L'industrie alimentaire belge rattrapée par le scandale de la viande chevaline

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La crise de la viande de cheval a démarré au Royaume-Uni, avant de s’internationaliser. Son impact est réel sur les producteurs belges, qui exportent chaque année pour 300 millions d’euros. Selon la durée de la crise, les pertes pourraient se chiffrer en millions d’euros pour le secteur belge de la production de plats préparés.

Officiellement, aucun chiffre ne circule. Dans les coulisses, c’est la douche froide. Alors que le scandale de la viande de cheval déclenché début février prend chaque jour un peu plus d’ampleur, l’industrie alimentaire belge commence à ressentir sérieusement les effets collatéraux de la crise. Pour des raisons frôlant parfois l’irrationnel, mais à la mesure de la tromperie ressentie par le consommateur des pays européens où l’on a retrouvé de l’ADN de cheval dans des préparations à base de boeuf.

C’est ainsi que  le premier producteur européen de lasagnes, le groupe belge Ter Beke (Come a casa), a reconnu "l’impact négatif" de la crise, au point de ralentir ses activités sur ses sites wallons. Pourtant, l’entreprise ne produit pas de plats préparés surgelés, alors que le scandale vient surtout de ce type de préparation.

Ter Beke ne donne aucun chiffre permettant d’évaluer l’impact. Mais il est clair que les ventes de la société flamande décrochent surtout sur ses grands marchés d’exportation: les Pays-Bas, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Les montants grandissent chaque jour. La firme a réalisé un chiffre d’affaires de 421 millions d’euros en 2012, dont 180 millions à l’étranger.

  • Les producteurs belges touchés

Ter Beke n’est pas la seule entreprise belge à souffrir. Le pays est un grand exportateur de plats préparés. Selon une compilation de leurs résultats, les firmes du secteur génèrent un chiffre d’affaires annuel total d’environ 480 millions d’euros, dont 300 millions d’euros à l’exportation. Plus de 60% de leur production est destinée aux pays européens, et donc aujourd’hui exposée aux remous de la crise internationale.

D’après nos informations, les sociétés belges éprouvent surtout des difficultés en Allemagne, en Autriche et aux Pays-Bas.

Au vu du recul de la consommation, l’hémorragie est importante. Sur les plus grands marchés, la demande aurait chuté d’un peu moins de la moitié. Il ressort en effet d’une étude réalisée par Nielsen, un bureau suédois spécialisé dans le suivi de la grande consommation, que les ventes de plats cuisinés à base de bœuf ont chuté de 45% sur le marché français dans la semaine qui a suivi la révélation du scandale (voir le graphique). L’ensemble des plats cuisinés sont touchés, puisqu’on enregistre une chute de 49% pour les hachis parmentier et de 52% pour les moussakas. Sur les 248 références de plats cuisinés surgelés à base de bœuf, une trentaine a même vu ses ventes plonger d’au moins 80% sur la semaine qui a suivi la révélation de l’affaire.

Rien d’étonnant, lorsqu’on sait que, selon un sondage BVA, un quart des Français qui consommaient des plats cuisinés à base de viande de bœuf ont renoncé à leurs habitudes depuis le début du scandale.

Par ailleurs, les ventes de plats cuisinés ont chuté de moitié en Allemagne. Au Royaume-Uni, les ventes de plats à base de bœuf sont également en net recul. Depuis mi-janvier, la vente de steaks hachés congelés a reculé de 43%.

  • Omerta sur les chiffres

Ce sont là des chiffres provisoires car aucune fédération représentative du secteur ou aucune autorité gouvernementale ne se hasardent à fournir des données précises. Selon la durée de la crise, les pertes pourraient, en tout cas, se chiffrer en millions d’euros pour le secteur belge de la production de plats préparés.

Les géants de la consommation, que nous avons pris le soin d’appeler un par un, affirment qu’ils n’ont pas le recul suffisant pour fournir un aperçu de la situation, en Belgique comme ailleurs en Europe. "Nous avons demandé des chiffres pour évaluer la situation, mais nous les attendons toujours" explique une porte-parole de Carrefour. Même réponse auprès de Delhaize.

Et en Belgique? Le secteur parle tout au plus de "léger rétrécissement".

"Pour l’instant nous n’avons pas de chiffre", explique, pour sa part, Dominique Michel, administrateur délégué de Comeos, la fédération des commerces et des services. "Mais nous ne voyons pas de chute vertigineuse de la vente des produits concernés". Ter Beke estime que ses ventes en Belgique restent stables. Elles représentent un peu plus de la moitié de sa production.

"Nous n’avons pas encore de vue d’ensemble sur l’impact exact", résume la porte-parole du SPF Économie Chantal de Pauw. Depuis le début de la crise, le SPF Économie effectue un contrôle qualitatif et quantitatif renforcé sur la filière. Si la quantité d’ADN de cheval retrouvée dans un plat qui n’est pas étiqueté comme étant de la viande chevaline dépasse 1%, alors la procédure de retrait peut être enclenchée. Ce qui n’a pas encore été le cas en Belgique. Les plats "suspects" préparés par Comigel (Findus), Igloo et Ikea ont été retirés du marché belge dès que l’alerte fut donnée à l’étranger.

L’AFSCA, l’agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire, est chargée quant à elle des examens sanitaires. Elle examine des échantillons de viande afin de détecter la présence de médicaments illicites. Contrairement à certains pays européens, où des traces de l’antidouleur phénylbutazone ont été découvertes dans de la viande de cheval, l’AFSCA n’a rien trouvé à ce jour dans les produits écoulés en Belgique.

 

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