Invineo, le Nespresso belge du vin, va passer à la phase d'industrialisation

Thierry Tacheny, patron de la start-up Invineo. ©anthony dehez

Les tests de cette solution de vente de vin au verre via un concept tout en un sont concluants. Reste à trouver 6 millions pour lancer la production.

Il y a un an, Thierry Tacheny et ses associés levaient 2,7 millions d’euros auprès d’investisseurs privés (le groupe familial Cinoco, actif dans la distribution de de vin) et publics (SRIW, Namur Invest) pour développer leur projet de "Nespresso du vin", une solution de vente de vin au verre via un concept tout en un (machine, contenant, vin, service).

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Objectif de l’ex-patron de la régie publicitaire IP et des chaînes de télé de SBS: faire fabriquer une trentaine de machines, les faire tester, trouver des fournisseurs de vin et dénicher un lieu d’assemblage des tubes contenant le breuvage. Un an après, cette feuille de route a été suivie presque à la lettre.

L’équipe d’Invineo a fabriqué ses machines en partenariat avec la société CP Bourg à Ottignies. Celles-ci permettent d’accueillir trois tubes à vin et de les servir à la température conseillée, de suivre l’évolution des ventes et de gérer les stocks par une technologie de tag NFC interactif. Ces machines ont été lancées en test dans des restaurants (Les Filles, Huggy’s bar, Le Bruit qui court…) lors d’événements et, surtout, dans des chaînes d’hôtels (Sheraton, Novotel, Mercure, Ibis, Crowne Plaza), d’ores et déjà considérées comme le premier vecteur de croissance avec les business lounge d’aéroports.

"Rien que dans le groupe Accor (Ibis, Novotel…), il y a 10.000 bars et restaurants", relève Thierry Tacheny. La présence d’Invineo à des salons professionnels comme Equiphotel à Paris ont également permis de susciter l’intérêt d’entreprises de loisirs comme le Club Med, Le Puy du Fou, le Parc Astérix, etc. "La préservation du vin au verre, la température, les datas et les économies générées par la solution Invineo intéressent hautement ce type d’acteurs", note Thierry Tacheny.

De 40 à 60 vins

La société a ensuite installé mi-mars ses quartiers à Gembloux, dans les bâtiments de la société Nonna (une grosse PME familiale spécialisée dans la fourniture de sandwiches et de plats préparés). C’est là que sont assemblés la douzaine de pièces composant les fameux tubes d’une contenance de deux litres de vin, basés sur la technologie des bag-in box empêchant l’oxydation.

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Pour les tests, une quinzaine de références (rouge, blanc, rosé, essentiellement des vins français) étaient le fruit d'un accord avec la société Bibovino. "Mais, à présent, nous allons les choisir nous-même", indique Thierry Tacheny. "Nous avons constitué un comité qui sélectionne les vins avec nos équipes et des sommeliers externes. Nous avons élaboré un cahier de charges, contacté les viticulteurs, fait les premières sélections. Finalement c’est ça notre cœur de métier."

A terme, Invineo proposera une gamme de 40 à 60 vins à des prix correspondant à des bouteilles vendues de 6 à 15 euros dans le commerce. "Notre concept et notre business model ont été validés, nous sommes prêts à nous lancer, d’autant que 90% des établissements testés ont signé une lettre d’intention pour dire qu’ils sont susceptibles de louer ou d’acquérir une machine. Certes, cela ne les engage à rien, mais on est déjà certains d’écouler de 60 à 80 machines."

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Il faut compter 100 euros par mois pour la location, 3.000 euros pour l’achat d’une machine. Pour ce faire, il faut pouvoir produire les machines à grande échelle, Invineo ambitionnant d’écouler de 1.500 à 2.500 machines dans les trois ans. La fabrication de ce distributeur, bourré d’électronique, n’étant pas la spécialité de CP Bourg, Invineo s’est mis en chasse d’un fabricant. Une quarantaine de fournisseurs ont été identifiés, quatre ont été testés.

Besoin de 8 millions

Faute de trouver son bonheur en Belgique, Invineo a finalement opté pour l’autrichien Gronbach, qui produit pour des géants de l’électroménager comme AEG ou Gaggenau. La firme dispose de l’outil. Elle est prête à entamer la production. Reste à financer tout cela. Certes, les 2,7 millions n’ont pas encore été engloutis et Invineo peut tenir jusqu’à la fin de l’année. Mais la mise en production va demander de gros moyens supplémentaires que Thierry Tacheny évalue à 8 millions.

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Les actionnaires actuels (pour rappel, Thierry Tacheny et ses proches détiennent 60% des parts, Cinoco 20%, la SRIW et Namur Invest le solde) sont prêts à remettre au pot, mais ils vont devoir trouver environ 6 millions sur le marché; une mission confiée à la banque d’affaires française Vulcain, présente à Paris et à Bruxelles. Un choix hautement stratégique puisqu’il s’agit d’approcher à la fois les professionnels français du vin (producteurs, distributeurs, équipementiers) et des financiers.

"La mise en route est importante en cash, car notre projet est industriel, mais une fois qu’on a placé 1.500 à 2.500 machines, la rentabilité est forte. Les machines placées dans les établissements financent les machines en production, et c’est le vin qui fait la marge", résume Thierry Tacheny.

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Invineo espère pouvoir entamer la production cet automne et démarrer son activité commerciale d’ici la fin de l’année. Le business plan est ambitieux. Après la Belgique et la France, la firme entend se lancer dans les pays voisins. Elle table cette année sur 120 machines placées et 3.000 tubes vendus, 760 et 120.000 en 2020, 1.800 et 350.000 en 2021.

Durant ces trois années, plus de 5 millions d’euros seront investis. Le break-even est attendu un an plus tard, en 2020, avec 2.920 machines placées et 650.000 tubes écoulés. Cette année-là, la société devrait employer une cinquantaine de personnes, générer un chiffre d’affaires de 17,6 millions d’euros et un mage ebitda de plus de 20%.

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