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Frédéric Saldmann: "On peut très bien vivre 120 ans"

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Si le docteur Saldmann ne prétend pas augmenter notre espérance de vie, il assure au moins pouvoir augmenter notre espérance de vie en bonne santé.

Dans son nouveau livre intitulé "Vital! Votre bible santé", le cardiologue et nutritionniste français Frédéric Saldmann propose des conseils en matière d’alimentation et, plus largement, d’hygiène de vie. "Il n’est jamais trop tard pour bien faire. À tout moment, nous pouvons modifier nos habitudes et rentrer dans un cercle vertueux", assure-t-il. Si le docteur Saldmann ne prétend pas augmenter notre espérance de vie, il assure au moins pouvoir augmenter notre espérance de vie en bonne santé. Moyennant quelques petits ajustements au niveau de notre quotidien.

Outre le mode de vie, il y a aussi la génétique. Tout le monde n’a pas été servi par la nature de la même façon.

La génétique ne pèse à tout casser que 15% dans la longévité d’un être humain. Le reste dépend du mode de vie. Prenez le cancer de la prostate. Chez 70% des hommes en Europe et aux États-Unis, on trouve des cellules cancéreuses dans la prostate. Quand on va en Inde en zone rurale, on tombe à 10%. Si ces gens émigrent en Europe ou aux Etats-Unis, ils rejoignent les 70%.

Manger bio n’est-il pas réservé aux classes sociales supérieures?

Ça coûte certes un peu plus cher, mais pas forcément beaucoup plus cher. Aujourd’hui, on produit du bio partout. Parfois c’est du bio sérieux, parfois beaucoup moins.

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Pour ma part, j’aime manger sain avec mon couteau. Si j’épluche ma pomme non labellisée bio, j’élimine déjà 90% des pesticides. De même, manger les 3 centimètres de croûte brûlée de votre pizza, c’est comme fumer 200 cigarettes. Ne laissez pas non plus infuser le zeste de citron dans votre thé, c’est plein de produits chimiques. Tout cela pour dire qu’avec des gestes simples, on peut manger sain sans nécessairement passer par la case bio.

"Manger les 3 centimètres de croûte brûlée de votre pizza, c’est comme fumer 200 cigarettes."

Entre la viande et le poisson, que choisir, sachant que les mers sont plus polluées que nos prairies?

Le poisson est de toute façon bon pour la santé. Attention toutefois au thon et au saumon qui accumulent des éléments de pollution comme le mercure et le plomb. L’anguille est à éviter également car elle vit dans le lit des rivières, là où s’accumule la pollution.

Je conseille le poisson à table deux fois par semaine, avec une préférence pour les petits poissons qui sont en général moins chers et moins atteints par la pollution. Mangez trois sardines par exemple, elles vont rester neuf heures dans votre estomac et vous n’aurez pas faim.

Si les Japonais vivent vieux, c’est parce qu’ils ont, selon vous, la meilleure cuisine au monde.

Quand on passe à table au Japon, on en ressort toujours en ayant encore un peu faim, c’est une très bonne chose. Mes livres rencontrent du reste un grand succès au Japon. Les Japonais apprécient qu’un Européen fasse l’éloge de leur cuisine.

On vit à l’ère du sans gluten, sans sucre, sans lactose, sans viande, etc. Est-ce qu’on n’est pas en train d’aller trop loin et de tourner le dos à la convivialité?

Des tas de gens suivent aujourd’hui des régimes qui ne sont absolument pas nécessaires. Pour le gluten, il n’y a guère que 0,8% des gens qui y sont intolérants. Ma démarche est différente. Si on veut s’alimenter sainement, c’est tous les jours et toute l’année, plutôt que d’enchaîner les mois sans ci ou sans ça. Plutôt que de se priver, je préfère opter pour des produits naturels et non transformés. Prenez l’avocat: il n’est jamais traité aux pesticides, il a un puissant effet anti-inflammatoire et il agit comme un baume sur les intestins. En plus, il procure une très bonne satiété.

"Des tas de gens suivent des régimes qui ne sont absolument pas nécessaires."

Vous suggérez quand même qu’il faut avoir faim pour se sentir physiquement bien.

Je suis favorable au jeune séquentiel, c’est-à-dire de prévoir de temps à autre des périodes de 12 à 16 heures consécutives où on ne boit que du thé ou des tisanes. Quand on a faim, on produit de la ghréline qui, à son tour, stimule l’autophagie. C’est une découverte toute récente. C’est une sorte de cure détox express pour éloigner nos cellules mal formées qui sont source de maladie. En même temps, la faim stimule l’hormone de croissance qui est aussi une hormone antivieillissement.

C’est-à-dire?

À chaque seconde, notre corps produit 20 millions de cellules afin de remplacer les cellules usées ou mortes. Plus on vieillit, plus intervient le risque d’erreur de copie. En laissant au corps le temps de se régénérer, le jeune séquentiel permet de lutter contre notre obsolescence programmée.

Qui êtes-vous, docteur Saldmann?

Le tout-Paris se bouscule dans la salle d’attente de son cabinet. Patrons, artistes et personnalités politiques défilent chez le docteur Saldmann en quête de remèdes contre le temps. "Je ne reçois pas que des VIP, je soigne aussi des gens ordinaires voire des gens dans le besoin", corrige-t-il. "Pour me voir, il suffit de débourser 23 euros, je ne fais pas de privé. Ma porte est ouverte à tout le monde, même si le bouche-à-oreille aidant, je soigne aussi des personnes plus en vue", admet-il.

Frédéric Saldmann reçoit aussi la communauté des prêtres. "Mais ceux-ci sont en général plus discrets", sourit-il.

Diagnostiqué handicapé mental à l’adolescence, Frédéric Saldmann est arrivé à la médecine par des chemins de traverse. Il a passé son bac en candidat libre. Il était en fait un élève précoce qui s’ennuyait en classe"Je ne m’adaptais pas bien au système scolaire."

Corrélation et causalité

Véritable phénomène éditorial, il a vendu 3 millions de livres à ce jour. Certains pourtant décrient les fondements scientifiques de ses affirmations, passant un peu trop facilement de la corrélation à la causalité. D’autres lui reprochent de surfer sur la vague de la pensée positive et du développement personnel, devenu un véritable business pour certains.

Frédéric Saldmann renvoie ses détracteurs à la première page de son livre où il explique que "les conseils prodigués ne remplacent pas une consultation". "Je ne prétends en aucun cas me substituer à un avis médical. Si, en particulier, vous ressentez des symptômes qui persistent, consultez votre médecin. C’est le seul apte à vous délivrer un diagnostic, quel que soit votre état."

D’autres encore épinglent le rôle du docteur Saldmann à la tête de l’IEEP, l’Institut européen d’expertise en physiologie, qui se veut une interface entre l’industrie et le monde académique. C’est à ce titre que l’IEEP a obtenu des financements de Coca-cola, notamment pour des travaux de recherche sur les édulcorants. Là aussi, Frédéric Saldmann se défend: "Tout ce que nous recevons est déclaré et publié. Quant aux travaux que nous réalisons avec l’industrie, nous les réalisons en toute indépendance et transparence. Je ne conseillerai jamais à quelqu’un de boire ce genre de boisson, mais il est bien que les fabricants s’intéressent à l’impact de leurs produits sur la santé humaine. Tout comme l’INSERM, l’IEEP est une interface entre le public et le privé. Sans l’intervention du secteur privé, nous n’aurions du reste pas les moyens nécessaires pour faire de la recherche."

La pratique du jeune remonte à la nuit des temps. Toutes les religions en parlent. Le jeune séquentiel, c’est 20% de cancers en moins et moins d’allergies aussi.

N’y a-t-il pas un risque, en suivant vos conseils, de verser dans l’orthorexie où manger n’est plus vraiment un plaisir?

Je donne des conseils et les gens picorent dedans. On peut maigrir et rester en forme tout en mangeant de bonnes choses. Je propose juste certains réflexes qui permettent de reprendre la main.

Que pensez-vous du véganisme et de ses adeptes?

C’est une démarche culturelle que je respecte. Mais quand un patient m’annonce qu’il passe au régime végan, je suis obligé de lui prescrire des compléments nutritionnels pour éviter les carences. Si on devient végan, il faut se résoudre à prendre une batterie de comprimés.

Qu’en est-il de l’alcool?

Manger ne peut être dissocié de la joie de vivre et du bonheur. Si un verre de vin par jour permet d’obtenir cet état d’esprit, pourquoi pas? Attention toutefois à ne pas abuser: dix verres par semaine maximum pour un adulte, avec deux jours à l’eau.

Que pensez-vous des médecines parallèles?

Pourquoi pas? Même si comme partout, des dérives peuvent exister. J’aime les méthodes scientifiques prouvées et validées par des études cliniques. Comme la méditation par exemple, qui est enseignée à Harvard. Il faut éviter les choses qui ne reposent sur aucun savoir scientifique ou médical.

Faut-il continuer à rembourser les soins liés au tabagisme, la malbouffe, etc.?

On est bien obligé de les rembourser car c’est la vie qui est en jeu. Si vous souscrivez une assurance, vous allez payer plus si vous fumez. C’est normal car vous prenez un risque.

Le combat doit avant tout être mené au niveau de la prévention. On met trop d’énergie dans le curatif.

Le stress n’est-il pas aussi nuisible que la malbouffe?

C’est exact. Et il est plus difficile de lutter contre le stress que de bien manger. Il existe des techniques en tout genre. Le postulat de base, c’est que ce ne sont pas les événements qui sont problématiques, mais la façon dont on réagit aux événements. Pour y répondre, j’ai développé la technique suivante: pensez de vous à la troisième personne, comme le faisait Louis XIV. Prenez de la distance et survolez la situation avec de la hauteur.

Le transhumanisme fascine. Les Gafa, dont Google, nous promettent pratiquement la vie éternelle et travaillent sur cet objectif. Est-ce qu’on ne navigue pas en plein délire utopique?

Pourquoi ne pas permettre à l’être humain de vivre jusque 150 ans? D’autant qu’on peut déjà très bien vivre 120 ans. C’est parfaitement jouable à l’heure actuelle. Avec mon équipe, nous faisons des recherches sur le rat-taupe nu. Il pourrait bien détenir le secret de la longévité. Il vit en Afrique de l’Est et atteint l’âge de trente ans alors qu’un rat normal ne vit que deux ans. Le rat-taupe rejette les cellules cancéreuses, ne développe pratiquement pas de maladies cardio-vasculaires ni de maladies dégénératives. Lorsqu’il finit par mourir, ses organes sont presque neufs. Trente ans pour un rat-taupe, c’est 600 ans pour un humain. Au Moyen-Âge, on mourrait à 35 ans en moyenne.

Cela risque de poser un problème en terme de financement des retraites…

Je déconseille autant que possible de partir à la retraite. Une retraite précoce à 55 ans augmente le risque d’Alzheimer. La mortalité augmente de 15% tous les 5 ans de retraite anticipée. L’être humain est comme une montre, il se recharge dans le mouvement. Moi-même, j’ai 66 ans et je ne compte aucunement m’arrêter. Rien que l’idée me rend déjà malade.

"Vital! Votre bible santé", Frédéric Saldmann, éditions Albin Michel, 288 pages, 19,90 euros.

5 conseils du Docteur Saldmann
  • Mangez plus lentement. N’avalez pas votre repas en deux minutes. En prenant son temps à table, le centre de satiété a le temps d’être stimulé au niveau du cerveau.
  • Pas de café au petit-déjeuner. Oubliez l’odeur du café et le bruit de la cafetière pour bien démarrer la journée. Au saut du lit, on sécrète du cortisol, l’hormone du stress, avec laquelle la caféine fera doublon. Le premier café se prend idéalement quand on sent l’énergie décliner, entre 11 heures et midi. C’est alors que la caféine sera vraiment efficace.
  • Ne jetez pas le pain rassis. Quand le pain devient rassis, le taux d’amidon résistant augmente. Ces amidons libèrent des molécules protectrices (butyrates, propionates) dans le côlon qui régulent les hormones digestives et agissent contre l’obésité et le cancer du côlon.
  • Les chicons, c’est bon. Le goût amer du chicon a un effet coupe-faim. C’est encore mieux s’il est servi cru. Présentez des feuilles de chicon pour l’apéritif, au lieu des cacahuètes salées qui attisent l’appétit. Les personnes qui ne supportent pas le goût amer présentent 58% de risques en plus de développer un cancer.
  • Prenez votre douche froide. Bien qu’elle soit plutôt réservée aux courageux, elle aurait de nombreux bienfaits: perte de 250 calories, boost de l’immunité et décharge d’endorphine, qui fait "voir la vie en rose".



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