Faut-il encore manger des avocats?

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Aliment ultra sain pour certains, scandale écologique pour d'autres. L'avocat, qu'on appelait encore récemment "or vert", est désormais vu plutôt comme le diamant de sang. Pourquoi? Parce qu'il est cause de déforestation et de sécheresse en Amérique du sud. Sans parler de son transport...

Vous avez battu le pavé de Bruxelles ce dimanche pour militer en faveur de mesures susceptibles de sauver notre climat. Dans le même esprit, vous mangez moins de viande rouge. Et davantage de fruits. Des pommes, des poires, bien de chez nous (et conservées de longs mois durant en chambre froide, irradiés selon la méthode de l'ionisation notamment). Des fruits plus exotiques aussi, parce que c'est bien bon. Ananas, bananes, avocats... Est-ce vraiment une bonne idée pour sauver le climat?  

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Prenons le cas de l'avocat. Sain et particulièrement nourrissant, c'est ce qu'on entend dire de lui. Il se prête à de nombreuses recettes, pour l'apéro, l'entrée, le plat principal et même le dessert. Qui dit mieux? 

Celui qu'on appelait encore récemment l'or vert, sur base d'une stratégie marketing bien élaborée, est de plus en plus vu comme le... diamant du sang. Pourquoi? 

Avons-nous réellement besoin d'avocats toute l'année? Nous devons commencer à réfléchir à la provenance des aliments.
JP McMahon
Chef irlandais, une étoile au Michelin

Le chef irlandais JP McMahon, une étoile au Michelin, a été le premier à qualifier l'avocat de nouveau "diamant de sang", en référence aux diamants extraits en Afrique qui ont alimenté des conflits meurtriers sur ce continent. Il a arrêté de proposer ce fruit dans son restaurant de Galway (ouest de l'Irlande). D'autres chefs lui ont emboîté le pas. "Cela m'a frappé que l'avocat soit associé au changement climatique et à la déforestation parce que c'est un symbole de santé dans le monde occidental", a-t-il déclaré à l'AFP.

L'avocat est en peu de temps devenu une star des exportations latino-américaines vers les États-Unis et l'Europe, au risque de conséquences néfastes sur l'environnement. Car la demande croissante dans ces deux continents est de plus en plus montrée du doigt en raison des répercussions induites par la production en Amérique latine, en particulier au Mexique, au Chili, au Pérou et en Colombie.

→ L'exemple du Mexique 

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Le Mexique est le premier producteur au monde d'avocats. La majorité des plantations se trouve dans l'État de Michoacan (centre) sur la côte Pacifique, qui jouit d'un sol volcanique adapté. Voici quelques chiffres très parlants compilés par l'AFP:

  • Mi-janvier, un camion chargé d'avocats sortait de l'État toutes les six minutes afin de répondre à la demande pour le Superbowl, la grande finale de football américain aux États-Unis, qui aura lieu le 3 février.
  • En 2018, plus de 377.000 tonnes, soit 80% de la production, ont été envoyées vers le voisin du nord, soit une hausse de 13% par rapport à l'année précédente.
  • Plus de 57.000 tonnes sont exportées vers les autres marchés (+ 8%).

Mais des plantations illégales  ont entraîné la déforestation de milliers d'hectares dans cet État de près de 5 millions d'habitants, selon des chercheurs qui dénoncent des contournements de la loi. La législation locale autorise des plantations sur un terrain forestier quand les arbres ont été coupés ou ravagés par le feu.

Il y a une pratique très commune chez les propriétaires forestiers qui consiste à semer des avocatiers sous les arbres, et peu à peu, ils coupent les arbres pour laisser les avocatiers à découvert.
Luis Mario Tapia Vargas
chercheur à l'Institut national de recherches forestières, agricoles et d'élevage

Il y a aussi les incendies. 95% d'entre eux sont intentionnels et peuvent ravager 10.000 hectares les années de sécheresse, selon Luis Mario Tapia Vargas, chercheur à l'Institut national de recherches forestières, agricoles et d'élevage (Inifap). Quant aux plantations illégales, elles ont atteint 15.000 hectares en 2018. "De nouvelles plantations sont autorisées contre des pots-de-vin", souligne-t-il.

Le porte-parole de l'APEAM (Association des producteurs et exportateurs d'avocats du Mexique), Ramon Paz Vega, affirme que la déforestation massive a eu lieu dès 1997, avant que la production d'avocats n'explose. "Cela ne veut pas dire que la production d'avocats n'a pas de conséquences sur l'environnement, elle en a", reconnaît-il. Toujours selon l'APEAM, cette production industrielle est une source importante d'emplois, 75.000 directs et 30.000 indirects. 

→ L'exemple du Chili

A Petorca, à 150 km au nord de Santiago, sont produits une grande partie des avocats chiliens destinés à l'exportation. "Il y a des enfants de 10 ans qui n'ont jamais vu d'eau dans le fleuve", déplore Rodrigo Mundaca, fondateur de Modatima, une organisation pour l'accès à l'eau dans cette province située dans le centre du Chili.

Le lit de la rivière est totalement sec à La Ligua, dans la province chilienne de Petorca. Tout l'eau sert à abreuver les avocats, au détriment de la population... ©AFP

Pour la saison 2017-2018, le pays a produit près de 225.000 tonnes d'avocats, selon l'association des producteurs. Environ 30% étaient destinés à la consommation locale et le reste a été exporté vers les États-Unis, l'Europe, la Chine et l'Argentine. Mais les habitants accusent la filière d'être à l'origine des graves sécheresses qui frappent la région depuis dix ans.

La culture de l'avocat a besoin d'importantes quantités d'eau, environ 100.000 litres par jour et par hectare, selon Rodrigo Mundaca qui s'indigne que les 3.000 habitants de Petorca n'ont même pas d'eau "pour répondre à leurs besoins quotidiens".

Selon les estimations, la localité compte 9.000 hectares de plantations d'avocatiers (contre 2.000 dans les années 1990) dont 60% dans des zones qui n'étaient pas initialement dédiées à l'agriculture.

Pour s'assurer l'eau suffisante, l'industrie draine les fleuves et creuse des puits pour capter l'eau souterraine, explique Rodrigo Mundaca. Selon lui, les grandes entreprises productrices reçoivent des certificats de qualité qui leur permettent d'exporter à l'étranger, mais les règles sont "facilement contournables", explique-t-il.

Il en appelle désormais à l'éthique des consommateurs, tout comme le chef JP McMahon. 

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