reportage

La Houppe, une bière d'amis

©Kristof Vadino

Le secteur des brasseries continue d’avoir le vent en poupe, au nord comme au sud du pays: l’an dernier, 43 nouvelles brasseries ont vu le jour tandis que 251 millions ont été investis dans l’appareil productif. L’Echo a choisi de braquer les projecteurs sur quelques brasseries wallonnes qui se sont distinguées récemment par des initiatives ou des investissements. Cap sur la brasserie La Houppe.

Prenez une soirée festive rythmée au bruit des grillons dans le sud de la France, rajoutez y un groupe d’amis qui ont un intérêt prononcé pour leur fief namurois, secouez le tout et vous aurez La Houppe! Il faut remonter à l’été 2012 pour avoir le fin mot de cette histoire atypique dans le monde brassicole. "Je passais mes vacances dans le sud de la France avec deux copains. Pendant que nous étions en train de siroter un verre, on se demandait ce qu’on pourrait bien faire à Namur. Namur, c’est notre ville. On voulait créer un projet. L’idée de la bière s’est imposée d’elle-même. Il n’y a pas de bière identitaire à Namur. Tout est parti de là", s’amuse à raconter encore aujourd’hui Bertrand Guelette, un des associés de la brasserie namuroise. Et c’est ainsi qu’est née la brasserie de Namur.

L’histoire est sympathique pour autant qu’on sache brasser! Ne s’impose pas brasseur qui veut. Cette joyeuse bande de camarades venant d’horizons différents, il a fallu apprendre. "En rentrant de vacances, j’ai rapidement pris contact avec François (un des associés). Il avait un peu brassé pendant ses études. Et quelques mois plus tard, on a rencontré deux de ses copains qui avaient le même projet. L’un d’eux était brasseur dans le nord de la France. C’est ainsi qu’on s’est retrouvés à 5 associés autour de ce joyeux projet."

L’aventure peut débuter. On est en 2013. "On s’était donné entre 6 mois et un an pour lancer la bière. À l’époque, on avait entendu parler de la Curtius à Liège. Il y avait un frémissement dans le marché."

Dans les murs d’une ancienne brasserie

3.500
En 2018, la brasserie a sorti 3.500 hectolitres. Elle vise 4.200 hectolitres cette année.

Depuis 2015, la bière se brasse le long de la Meuse, à quelques centaines de mètres du Parlement. "Il y avait déjà une brasserie ici jusqu’en 1926. Le bâtiment appartient toujours à la famille de l’ancien brasseur. On a envie de rester ici car c’est un symbole." Pour pénétrer dans les lieux, il faut d’abord franchir une petite porte. On entre ensuite dans une pièce sombre et voûtée où se donnent parfois des concerts de rock. Ce n’est qu’en continuant la visite qu’on se rend véritablement compte qu’on a pénétré dans une brasserie. Cet après-midi, le moteur du moulin raisonne entre les murs. Les grains d’orge sont broyés. Ils seront ensuite mélangés avec de l’eau. "Le reste des grains est, lui, revalorisé pour faire du pain aux céréales." Le houblon arrivera un peu plus tard dans le processus. La suite est classique, il y a la fermentation, la période de garde de 4 semaines et la mise en bouteille.

Au fait, pourquoi avoir appelé cette bière La Houppe? "On a fouillé dans les archives. On parle de cette bière à base du houblon qu’on appelait hoppe." En 2018, la brasserie en a sorti 3.500 hectolitres. Elle vise 4.200 hectolitres cette année. "J’ai compté, cela représente une Houppe bue toutes les 45 secondes. Nous ne sommes pas des amateurs mais nous n’avons pas envie de devenir une grosse brasserie. Aujourd’hui, deux des associés sont plein temps à la brasserie. Nous avons également engagé trois employés. Pour nous, ce qui compte, c’est de garder cette image de bière locale namuroise."

Excès de prudence

Tout avait pourtant commencé différemment. "Avant de nous lancer, nous avons rédigé deux business plans. Le scénario raisonnable ne permettait pas d’investir tout de suite dans l’outil brassicole. La bière serait brassée ailleurs. L’autre scénario intégrait un investissement tout de suite dans l’outil. Ce sont finalement les banques qui ont choisi pour nous. Elles nous ont poussés vers le business plan raisonnable."

"On voulait une bière blonde, de caractère, pas légère et qui n’existe pas sur le marché."

C’est donc avec leur recette sous le bras que les 5 amis se rendent à Hasselt, à la brasserie Anders. "Cette brasserie ne brasse que pour les autres. La recette a été le fruit d’un consensus entre nous 5. On voulait une bière blonde, de caractère, pas légère et qui n’existe pas sur le marché. Alex, l’ingénieur brassicole, a fait de nombreux tests. Il savait vers où aller. Les choses ont été assez vite." Et de fait, en juin 2013, le lancement de La Houppe est officiel et est célébré en fanfare près du Grognon. "On a commencé à la distribuer le samedi et le soir."

Pas d’ambition nationale

©Kristof Vadino

Vite à l’étroit dans son implantation namuroise, la brasserie a racheté les anciens bâtiments de la criée de Wépion en 2018. "On avance un pas après l’autre. Nous ne sommes pas des romantiques de la bière. On a un projet sur Namur et on limite les risques. Une partie de la production (50%) est par exemple toujours sous-traitée à Hasselt. C’est une question de risque industriel. Il nous a aussi fallu trois ans pour créer notre seconde bière. Mais on assume notre lenteur par cette prudence. Cela ne nous empêche pas de continuer la croissance de 30% des volumes et du chiffre d’affaires. L’année prochaine, nous allons investir dans une embouteilleuse et des nouvelles cuves de fermentation."

"Intégrer l’échelon national, c’est autre chose. Vous vous retrouvez au rayon bière avec les autres acteurs. Les règles sont différentes. Les marges aussi."

Cette prudence se traduit par une politique de distribution lucide et sans excès de confiance. Seuls 15% des volumes sont destinés au marché français. La politique de la maison est d’ailleurs très claire. "On mise sur Namur et ses environs avec un label local. En grandes surfaces, on est rentré dans la gamme des produits locaux chez Delhaize ou Carrefour sur Namur. Cela nous donne des avantages. Il n’y a par exemple pas de pénalité en cas de rupture de stock, vous êtes payés dans les 30 jours, vos camions sont prioritaires pour les livraisons. Intégrer l’échelon national, c’est autre chose. Vous vous retrouvez au rayon bière avec les autres acteurs. Les règles sont différentes. Les marges aussi. Même si notre activité est très liée au marché namurois, il y a encore un marché à prendre ici. On commence tout doucement à être dans notre fief." Et viv Nameur po tot!

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