Le Covid-19, c'est 30% de revenus en moins pour l'industrie alimentaire

En cas de Brexit dur, la viande serait une cible de choix, avec des taxes douanières particulièrement lourdes. ©BELGA

Après un cru 2019 record, les entreprises alimentaires boivent la tasse. La fermeture de l'horeca a fait plonger leur chiffre d'affaires de 30%. La Fevia se donne jusque 2022 pour redresser la barre.

L'industrie alimentaire belge dans son ensemble représente un bassin d'emplois de près de 450.000 personnes. Cela englobe les industriels de l'agroalimentaire (près de 95.000 emplois), mais aussi, en amont, les fournisseurs de matières premières (111.000) et, en aval, le commerce de détail et l'horeca (230.000).

"Aujourd'hui, une entreprise agroalimentaire sur trois a des problèmes de liquidités."
Bart Buysse
CEO de la Fevia

Le confinement imposé durant deux mois et demi par la crise du coronavirus a entraîné la fermeture des cafés, restaurants et cuisines de collectivité et donné un coup de frein brutal aux exportations. L'impact sur l'industrie alimentaire est rude. Selon la fédération sectorielle Fevia, les entreprises ont subi une baisse moyenne de 30 % de leur chiffre d’affaires. Certaines entreprises ont même vu leurs revenus chuter de plus de 50%.

Le secteur a aussi dû faire face à une augmentation des coûts de production. En cause: les dépenses en mesures de protection (plexiglas, masques, gel hydroalcoolique...) et le relèvement des frais de transport ou de stockage. "Aujourd'hui, une entreprise agroalimentaire sur trois a des problèmes de liquidités, et fin avril, 70% des entreprises avaient dû mettre au moins 30% de leur personnel en chômage économique", souligne Bart Buysse, le CEO de la Fevia.

2019, un grand cru

Pourtant, le secteur sort d'une année 2019 euphorique. Après le creux de 2018, il est reparti de l'avant, son chiffre d'affaires progressant de 5,9% à 54,9 milliards d'euros. Un redémarrage qui est surtout le fait du marché intérieur, qui a rebondi de 9,4% après des années de stagnation. Les exportations ont progressé quant à elles de 2,5% (+0,6% en 2018) à 27 milliards d'euros.

54,9
milliards €
L'agroalimentaire a réalisé en 2019 un chiffre d'affaires de 54,9 milliards d'euros (+5,9%).

Si l'Union européenne, Pays-Bas en tête, se taille toujours la part du lion (75% des exportations), les aliments et les boissons belges (bières, produits de pommes de terre surgelés, chocolat, produits laitiers) séduisent de plus en plus sur les marchés lointains. Les exportations ont ainsi augmenté de 12% aux États-Unis (770 millions d'euros), de 9% en Chine (247 millions), de 6% au Japon (191 millions), de 15% au Canada (156 millions) et même de 25% en Arabie saoudite (151 millions).

Cette conjoncture favorable a poussé les entreprises agroalimentaires à investir (1,8 milliard d’euros, +8,8%) et à embaucher (1.888 emplois créés, +2%).

Depuis lors, le vent a tourné. Le Covid-19 a mis un coup d'arrêt aux ventes et aux investissements. Et si la réouverture de l’horeca est en soi une bonne nouvelle, la Fevia a déjà fait une croix sur 2020. Comme d'autres secteurs, l'agroalimentaire aura besoin de temps pour retrouver sa vitesse de croisière.

Droits de douane

D'autant qu'un autre grain de sable, nommé Brexit, grippe toujours les engrenages. La Fevia a fait ses calculs: faute d'accord de libre échange entre l'UE et le Royaume Uni, des droits de douane de 18 % en moyenne s'appliqueront sur 85 % des produits alimentaires et des boissons exportés depuis la Belgique. "Sur base des tarifs publiés par le Royaume-Uni, cela représenterait pour nos entreprises un surcoût de 321 millions d’euros, sur un total d’exportations de 2,1 milliards", souligne Jan Vander Stichele, président de la Fevia.

"Un Brexit 'dur' représenterait pour nos entreprises un surcoût de 321 millions d’euros."
Jan Vander Stichele
Président de la Fevia

Les droits de douane oscilleraient entre 4 et... 138% selon les produits. La viande serait une cible de choix, avec des taxes douanières particulièrement lourdes. "Certaines entreprises sont déjà en train de prospecter d'autres marchés de grande exportation", précise Bart Buysse.

Au vu de l'ampleur de la crise, la Fevia se donne deux ans pour redresser la barre. La relance passera, selon elle, par des mesures permettant de renforcer le marché belge, par exemple en affinant la "lasagne de taxes" pour rapatrier les achats transfrontaliers (639 millions d'euros en 2019, +3,5%), de développer les échanges internationaux et d'investir dans les ressources humaines, via la formation notamment.

639
millions €
En 2019, les achats transfrontaliers ont atteint 639 millions d'euros (+3,5%).

"De nombreux salons commerciaux internationaux ont été annulés. Pour développer les contacts avec des acheteurs étrangers potentiels, il faut que les entreprises et les organismes de soutien aux exportations comme le FIT ou l'Awex développent les systèmes de visioconférence pour faciliter les contacts électroniques", dit encore Bart Buysse.

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