analyse

Le coup de poker d'AB InBev, une bonne main pour Asahi

©doc

À défaut d’introduction en Bourse à Hong Kong, le premier brasseur mondial a vendu ses actifs australiens au groupe japonais. Le n°3 se renforce ainsi face à Heineken.

Carlos Brito et son équipe ont réalisé un impressionnant coup de poker. Alors que le marché se faisait du souci pour le premier brasseur mondial suite au report de l’introduction en Bourse (IPO) de sa filiale Asie-Pacifique, la direction d’AB InBev a pris tout le monde de court, vendredi matin, en dévoilant son plan B: la cession de ses activités australiennes au groupe japonais Asahi pour 11,3 milliards de dollars US. Soit pour 2 à 3 milliards de plus que ce que lui aurait rapporté l’IPO de Budweiser Apac à Hong Kong. Bien joué… Cela lui permettra d’effectivement réduire son endettement, dont le niveau ne cessait d’inquiéter les places financières (102 milliards de dollars).

"Nous continuons à voir un grand potentiel pour notre entreprise dans la région Asie- Pacifique."
carlos brito
CEO d’AB InBev

Ceci dit, au-delà du sentiment d’admiration que suscite l’opération quant aux capacités à rebondir du management du géant belgo-brésilien, une nouvelle interrogation se fait jour: au final, quels sont les buts poursuivis par Asahi Group Holdings? La question mérite d’être posée car le brasseur nippon est en train de se tailler une place enviée au soleil (levant). à force de se porter acquéreur des actifs de SABMiller mis en vente par AB InBev, il s’est hissé sur le podium des premiers brasseurs mondiaux, loin devant l’ancien numéro trois, le danois Carlsberg, et de plus en plus près du numéro deux, le néerlandais Heineken… À terme, AB InBev devra-t-il non seulement se garder à gauche d’Heineken, mais aussi à droite d’un challenger "made in Japan"? Le scénario gagne peu à peu en crédibilité.

Concrètement, AB InBev a conclu un accord avec Asahi Group Holdings, en vue de lui céder sa filiale Carlton & United Breweries (CUB) pour 16 milliards de dollars australiens, soit 11,3 milliards de dollars US. Un prix qui valorise CUB à 14,9 fois son excédent brut d’exploitation (ebitda) 2018. Moyennant le respect des conditions de clôture du deal et le feu vert des autorités compétentes en Australie, la vente sera finalisée d’ici le premier trimestre 2020, a annoncé AB InBev.

Dans la foulée, le premier brasseur mondial a précisé qu’il ne renonçait pas pour autant à introduire en Bourse Budweiser Apac un jour ou l’autre, délestée évidemment de ses actifs australiens. Il a ajouté qu’il comptait toujours "accélérer son expansion sur d’autres marchés en forte croissance de la région Asie-Pacifique et du monde entier". Tout en réitérant son objectif d’abaissement de son ratio endettement/ebitda sous les 4 d’ici fin 2020, le groupe reste ambitieux et conquérant. Et s’il s’est résolu à lâcher l’Australie, qui n’est pas un marché en forte croissance, on devine qu’il lorgne d’autres pays de la région Asie-Pacifique à plus fort potentiel, tels le Vietnam et les Philippines, par exemple.

©Mediafin

Asahi, le nouveau challenger

L’identité de l’acquéreur est tout sauf neutre. C’est en effet la troisième fois qu’AB InBev revend à Asahi des pans entiers du groupe SABMiller, qu’il a racheté en 2016. Il lui avait refilé cette année-là les marques Peroni, Grolsch et Meantime pour 2,55 milliards de dollars, puis, un peu plus tard, les activités de SABMiller en Europe centrale et de l’Est (dont la marque tchèque Pilsner Urquell) pour 7,8 milliards. Une fois la nouvelle opération parachevée, Asahi aura repris à AB InBev pour 21,65 milliards de dollars d’actifs sabmillériens.

Autrement dit, le Japonais aura hérité de plus d’un cinquième du paquet SABMiller. Les deux premières transactions l’ont déjà bien aidé à progresser dans la hiérarchie mondiale du secteur: à la fin 2018, avec quelque 19 milliards de dollars de chiffre d’affaires, il se classait troisième derrière AB InBev (54,6 milliards) et Heineken (26,5 milliards), mais loin devant Carlsberg (9,9 milliards). Avec les revenus supplémentaires en provenance de CUB, non dévoilés, mais qu’on évaluera à plus de 2,5 milliards USD (sur base des chiffres 2015 publiés), Asahi devrait grimper à plus de 21,5 milliards. Pour s’arrêter où?

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