portrait

Emmanuel Faber, un PDG sous le feu des fonds activistes

Emmanuel Faber, à la tête de Danone depuis 2017, est vu comme un chef d'entreprise atypique du CAC 40. Sa vision d'un capitalisme à visage humain ne plaît pas à tout le monde.

À son arrivée comme directeur général de Danone, il y a plus de 6 ans, Emmanuel Faber avait déclaré ne pas être pour ses salariés un "Chief executif officer", mais un "Chief encouragement officer". Son ambition: Développer un capitalisme à visage humain.

Aujourd'hui, devenu PDG, ce patron qualifié d'atypique dans le CAC 40, est tiraillé entre cette justice sociale et les exigences des marchés financiers. Son groupe est sous la pression de fonds d'activistes.

D'une part, il y a le fonds Artisan Partners (3% du capital) qui critique les performances du groupe et appelle à dissocier les fonctions de président et de directeur général. Cette dernière exigence est partagée par le fonds Bluebell Capital qui demande aussi le départ de Faber.

Réponse de Danone: "Nous réévaluons constamment la façon dont le conseil d'administration et le comité exécutif remplissent leurs fonctions, dans l'intérêt des actionnaires." Mais l'image d'Emmanuel Faber est écorchée.

Janus

Ses amis de l'HEC parlent d'un gars qui participait peu ou pas aux fêtes. Déjà ils l’appelaient Janus, ce dieu à deux visages. L'humaniste et le capitaliste.

Être heureux de peu

Lorsqu'il succède à Franck Riboud en 2014, devenant ainsi le premier patron de Danone hors dynastie Riboud, il reçoit de son prédécesseur l'étiquette de "moine-soldat".

Mais ce "patron donneur de leçons d'éthiques", comme le nomme "Le Monde", irrite jusque dans l'establishement français.

En 2019, il met fin à son contrat de travail. Sa motivation réside dans la retraite à laquelle il a droit et qu'il juge exorbitante.

Selon certains calculs, dans l’hypothèse d'une retraite à 62 ans et d'une longévité de 82 ans, il aurait pu toucher près de 24 millions d'euros. Dans la foulée, il renonce aussi à une indemnité de "non-concurrence" en cas de départ.

"J'ai appris qu'on pouvait vivre avec très peu de choses et être heureux."
Emmanuel Faber

"J'ai appris qu'on pouvait vivre avec très peu de choses et être heureux." Il ajoute avoir dormi avec les SDF, séjourné dans des bidonvilles aux quatre coins du monde ou à Aubervilliers près de Paris, et visité la jungle de Calais.

Son malaise face à de trop importantes rémunérations n'est pas apparu avec son arrivée à la tête de Danone. En 1992 déjà, dans son pamphlet contre le monde de la finance, "Main basse sur la Cité", et en 2011 dans une autobiographie, "Chemins de traverse, vivre l'économie autrement", il y faisait allusion.

2 millions
euros
Sur LCI, Emmanuel Faber reconnaissait en 2019 toucher un salaire de 1 million d'euros et un bonus de 1 million d'euros, lié à 60% aux performances.

"Capital" n'a toutefois pas manqué de rappeler que Faber a huit années durant siégé au conseil d'administration de Ryanair, connue pour sa politique salariale au rabais. Sur LCI, il reconnaissait en 2019 toucher un salaire de 1 million d'euros et un bonus de 1 million d'euros lié à 60% aux performances.

La beauté de l'altérité

Cet Isérois a par ailleurs défrayé la chronique avec son discours pour la remise des diplômes de l'HEC, dont il est issu. Il y expliquait que "sans justice sociale, il n'y aura plus d'économie. Les riches, nous, les privilégiés, nous pourrons monter des murs de plus en plus haut. Mais rien n'arrêtera ceux qui ont besoin de partager avec nous. Il n'y aura pas non plus de justice climatique sans justice sociale". La vidéo de ce discours est devenue virale sur les réseaux sociaux.

Discours d'Emmanuel Faber lors de la remise des diplômes HEC en 2016

Cette fibre sociale, Emmanuel Faber la doit à son frère qui s'est battu pendant des années contre schizophrénie qui a fini par lui prendre la vie. Il dit lui attribuer sa vision du monde, de l'entreprise et la découverte de "la beauté de l'altérité".

À la James Bond

En charge de la zone Asie-Pacifique de Danone de 2005 et 2008, Emmanuel Faber devra être exfiltré d'un building chinois dont les ouvriers en colère bloquent les accès. Le Français avait accusé Wahaha, le partenaire chinois de Danone, de multiplier les sociétés parallèles pour détourner une partie du business. Danone se retirera de ce partenariat sur une importante moins-value, selon les analystes. Un échec cuisant pour Faber, selon certains. Pour d'autres, il est celui qui a permis d'éviter la catastrophe.

Son ami Muhammad Yunus

Emmanuel Faber présente Muhammad Yunus, le prix Nobel de la Paix, à Franck Riboud.
Faber et Yunus ont en effet créé en Bangladesh Grameen Danone, une entreprise qui commercialise des produits laitiers pour les pauvres.
Déjà à l'époque, la fibre sociale est bien présente. On le voit ainsi visiter une maison de retraite de mourants à New Delhi et deux années durant, passer ses vendredis après-midi à accompagner des malades dans un centre de soins palliatifs de la banlieue parisienne.

CV Express

  • Né en 1964 à Saint-Bonnet-en-Champsaur en Hautes-Alpes
  • Diplômé HEC en 1986, il travaillera chez Bain&Company, Barings et Legris Industries
  • En 1992, il rédige le pamphlet "Main basse sur la Cité"
  • En 1997, il intègre Danone comme directeur financier
  • En 2000, il entre au comité exécutif
  • Entre 2002 et 2010, il siège au conseil d'administration de Ryanair
  • En 2014, il est nommé directeur général de Danone
  • En 2017, il succède à Franck Riboud au titre de PDG


Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés