terme et partageant notre philosophie d’artisanat et de durabilité. Je ne ferai aucun compromis sur ce plan", précise le boucher-entrepreneur. Il se dit prêt à renoncer à la majorité dans son entreprise s’il le faut. "Je ne peux pas grandir sans partager. Plus l’entreprise grandira, plus il sera difficile d’en conserver plus de 50 %. Mais je dois faire des choix."

Reniement?

Une marque comme Dierendonck a de quoi faire saliver les grands magasins. Mais sa viande – achetée partout en Europe – n’est trouvable que dans huit AD Delhaize. Cette incursion dans la grande distribution n’est-elle pas un reniement? "Non. Ce sont des magasins tenus par des exploitants privés et ils ont été choisis avec beaucoup de soin, réplique-t-il. Delhaize? Oui, il y a eu des contacts. Mais actuellement, une collaboration de ce genre ne nous convient pas, notamment parce que je ne veux pas dépendre de mes clients."

Des investisseurs étrangers ont aussi manifesté un intérêt en vue de faire de Carcasse une véritable chaîne de restaurants, sans suite de sa part. "Carcasse ne peut pas devenir un restaurant à steaks. Venir manger ici, ça doit rester une expérience."

Il ne cache pas son admiration pour une chaîne de boulangerie artisanale comme Le Pain Quotidien. "Malgré leur taille, ils restent fidèles à leurs valeurs et à leur méthode. Chapeau." Peut-être ses projets trouveront-ils écho auprès de la chaîne bruxelloise.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés