L'intelligence artificielle pour contrer le gaspillage alimentaire

©AFP

La société britannique Winnow a développé une technologie permettant d'identifier les aliments jetés à la poubelle. Ce dispositif permet de réduire le gaspillage alimentaire dans les grandes cuisines. Une vingtaine de dispositifs ont été installés à ce jour en Belgique.

Parallèlement aux émissions de gaz à effet de serre, le gaspillage alimentaire a de quoi donner des aigreurs d’estomac. Chaque année, un tiers des aliments produits sur le globe, soit environ 1,6 milliard de tonnes, part à la poubelle. En Belgique, on évalue à 340 kilos par personne le poids des aliments jetés chaque année. Une aberration dans un monde où près d’un milliard de personnes ne mangent pas à leur faim.

Cette gabegie alimentaire est aussi un gouffre financier: le gaspillage coûte la bagatelle de 1.000 milliards de dollars par an, dont 100 milliards imputables à l’industrie de la restauration et à l’hôtellerie.

À l’heure où l’ONU prévoit deux milliards de bouches supplémentaires à nourrir d’ici 2050, le gaspillage alimentaire s’impose petit à petit comme une priorité.

Pour réduire la montagne de déchets de nourriture, certains misent notamment sur les évolutions technologiques.

C’est le cas de Winnow Solutions. Cette société britannique, créée en 2013 par l’Américain Marc Zornes, un ancien cadre de McKinsey reconverti en militant de la productivité des ressources, a développé un système permettant d’identifier, dans une cuisine de collectivité (restaurant d’entreprise, d’hôtel, de paquebot…), les aliments qui atterrissent à la poubelle.

L’idée, c’est de recourir à l’intelligence artificielle pour utiliser les données collectées et améliorer ainsi la gestion des stocks, et donc réduire le gaspillage.

Une balance intelligente, une tablette et le cloud

Winnow a mis au point une technologie de balance intelligente qui pèse les déchets d’aliments. Celle-ci est connectée à une tablette, qui identifie les aliments jetés et transmet les informations dans le cloud. Un logiciel analyse et enregistre les déchets de la journée.

Le chef de cuisine est alors informé en temps réel du poids des produits jetés et de leur coût. Les données ainsi collectées peuvent ensuite être analysées par Winnow, qui identifie les postes de gaspillage et propose des solutions.

Ce dispositif, appelé Waste Monitor, a été installé à ce jour dans des centaines de cuisines de collectivité du globe, dont une vingtaine en Belgique.

Depuis mars dernier, Winnow Solutions s’est dotée d’une nouvelle technologie, baptisée Vision, qui permet d’affiner l’analyse grâce à une caméra permettant à l’intelligence artificielle d’identifier automatiquement les aliments jetés. Le plus gros client, à ce stade, n’est autre qu’Ikea, qui a déjà opté pour le système Vision dans certains pays (mais pas en Belgique, à ce stade en tout cas).

1.300 cuisines

La start-up créée à Londres il y a six ans s’est rapidement muée en une entreprise d’envergure internationale. Elle emploie aujourd’hui 120 personnes et dispose de bureaux à Dubaï, Shanghai, Singapour, en Iowa et en Roumanie.

Actuellement, Winnow mesure le gaspillage alimentaire dans 1.300 cuisines de 40 pays. "À ce jour, une centaine d’entre elles ont été dotées du nouveau système Vision, mais pas encore en Belgique", précise David Achard, responsable du développement pour le Benelux et la Suisse romande.

Selon le responsable, la technologie de Winnow Solutions permet de réduire le coût du gaspillage alimentaire dans une proportion allant de 40 à 70%.

"Le gaspillage alimentaire est surtout présent dans les cuisines offrant des plats préparés à l’avance."
David Achard
responsable Benelux et Suisse romande de Winnow

Mais ce dispositif de pointe a bien sûr un coût. Ce qui explique que la société britannique ne cherche pas à installer son système dans les petits restaurants qui n’auront pas de retour sur investissement.

"Nous proposons pour les structures plus modestes un package coûtant entre 250 et 600 euros par mois", précise David Achard. Pour les plus grandes structures, le coût mensuel peut dépasser 1.000 euros.

Les cibles privilégiées par la société britannique sont donc la restauration collective (entreprises, écoles, hôpitaux), présente surtout en Europe, les grands hôtels d’Asie ou du Moyen-Orient, et enfin les bateaux de croisière, propriétés de sociétés essentiellement européennes et américaines.

"Le gaspillage alimentaire est particulièrement présent dans les cuisines offrant des plats préparés à l’avance (buffets à volonté, restaurants d’entreprise…)", explique le responsable de Winnow pour le Benelux.

L’entreprise londonienne estime avoir déjà permis à ses clients d’économiser au total 30 millions de dollars par an. Mais elle entend aller bien plus loin.

"Notre objectif est d’atteindre un milliard d’économies d’ici 2025, grâce à l’extension de notre marché et à des améliorations technologiques", indique David Achard.

Cette extension pourrait passer par des initiatives des pouvoirs publics. "Il n’y a, à ce jour, pas de dispositif légal en Europe pour contrer le gaspillage alimentaire, mais on devrait y arriver à terme. À Dubaï, le ministère de l’Environnement a par exemple rendu obligatoire l’installation d’un système de mesure du gaspillage alimentaire dans les cuisines de collectivité."


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