La Botteresse, l'autre brasseur liégeois à l'assaut du marché russe

Georges Schrouff et le nouveau brasseur Maxime Leemans à pied d’œuvre dans des installations qui risquent bientôt de s’avérer trop étroites. ©Debby Termona

En 2016, la brasserie liégeoise La Botteresse s'est lancée dans l'exportation sur le marché russe. Le rapide succès rencontré à l’étranger la pousse à présent à augmenter ses capacités et à recruter.

Jusqu’en 2014, année de l’installation des cuves de la Brasserie C (Curtius) au centre de la Cité ardente, il n’y avait que deux brasseurs à Liège: un géant, Jupiler (AB InBev) à Jupille, et un nain, La Botteresse, une brasserie artisanale créée il y a trente ans déjà par José Poncin. David et Goliath… Depuis lors, La Botteresse a pris un nouvel élan. Elle a fait ses premiers pas à l’exportation, et notamment sur le marché russe où elle a réussi une percée dans les restaurants les mieux cotés de Moscou. Et elle a vu une de ses bières distinguée, l’an dernier, comme meilleure ambrée wallonne à l’issue de la compétition "Best Belgian Beers of Wallonia". Ces deux événements lui ont donné des ailes.

L’histoire de La Botteresse a commencé, comme bien d’autres, dans un garage. Dans les années 1980, José Poncin, chimiste de formation, et un cousin agronome ont retroussé leurs manches pour mettre au point des recettes de bière. Guidés par la passion et leur attachement à leur région, ils ont créé La Botteresse ambrée en 1986: "Une bière de dégustation typiquement liégeoise, avec beaucoup de matière et titrant 8,5 degrés d’alcool, contenant des épices et présentant un caractère affirmé, explique Georges Schrouff, un banquier qui s’est associé à José Poncin voici six ans. Comme nos concitoyens, elle a une forte personnalité, mais, une fois qu’on la connaît, on s’aperçoit qu’elle est en réalité très douce."

Fusion avec La Liégeoise

D’abord établie à Jupille et baptisée La Brasserie des Bruyères, la petite entreprise a vivoté durant deux décennies. Puis elle a connu une seconde naissance en 2006: un changement de cap concrétisé par le déménagement des installations à Saint Georges sur Meuse et la constitution d’une nouvelle société intitulée La Botteresse.

Six ans plus tard, José Poncin a ouvert ses portes à Georges Schrouff, qui n’est pas venu les mains vides, mais avec une autre marque de bière dans ses bagages: La Liégeoise. Il avait lancé cette marque au début des années 2000 pour contribuer aux revenus du Football Club Liégeois. "J’étais supporter du club et nous vendions cette bière aux abords du stade; une partie des bénéfices allait dans les caisses du FC. C’était une forme de sponsoring. Puis, quand le club a fait faillite, comme la marque m’appartenait, je suis allé la proposer à José Poncin." Jusqu’alors, La Liégeoise était brassée à Val Dieu. Dès ce moment, La Botteresse en a repris la production. Ce qui explique qu’aujourd’hui, elle pousse ses deux marques en parallèle: La Botteresse comme bière de dégustation et La Liégeoise comme bière de soif.

Cap sur Moscou

En 2015, de premiers contacts sont noués avec des candidats acheteurs à l’exportation. L’un de ceux-ci aboutit à la signature d’un contrat de livraison pour le marché russe. Le partenaire est Liquid World, un intermédiaire en boissons allemand travaillant notamment pour Carlsberg et bien introduit en Russie, où il dispose d’une filiale. Séduit par l’authenticité des produits de La Botteresse, Liquid World convient de les distribuer à Moscou et Saint-Pétersbourg durant les six prochaines années, avec des engagements progressifs en quantité: 100 hectolitres (hl) la première année, et jusqu’à 600 hl la sixième. Sur le terrain, le plan fonctionne: les consommateurs russes vont jusqu’à payer dix dollars pour s’offrir une 33 cl étiquetée Botteresse.

Dans la foulée, José Poncin et Georges Schrouff décrochent des commandes pour l’Espagne, l’Italie, la France et les Etats-Unis. Ces succès les convainquant qu’il est l’heure d’investir dans leurs capacités. Alors que la PME ne brassait que 150 hl en 2012, elle est passée à 650 hl l’an dernier et vise les 800 hl en 2017. Pour l’an prochain, l’objectif est de produire 1.250 hl. L’entreprise vient d’engager deux personnes, dont Maxime Leemans, un jeune apprenti brasseur appelé à succéder à José Poncin au fourquet. Elle envisage de recruter un commercial et de doubler le nombre de ses brassins hebdomadaires. "Et puis, si on doit monter au-delà de 1.250 hl, conclut Georges Schrouff, on devra déménager pour agrandir nos installations." Si la Russie continue de boire les Botteresses à ce rythme, nos Liégeois peuvent commencer à prospecter le marché immobilier dans leur coin…

Etiquette

«Cachez ce sein que je ne saurais boire…»

L’étiquette La Botteresse a été dessinée par Walthéry, le créateur de Natacha, célèbre hôtesse de l’air de l’univers de la BD. Le terme «botteresse» désignait de jeunes femmes qui, il y a un siècle et plus, transportaient dans une hotte fixée sur leur dos les fruits et légumes cultivés par les maraîchers sur les hauteurs de Liège (coteaux) pour aller les vendre dans le centre-ville en contrebas, avant de remonter la pente en transportant d’autres produits. On retrouvait la même fonction sur les coteaux de Jupille, ce qui avait incité Georges Schrouff à adopter ce nom. Il l’a fait d’autant plus volontiers qu’en saison, ces botteresses transportaient également du houblon.

Le joli dessin né du crayon de Walthéry a toutefois failli jouer un mauvais tour à la brasserie. Quand elle a voulu exporter ses bières aux Etats-Unis, elle a dû soumettre ses produits à l’examen de la Food and Drug Association, l’administration de contrôle US. Cet examen a duré trois mois. Un délai plutôt longuet, qui n’était pas motivé, comme l’avait cru le brasseur belge, par le fait que ses bières ne sont pas pasteurisées, mais par le caractère soi-disant osé du dessin. La dame campée par Walthéry aurait eu le tort de trop «pousser» sa poitrine, ce qui n’a pas plu aux prudes fonctionnaires. Au final, toutefois, la FDA a donné son feu vert. Ouf…

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