L'Abbaye de Leffe lance une fondation pour structurer ses dons

©BELGA

Débordés de demandes d’aide en tout genre, les chanoines de l’Abbaye de Leffe ont décidé d’établir une fondation. Celle-ci gérera désormais l’activité caritative et philanthropique qu’ils développent avec les revenus de la bière.

En s’inspirant du modèle mis au point voici plus de vingt ans par les moines trappistes de Chimay, les chanoines prémontrés de l’Abbaye de Leffe ont créé une fondation. Objectif: mieux structurer les nombreuses activités caritatives et philanthropiques qu’ils financent avec les revenus issus des ventes de bière Leffe.

AB InBev brasse et exploite la marque depuis que le groupe a racheté la brasserie Lootvoet, qui avait lancé celle-ci en partenariat avec l’abbaye en 1952, et verse à la communauté prémontrée des "royalties" sur cette partie de son vaste business. La nouvelle fondation rend d’ailleurs hommage au père abbé Cyrille qui avait conclu à l’époque le partenariat avec la famille Lootvoet: elle a été baptisée "Cyrys", une contraction de son nom "Cyrille Nys".

"Nous n’avions quasiment plus de temps à consacrer à notre communauté."
Père Benoît
Abbé de Leffe

Ces dernières années, les royalties versés par AB InBev à l’Asbl Abbaye de Leffe n’ont cessé de croître, reflétant l’augmentation des ventes de Leffe à l’exportation. Il en va aujourd’hui de plusieurs millions d’euros par an. Dans le même temps, les chanoines ont vu les demandes d’aide ou d’assistance adressées par la population augmenter également.

"Au point que 90% du temps de nos conseils était consacré aux prises de décision sur ces requêtes; nous n’avions quasiment plus de temps à consacrer à notre communauté", souligne Père Benoît qui exerce la fonction d’abbé de Leffe depuis 2013. Il ajoute que sa communauté ne disposait pas non plus des compétences pour vérifier le bien-fondé des demandes d’assistance ou pour assurer un monitoring des aides accordées. Autre conséquence: l’abbaye ne gérait plus aucun projet propre, se contentant d’essayer de répondre à un maximum de demandes.

Ecologie humaine

Pour remédier à cette situation, les chanoines ont décidé de se doter d’un véhicule spécifique, qui sera entièrement dédié à l’analyse des demandes, à l’octroi des aides et au suivi des réalisations. C’est le rôle dévolu à la Fondation Cyrys, mise en place depuis le 1er septembre dernier. Une solution qui évoque celle adoptée de longue date par les moines de Chimay, qui ont établi leur propre fondation pour gérer la redistribution d’une partie des revenus de leur bière à la population de la région.

©Nima Ferdowsi

La communauté de Leffe a saisi l’occasion pour bien redéfinir la stratégie et les cibles. "Nous nous sommes inspirés de l’Encyclique Laudato Si du Pape François", explique Père Benoît: "l’écologie humaine est la voie à suivre, non seulement dans sa dimension environnementale, mais aussi sociale, interpersonnelle et culturelle." Sept "sphères" d’action ont été retenues: elles vont de la promotion de l’éducation à la préservation de l’environnement en passant par le soutien aux initiatives locales de développement durable.

L’abbaye défendra en priorité, mais pas exclusivement, les projets situés à Dinant et dans les communes environnantes (Anhée, Hastière, Houyet, Onhaye et Yvoir). Elle lancera aussi ses propres initiatives. Pour piloter tout cela, la fondation héritera d’une équipe de quatre gestionnaires, qui auront été choisis pour leurs compétences et leur complémentarité. Les chanoines siégeront au conseil d’administration aux côtés de deux laïcs.

"La dimension emploi se retrouve de manière transversale dans nos sept sphères."
Père Benoît

Les chanoines insistent sur un point: ils ne vont pas se substituer aux associations et ONG à l’oeuvre dans la région, mais collaborer avec elles ou les renforcer. Leurs secteurs d’intervention seront plus diversifiés que ceux couverts par la Fondation Chimay-Wartoise, qui s’est concentrée sur l’emploi et l’éducation, "mais la dimension emploi se retrouve de manière transversale dans nos sept sphères", ajoute Père Benoît.

Quant à l’éducation, par le passé l’abbaye de Leffe a abondamment suppléé au manque de fonds chroniques des écoles pour les aider à rénover leurs bâtiments. Au point de se demander d’ailleurs comment font les écoles n’ayant pas d’abbaye dans leur région...

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