Le blues des viticulteurs

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La production européenne de vin devrait plafonner cette année à 145 millions d’hectolitres, un niveau historiquement bas.

C’est la soupe à la grimace chez les grands producteurs de vin. Selon les dernières prévisions de la Commission européenne, l’Europe viticole, qui assure 62 % de la production mondiale, s’expose en effet à la plus faible récolte de l’après-guerre.

Affectée, parfois lourdement, par les aléas climatiques, la production européenne de vin devrait baisser cette année de 14 % à 145 millions d’hectolitres. Avec 40 millions d’hectolitres selon les dernières estimations, la Botte reste le premier producteur du continent, devant l’Hexagone (37,2 millions) et l’Espagne (36,8 millions).

40 millions d’hectolitres
L'Italie devrait rester le premier producteur du continent avec 40 millions d'hectolitres prévus pour 2017-2018.

Mais les trois plus gros bassins de production européens subissent une nette baisse de régime: la production plonge de 21 % en Italie, de 18 % en France et de 15 % en Espagne. En cause: le gel et la sécheresse qui ont frappé de nombreux vignobles français, la sécheresse qui a sévi en Italie et la canicule qui a plombé l’Espagne.

On notera, pour la petite histoire, que c’est la Croatie qui souffre le plus, avec une production ramenée à 608.000 hectolitres, soit 41 % de moins que les cinq dernières années.

L’impact du gel soudain de la fin avril en France n’a pas touché tout le monde de la même manière. Les vignobles du Bordelais ont particulièrement souffert, avec une production en repli de 45%.

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L’autre grande région historique du vin français, la Bourgogne, retrouve par contre le sourire après une récolte historiquement basse en 2016: relativement épargnée par le gel puis par la sécheresse, elle annonce en effet une récolte 2017 "plus généreuse" (+ 20% à environ 1,5 million d’hectolitres) qui la singularise par rapport aux autres vignobles français, frappés de plein fouet par les éléments.

En Espagne, les plus fortes baisses s’observent dans le tiers nord. Dans la région de la Ribera del Duero, la production a chuté de 50% et dans celle de la Rioja de 25%. Le sud (Manche, Estrémadure, Valence), limite la casse avec une baisse tournant autour de 15-20%.

Revers, positif, de la médaille, qui dit production moindre dit souvent meilleure qualité. Le cru 2017 devrait donc être dans l’ensemble d’un très bon niveau. Et comme les stocks disponibles devraient écarter tout risque de pénurie, il est peu probable que l’on assiste à une envolée des prix.

-30 % en Wallonie

"La gelée étant survenue fort tôt, certains vignobles ont pu bénéficier d’une deuxième floraison qui a permis de limiter les dégâts."
Pierre Rion
Président de l’Association des vignerons de Wallonie (AVW)

Chez nous, le gel de la fin avril a également fait des dégâts. Si aucun chiffre n’est encore disponible, les estimations évaluent la baisse de production à quelque 30 % par rapport à une année normale. "Dans leur malheur, certains producteurs ont eu de la chance. La gelée étant survenue fort tôt, certains vignobles ont pu bénéficier d’une deuxième floraison qui a permis de limiter les dégâts", explique Pierre Rion, le président de l’Association des vignerons de Wallonie (AVW).

"Nous craignions une chute de production de 60 ou même 70 %, nous en sortons finalement avec une baisse de 45 %", confirme Arnaud Leroy, responsable commercial du vignoble des Agaises, près de Binche.

Après la production record d’un million de bouteilles en 2015, la Wallonie devrait rééditer cette année la performance de 2016 avec quelque 600.000 bouteilles. "Mais les surfaces viticoles étant plus importantes, le rendement n’est pas le même que l’an dernier", précise Pierre Rion.

La qualité sera en revanche au rendez-vous. "Le beau temps dont nous avons bénéficié durant l’été, conjugué à des grappes moins grosses, a permis une production de qualité", précise Arnaud Leroy.

Qui dit production moindre dit souvent meilleure qualité...

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