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L'actionnaire désillusionné d'AB InBev

AB InBev a chuté de 11% en une séance ce jeudi.

Illusions perdues. Jamais autant qu'à ce jour, l'écart de performance entre les actions du n°1 mondial de la bière AB InBev, et celle de son suivant Heineken n'a été aussi important. Depuis la décision d'AB InBev rendue publique à l'automne 2016 de prendre en main le destin de SABMiller, alors le n°2 au monde, l'action du groupe belgo-brésilien affiche un return négatif (évolution du cours + dividende) de 39%. Celui de son concurrent néerlandais est positif de 26% par contre.

La déception des actionnaires d'AB InBev doit, on l'imagine, être à la hauteur de cet écart. Cela, d'autant plus qu'AB InBev et SABMiller réunis, affichaient une valeur en bourse proche de 210 milliards de dollars. Cette valeur était censée lui ouvrir les portes du cercle des 10 plus grosses sociétés cotées au monde en termes de capitalisation boursière. Aujourd'hui, la valeur de cet ensemble multinational n'est plus que de 120 milliards de dollars.

Le dividende d'AB InBev était deux fois plus élevé avant le rachat de SABMiller en 2016.

Tout cela pour ça! En jetant son dévolu sur SABMiller, AB Inbev avait certes placé définitivement hors-course son adversaire Heineken dans sa volonté de conserver le leadership mondial. Mais cela ne manque pas de poser la question de la nécessité pour une société de faire croître son bilan à coup de méga-fusions à des prix vertigineux, plutôt que de grandir de manière organique. Il peut paraître facile après coup de faire de telles observations. Il reste que les actionnaires d'AB InBev bénéficiaient jusqu'au rachat de SABMiller d'un dividende 2 fois plus élevé qu'actuellement. Et qu'ils ne sont pas prêts de le retrouver.

Le groupe brassicole basé à Leuven a réalisé un exercice honorable en 2019. Mais il n'a pas échappé aux investisseurs chevronnés que son dernier trimestre a été caractérisé par une nette dégradation des affaires. Et si cette tendance devait se confirmer au cours des prochaines périodes trimestrielles - ce qu'entrevoit AB InBev au moins pour son premier trimestre en raison du coronavirus -, autant le dire, il n'y a pas lieu non plus lieu de se faire des illusions sur le sujet d'une éventuelle amélioration de la rémunération des actionnaires à brève échéance.

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