L'ouverture d'une 4e raffinerie de sucre risque de casser les prix

Raffinerie Tirlemontoise exploite deux unités en Belgique, à Tirlemont (photo) et à Wanze.

Quel impact aura l'ouverture par le CoBT d'une quatrième raffinerie sucrière en Belgique? Deux études estiment qu'elle va augmenter les coûts de transformation et par conséquent pousser les prix versés aux betteraviers à la baisse. Sauf si l'on ferme une autre usine...

Quel impact aura sur le marché belge du sucre l'arrivée d'un troisième producteur? On sait qu'à côté des deux transformateurs actifs actuellement, Raffinerie Tirlemontoise (groupe Sudzucker) et Iscal Sugar (Finasucre), qui exploitent trois raffineries dans notre pays, se profile un nouvel acteur, CoBT (Coopérative des betteraviers transformateurs). La CoBT réunit 1.500 agriculteurs coppérateurs, censés apporter 1,5 million de tonnes par an à la nouvelle raffinerie qui verrait le jour à Seneffe et entrerait en production en 2022.

Deux consultants viennent d'analyser les effets et conséquences potentiels du lancement de ce troisième transformateur sur le marché belge et sur celui de l'Union européenne. L'une est signée par le bureau d'études de marché britannique LMC International, l'autre par le bureau conseil PwC, qui l'a réalisée à la demande de Subel, l'association des fabricants de sucre belges. Elles ont atterri à la rédaction de L'Echo.

Objectif principal menacé

Leurs conclusions sont dures pour les initiateurs du projet CoBT, car elles démontent toutes deux leur principal objectif: alors que le nouvel acteur voudrait générer un supplément de revenu pour les betteraviers, les deux bureaux estiment qu'au contraire, les prix qui leur seront proposés iront vers le bas.

357.000
tonnes
Quand la nouvelle raffinerie de la CoBT entrera en production, selon les calculs de PwC, le surplus de sucre belge bondira de 200.000 à 357.000 tonnes par an.

Selon PwC, le marché européen du sucre est aujourd'hui en surproduction et souffre de la volatilité des prix de vente consécutive à la suppression des quotas en octobre 2017. Le sucre que produira CoBT viendra s'ajouter à la production déjà excédentaire du marché belge: celui-ci produit 850.000 tonnes de sucre alors que les Belges en consomment 650.000 t.

Avec la CoBT, la production totale passera à 1,007 million de t (+18,4%). Le surplus bondira donc de 200.000 t à 357.000 t par an. Le consultant pense que 40% de la production de la nouvelle raffinerie proviendront de betteraves "détournées" de Raffinerie Tirlemontoise et d'Iscal Sugar, tandis que 60% proviendront d'un surplus de production des agriculteurs. Les excédents de production devront être vendus à l'exportation.

Cet excédent exercera une pression à la baise sur le prix de vente du sucre, qui se reflétera aussi sur le prix de la betterave. L'exportation hors UE n'offrira pas de solution, pour deux raisons: les coûts de transport s'avéreront dissuasifs; les prix mondiaux sont inférieurs aux prix européens.

"La dernière sucrerie construite en Europe est belge et date de 1993. Il s'agit de celle de Fontenoy."
Etude de PwC

Facteur aggravant, la consommation de sucre stagne en Europe et devrait même diminuer à l'avenir, vu les changements de mode de consommation.

Au passage, PwC relève que depuis la suppression des quotas, les cours du sucre ont chuté de 30% et les transformateurs ont fermé 8 raffineries dans l'UE: leur nombre est revenu de 109 à 101. Il ajoute que depuis l'ouverture de la sucrerie d'Iscal Sugar à Fontenoy en 1993, plus aucune usine n'a vu le jour en Europe.

Saison plus courte

20 à 30 euros
par tonne
La moindre utilisation des capacités des raffineries belges augmenterait les coûts de transformation de 20 à 30 euros par tonne de sucre produite, selon l'analyse de LMC.

L'étude de LMC aboutit aux mêmes conclusions par un autre chemin. Toute capacité de transformation supplémentaire réduira le nombre de jours de fonctionnement des raffineries belges (une activité saisonnière, pour rappel): de 135 jours par an, on reviendra à 115 jours. Sauf si l'on ferme une des usines existantes ou si l'offre de betteraves augmente en proportion, ce qui est tout sauf acquis...

Le moindre fonctionnement des usines entraînera une augmentation des coûts de transformation (de 20 à 30 euros par tonne de sucre), une pression sur leurs marges et dès lors une diminution du prix que les raffineurs payeront aux betteraviers.

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