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L'agriculture régénérative pour relocaliser l'orge brassicole

Tombée à moins de 3%, la production d'orge brassicole en Belgique est relancée grâce au projet Pure Local. ©Belgomalt

Belgomalt convainc un nombre croissant de fermiers d'utiliser l'agriculture régénérative pour relancer la production locale de malt. Et six brasseurs suivent...

Jusqu'au début des années 1990, des agriculteurs cultivaient de l'orge brassicole en Belgique, que les malteries présentes sous nos latitudes transformaient en malt pour alimenter les brasseries du cru. Cette culture a ensuite été progressivement abandonnée, les malteries se fournissant désormais auprès de filières agricoles en France, en Grande-Bretagne et en Scandinavie. Une évolution regrettable à la fois pour nos fermiers, qui voyaient disparaître une source de revenus, et pour l'environnement, ce déplacement de production signifiant à la fois davantage de transport et des méthodes de culture plus intensives, tous deux synonymes de davantage d'émissions de dioxyde de carbone.

Deux bonnes raisons de vouloir changer tout cela. La malterie Belgomalt, filiale du groupe Boortmalt dédiée aux petits et moyens brasseurs, a réussi à convaincre quelques agriculteurs et une poignée de brasseurs belges de relancer localement la production d'orge brassicole. En mettant l'accent sur les méthodes de l'agriculture régénérative afin de maximiser l'effet positif sur les émissions.

"Les deux critères à respecter les plus importants concernent l'(absence de) labour et les espèces couvre-sol."
Alexandre Hendrickx
craft manager, Belgomalt

Elle a baptisé ce programme "Pure Local". Avec le concours de la coopérative CultivAé, spécialisée notamment dans les conseils en agro-écologie, Belgomalt a rédigé un cahier des charges, afin de guider les agriculteurs intéressés vers les bonnes pratiques. "Les deux critères à respecter les plus importants concernent le labour et les espèces couvre-sol", explique Alexandre Hendrickx, directeur artisanat ("craft manager") chez Belgomalt. "Nous voulons que les agriculteurs participant au programme labourent moins ou cessent entièrement de labourer les sols, car les labours libèrent le CO2; et nous leur demandons de couvrir leurs champs avant et après les récoltes avec un mélange d'espèces couvre-sols tels que les tournesols, afin que ces plantes continuent de capter le CO2 par photosynthèse en évitant de laisser les champs nus."

CO2 négatif en 2020

En combinant ces techniques avec le traitement de l'orge dans une malterie proche et le maintien d'une proximité avec les brasseries consommatrices, Boortmalt et ses partenaires parviennent à réduire sensiblement leur bilan CO2. "L'objectif est de devenir neutre en CO2, voire négatif", poursuit Alexandre Hendrickx qui ajoute que pour l'année 2020, le programme l'était déjà (négatif).

Le malteur a lancé ce projet il y a quatre ans, avec quatre agriculteurs et un brasseur au départ - il s'agissait de la brasserie Jandrain Jandrenouille, à Jandrain. Depuis, le nombre de participants a crû, de même que les tonnages. Aujourd'hui, dix agriculteurs et six brasseurs jouent le jeu, en Flandre comme en Wallonie. "Mais la majorité des agriculteurs sont situés en Hesbaye, en Wallonie, car c'est la région la plus fertile du pays pour les céréales. C'est aussi celle où l'on cultivait le plus d'orge brassicole jadis", relève le craft manager de la malterie.

La Brasserie Bertinchamps, à Gembloux, a été la deuxième à utiliser le malt "Pure Local" après Jandrin Jandrenouille. Sont venues s'ajouter les brasseries Lefebvre (Quenast), Valduc (Thorembais) et Brussels Beer Project (Bruxelles). Bertinchamps représente le meilleur exemple de proximité et de réduction des transports: l'orge qu'elle utilise est cultivé par un agriculteur de Gembloux, il est transformé dans la malterie de Belgomalt à Gembloux alors que la ferme-brasserie est elle-même installée dans la même commune, à cinq kilomètres à peine de la malterie!

Un premier grand brasseur participe

Fait nouveau, un brasseur de taille importante vient de s'ajouter à cette liste, la Brasserie L. Huyghe (Melle), qui brasse notamment la Delirium, la bière d'abbaye Averbode et la bière sans gluten Mongozo.

"Nous croyons très fort dans le concept et nous sentons que c'est le moment de foncer."
Alexandre Hendrickx
craft manager, Belgomalt

Avec Huyghe, le projet prend une autre dimension. Cette brasserie a commandé 200 tonnes de malt Pure Local pour cette année, soit un tiers de la production totale 2021. Et Belgomalt prévoit de tripler sa production l'an prochain pour atteindre 1.800 tonnes. Ce qui implique qu'il faudra convaincre d'autres agriculteurs et d'autres brasseurs. "Nous croyons très fort dans le concept et nous sentons que c'est le moment de foncer", souligne Alexandre Hendrickx. "En payant un peu plus cher, on soutient à la fois l'agriculture locale et on contribue à réduire les émissions de gaz à effet de serre." Il y a en effet un surcoût, car la malterie s'engage auprès des agriculteurs à leur garantir un prix correct.

De 600 à 1.800 tonnes
tonnes de malt produites au départ d'orge belgo-belge en 2021 et 2022
L'orge cultivé en Belgique dans le cadre du programme Pure Local donnera 600 tonnes de malt cette année et trois fois plus l'an prochain.

L'idée plaît en tout cas aux brasseurs enrôlés. "Nous voulons assurer l'avenir des générations futures et apporter ainsi notre pierre à l'édifice, commente Alain De Laet, le CEO de la Brasserie L. Huyghe, dans le communiqué. Il a d'ailleurs "pour ambition de devenir la brasserie la plus durable du pays".

Boortmalt et sa filiale Belgomalt caressent aussi une autre ambition: ils voudraient exporter le modèle dans les autres principaux pays où ils sont actifs. Premier malteur mondial, le groupe a une capacité de production de 3 millions de tonnes et exploite 27 malteries (dont deux en Belgique, à Anvers et Gembloux) sur cinq continents. Il est en train de lancer, sous une autre appellation que "Pure Local", un programme semblable en France. Et il y songe également pour des marchés comme l'Argentine, le Canada ou l'Australie. Pas de raison, en effet, de ne pas profiter de son empreinte mondiale pour multiplier les circuits locaux.

"Nous prenons le projet belge en exemple pour montrer que l'agriculture peut changer", conclut Alexandre Hendrickx.

Le résumé

  • La malterie Belgomalt a convaincu dix fermiers d'utiliser l'agriculture régénérative pour relancer la production locale de malt.
  • Six brasseries participent au programme, dont une première de grande taille (L. Huyghe).
  • Le cahier des charges imposé aux fermiers suit les méthodes de l'agriculture régénérative, ce qui permet de réduire sensiblement les émissions de CO2.
  • La production de malt via ce nouveau circuit va tripler d’ici à l’an prochain pour atteindre 1.800 tonnes.
  • Le groupe Boortmalt, dont fait partie Belgomalt, projette d'appliquer le même modèle en France et ailleurs.

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