reportage

La bière de l'abbaye de Gembloux fait un tabac au Texas

Une nouvelle brasserie pour la bière de l’Abbaye de Gembloux produite par les étudiants de Gembloux Agro-Bio Tech. ©Uliège

À peine créée, la brasserie BeerFac, spin-off de l’université de Liège, travaille à un échange de savoir-faire avec des producteurs texans. L’objectif est de produire dans l’état américain des bières maturées en fûts en se basant sur les recettes développées à Gembloux.

La bière de l’abbaye de Gembloux bientôt brassée aux Etats-Unis? Quelques mois seulement après sa création, BeerFac, la spin-off de l’ULiège mise au point pour reprendre en charge la production de la fameuse bière ambrée créée par les étudiants de la faculté agronomique de Gembloux il y a plusieurs dizaines d’années, brûle les étapes et a commencé à exporter son savoir-faire aux États-Unis. La start-up, qui ne dispose pas encore de ses propres installations, envisage d’établir des accords avec des brasseurs texans pour disséminer sa marque et diffuser ses produits avec l’expertise et la touche des producteurs locaux.

Depuis plus de 35 ans, les étudiants de Gembloux Agro-Bio Tech (ULiège) vendent localement une bière brassée selon une méthode ancestrale. Faute de disposer des équipements nécessaires, celle-ci était produite à l’origine par la brasserie Lefebvre (Barbar, Floreffe, Hopus…) à Rebecq-Quenast. Mais il y a un peu plus de deux ans, les étudiants et l’université ont créé une spin-off, la brasserie BeerFac, avec pour objectif d’assurer la production de la bière au cœur du campus gembloutois.

Étendre la gamme

En attendant l’inauguration des futures infrastructures de la brasserie à Gembloux, prévue en 2021, la petite société s’est associée avec la Manufacture Urbaine située à Charleroi. Mais ce sont les ingénieurs de Gembloux qui assurent la production sur place, sur base de leur savoir-faire.

"On souhaite une collaboration brasserie par brasserie, sans exclusivité."
Eric Haubruge
Professeur à l’Uliège et président de BeerFac

À peine le premier brassin de la bière de l’abbaye de Gembloux était-il déjà réalisé que les responsables de BeerFac ont décidé d’étendre la gamme en créant une pils, une bière sans alcool, ainsi que des bières maturées en barriques (whisky, bourbons…). Des nouveaux produits qui peuvent bénéficier de l’expérience de la faculté, notamment en matière de levures.

Ce dernier type de bière est une des grandes spécialités des producteurs américains et notamment texans. Profitant du partenariat entre l’Agence wallonne pour l’exportation (Awex) et la Texas A&M University, la spin-off s’est associée avec un brasseur d’Austin, Uncle Billy’s Brewery, pour co-brasser localement une bière à partir de celle de l’abbaye de Gembloux, et de finaliser sa maturation dans les cuves texanes.

Le résultat a été au-delà des espérances des créateurs puisque la bière belgo-texane a été primée lors d’un grand concours organisé par l’Association nationale des brasseurs américains, où elle a décroché une troisième place! "Cela veut dire que l’on a un produit réalisé avec des recettes belges, dans des conditions de production américaines, et qui semble plaire", se réjouit le professeur Eric Haubruge, co-fondateur et président de BeerFac. Suite à ce retour positif, la petite entreprise a donc décidé de voir si elle pouvait aller plus loin dans la démarche et s’associer avec une série de producteurs locaux, pour rééditer l’opération à une échelle commerciale.

Un échange de recettes

"Il faut bien connaître le modèle, poursuit Eric Haubruge. Il ne s’agit pas d’arriver avec un produit comme le font les très grandes brasseries et de le déverser sur le marché. C’est autre chose. Aux Etats-Unis, les brasseries sont limitées à une production locale, ou au maximum pour l’État. Le type de collaboration que l’on souhaite établir, c’est une collaboration brasserie par brasserie, sans exclusivité, afin de faire des productions ici au Texas sur la base de notre marque. On ne veut pas produire en Belgique pour ce marché. Il s’agira bien de nouvelles bières, pas de la bière de l’abbaye de Gembloux. En contrepartie, on souhaite pouvoir reprendre leurs recettes pour diffuser leurs productions en Belgique, où les bières maturées ne sont pas encore très répandues, surtout en Wallonie. Ce n’est pas un échange de produits, c’est un échange de recettes."

Le projet n’en est qu’à ses débuts. Il faudra notamment déterminer sous quelles marques peuvent être vendues les bières produites aux Etats-Unis, tout en évitant le piège des bières américaines estampillées "Belgian style", qui n’ont finalement aucun rapport avec le savoir-faire belge. Mais Eric Haubruge se montre confiant: "Il faudra trouver le bon équilibre, car il y a réellement une expertise derrière le produit. De toute façon, la qualité est différente, comme le révèle notre troisième place à ce concours avec un seul brassin."

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