Emmanuel Faber garde plus qu'un pied dans Danone

En cédant la direction générale de Danone, Emmanuel Faber n'aura plus les coudées franches, mais il n'en reste pas moins président et garde donc la main sur la stratégie. ©REUTERS

Les postes de président et de directeur général de Danone sont scindés. Mais les contestataires n'ont pas eu la peau d'Emmanuel Faber, qui garde la présidence du groupe.

Une demi-victoire, c'est ce qu'ont obtenu les actionnaires de Danone qui réclamaient le départ de son PDG, Emmanuel Faber. Le conseil d'administration s'est en effet abstenu de trancher dans le vif lundi soir. Si les postes de président et de directeur général du géant de l'agroalimentaire seront bel et bien scindés, les fonds d'investissement réfractaires en sont restés pour leurs frais: Emmanuel Faber gardera la présidence de Danone et restera PDG jusqu'à la désignation d'un nouveau directeur général.

Entrés récemment au capital du groupe à la faveur de la baisse de l'action, les fonds Artisan Partners, troisième actionnaire avec 3% du capital, et Bluebell Capital Partners, d'envergure plus modeste, avaient fait du départ d'Emmanuel Faber, directeur général depuis 2014 et PDG depuis fin 2017, un préalable au redressement du groupe, dont les ventes s'érodent depuis plusieurs années.

3,3
milliards €
Le résultat opérationnel de Danone a lâché l'an dernier 11% à 3,3 milliards d'euros.

La crise sanitaire n'a rien arrangé. En 2020, le chiffre d'affaires a reculé de 6,6% à 23,6 milliards d'euros. Mais c'est surtout du côté de la rentabilité que le bât blesse aux yeux des actionnaires: le résultat opérationnel a lâché l'an dernier 11% à 3,3 milliards d'euros. Cela reste une marge appréciable, mais elle est jugée insuffisante. Sans parler du cours de bourse, qui a perdu près du tiers de sa valeur depuis septembre 2019.

"Réinvention"

Cette situation a suscité une levée de boucliers chez certains actionnaires. Artisan Partners s'est montré particulièrement virulent, jugeant "urgent de s'occuper de la structure du conseil et de la direction de la société" et réclamant un changement de direction pour la "réinvention" de Danone.

"Nous n’avons rien contre (Emmanuel Faber) personnellement, mais depuis sa prise de fonctions en tant que directeur général en 2014, Danone délivre des résultats plus faibles que ceux de ses grands ­concurrents, Nestlé ou Unilever", disait samedi Francesco Trapani, président du fonds Bluebell Capital, dans une interview au Monde.

Sans doute l'inflexion du discours du PDG de Danone – connu pour défendre un capitalisme libéré du court-termisme, plus vert et plus social – vers plus de rentabilité a-t-elle joué en sa faveur. Depuis la fin novembre, le géant agroalimentaire est engagé dans une restructuration qui devrait passer par la suppression de plus de 1.500 postes dans le monde.

"Les fonds activistes n'ont pas obtenu gain de cause sur tous les tableaux."
Laurent Pouillen
Coordonnateur Force ouvrière chez Danone

Emmanuel Faber, qui se savait en mauvaise posture, a ainsi pu se prévaloir d'une initiative de nature à calmer les ardeurs de ses détracteurs les plus virulents. Il est aussi parvenu à se ménager une porte de sortie en plaidant coupable d'une évolution du cours de l'action "en deçà des attentes" et en se disant non "dogmatique" sur une scission des fonctions de président et de directeur général.

Garder le capitaine

Les administrateurs de Danone ont donc décidé de garder le capitaine du navire, tout en lui retirant la gestion opérationnelle. Emmanuel Faber gardera ainsi la main sur les grandes orientations stratégiques. Mais il sera flanqué d'un vice-président, Gilles Schnepp, qui était soutenu par Bluebell pour prendre sa place à la tête du conseil d'administration.

Emmanuel Faber, grand passionné de montagne et d'escalade, n'a donc pas dévissé. Au soulagement des syndicats, qui avaient apporté leur soutien à la gouvernance actuelle. "Les fonds activistes n'ont pas obtenu gain de cause sur tous les tableaux", résume Laurent Pouillen, coordonnateur Force ouvrière chez Danone. Qui reste néanmoins prudent.

Prochaine échéance: la désignation du nouveau directeur général. Le recrutement est lancé.

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