L'arrêt de l'horeca fait craindre un effet boule de neige

Pour certains brasseurs, la fermeture de l'horeca durant un mois représente une perte de recettes de plus de 80%. ©EPA-EFE

La fermeture de l'horeca pour un mois inquiète aussi ses fournisseurs, à commencer par les brasseurs. Les banques attendent une nouvelle concertation avec les autorités.

Rudi Petit-Jean, directeur général de Sligro-ISPC, le plus grand fournisseur de restaurants du pays, ne tourne pas autour du pot: "Pour nous, la fermeture des cafés et restaurants est aussi catastrophique que pour l'horeca."

Cette société détenue par le groupe néerlandais Sligro réalise la quasi-totalité de son chiffre d'affaires dans l'horeca et les cuisines de collectivité (restaurants d'entreprises, d'hôpitaux, de maisons de repos...), elles aussi quasiment toutes fermées. "C'est la période de rentrée des commandes de gibier. Quasiment tout devra aller à la poubelle, même si nous avons veillé à maintenir notre approvisionnement au plus bas", dit Rudi Petit-Jean.

A titre exceptionnel, Sligro-ISPC s'efforce d'écouler une partie de ses denrées aux particuliers. Pas évident pour une entreprise plutôt familiarisée avec les grands conditionnements.

Mise en demeure

Le cas de ce spécialiste des professionnels de l'alimentation est exemplatif de l'enchaînement des conséquences de la décision sanitaire prise vendredi par le comité de concertation. Les 3 fédérations régionales Horeca (Vlaanderen, Bruxelles, Wallonie) mettent en demeure le gouvernement fédéral de retirer la mesure, et deux recours contre la fermeture des cafés et restaurants durant quatre semaines ont été introduits ce week-end.

Dans les cinémas, l'interdiction de la vente de boissons et de nourriture fait également grincer des dents. Selon la Fédération des cinémas de Belgique (FCB), cette activité est "vitale": la marge sur les tickets après déduction des frais est trop faible et la crise sanitaire a fait chuter les revenus publicitaires.

L'inquiétude est grande en amont aussi. A commencer par les brasseurs, qui tirent la langue. "Au début de l'année, nos entreprises étaient toutes en bonne santé financière et faisaient beaucoup d'efforts pour soutenir l’horeca. Mais leurs ressources n’étant pas inépuisables, ils commencent à avoir la tête sous l’eau", souligne Nathalie Poissonnier, directrice des Brasseurs Belges.

Soutien aux fournisseurs

Si l'impact financier varie d'un brasseur à l'autre, ceux qui ont des établissements en location risquent un manque à gagner d'au moins 80% durant la fermeture des cafés et restaurants, précise-t-elle. La fédération estime par ailleurs que les mesures de soutien aux entreprises qui subissent une perte de revenus devraient s'appliquer également aux fournisseurs.

320
millions €
Selon la Fevia, la fermeture de l'horeca et la mise à l'arrêt de l'événementiel représentent un manque à gagner de 320 millions d'euros par mois.

La Fevia, qui chapeaute le secteur agroalimentaire, demande elle aussi des mesures de soutien pour les fournisseurs (prolongation et extension du chômage temporaire pour force majeure, flexibilité dans le paiement des cotisations, assouplissement des critères de financement et de règlement de la garantie d’État pour les PME...). Selon elle, la fermeture de l'horeca, conjuguée à la mise à l'arrêt de l'événementiel, représente pour les entreprises un manque à gagner de 320 millions d'euros par mois.

Difficile, toutefois, à ce stade de chiffrer l'impact global de la fermeture de l'horeca. Mais sa situation est tendue: le tableau de bord mis en place par l’Economic Risk Management Group (ERMG), chargé du monitoring de la crise sur le plan socio-économique, indique qu'une entreprise de services alimentaires sur trois ne peut faire face à ses obligations financières que durant trois mois maximum.

Lassitude mentale

Ce qui pose par ricochet la question de l'exposition des banques. "Le secteur bancaire reprendra les discussions avec les autorités fédérales et régionales sur la question des garanties publiques sur les crédits, afin de traverser cette période de turbulences avec le moins de casse possible", précise Rodolphe de Pierpont, porte-parole de la fédération du secteur financier (Febelfin).

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Il n'en reste pas moins que le risque de faillites en cascade s'en trouve agrandi. D'autant qu'à un contexte financier défavorable vient s'ajouter la lassitude mentale de certains exploitants qui décident d'arrêter les frais. "Je crains que dans certains secteurs, les arrêts d'activité ne créent un effet boule de neige sur d'autres activités", avertit Eric Van Den Broele, directeur de la Recherche & Développement au bureau d'études Graydon.

"A terme, le nombre de faillites risque d'être si important que les réserves financières des fournisseurs seront insuffisantes."
Eric Van Den Broele
Directeur R & D chez Graydon

Le problème central, selon lui, c'est l'insuffisance des provisions couvrant les défaillances des clients. "A terme, le nombre de faillites risque d'être si important que les réserves financières des fournisseurs seront insuffisantes pour faire face aux défauts de paiement", dit le responsable de Graydon. Qui plaide pour un aménagement de la loi de 2018 sur les faillites.

"Il faudrait limiter la mise en faillite aux seules entreprises déjà en difficulté avant la crise sanitaire et appliquer des solutions alternatives à celles qui le sont à cause de la crise", souligne Eric Van Den Broele.

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