Le lockdown a coûté 200 millions de litres aux fabricants de boissons

L'évolution des recettes d'accises de janvier à fin juillet reflète une baisse globale de 7% pour l'industrie des eaux et des boissons non-alcoolisées. ©rv

La crise n'a pas épargné l'industrie des eaux et sodas: elle a vu ses revenus fondre de 20% et plus durant le lockdown, et ses volumes de 7% sur les 7 premiers mois.

Si le choc est moins rude que pour les brasseries belges, qui ont perdu 45% de leurs volumes dans les cafés et restaurants, les producteurs d'eaux minérales et de boissons non alcoolisées, actifs dans notre pays, ont également payé un lourd tribut à la crise pandémique. De mars à début juin, six entreprises sur dix ont perdu jusqu'à 20% de leurs chiffres d'affaires, tandis que quatre sur dix y ont laissé plus de 20% de leurs revenus, selon l'enquête menée auprès de ses membres par la FIEB, l'association des industries de l'eau et des boissons rafraîchissantes.

-20%
recul du chiffre d'affaires
Durant le confinement, 42% des entreprises du secteur des eaux et boissons ont perdu plus de 20% de leur chiffre d'affaires.

Comme le secteur enregistre un chiffre d'affaires global d'environ 2 milliards d'euros par an, on parle ici de quelque 100 millions d'euros de manque à gagner (20% sur 3 mois). A la grosse louche, cela fait 200 millions de bouteilles d'eau d'un litre. Nos concitoyens n'ont évidemment pas bu moins d'eau minérale, de soda ou de jus de fruit à domicile, mais bien à l'extérieur: les mesures de confinement ont réduit les heures d'ouverture de l'horeca, des stations-service, des sandwicheries, annulé les festivals, etc. Et le tarissement de ces canaux de distribution n'a pas été compensé par les ventes dans les supermarchés.

On peut aussi mesurer le recul total des volumes sur les sept premiers mois de l'année, car on dispose de l'évolution des accises perçues de janvier à fin juillet, par rapport à 2018 et 2019: celles-ci ont baissé de 7% à 89,9 millions d'euros. On peut en déduire que les volumes ont diminué d'autant: -7%, malgré une hausse sur les deux premiers mois et demi...

La fermeture des frontières: un bref effet positif

Une éclaircie dans la grisaille ambiante: les achats transfrontaliers d'eaux et boissons ont chuté de 91% durant le lockdown! Les Belges, aux aguets des écarts de prix entre leur pays et la France ou les Pays-Bas, n'ont plus acheté que 1,3 million de litres par mois à l'étranger en mars, avril et mai, contre... 14 millions habituellement. Logique, puisque les frontières étaient fermées.

Malheureusement, depuis leur réouverture, ce type d'achats a repris, de sorte que la compensation enregistrée sur ce front est en train de fondre. Et c'est le nerf de la guerre pour les fabricants, parmi lesquels on trouve des groupes importants comme Coca-Cola enterprises, PepsiCo, Spadel, Danone waters ou Unilever: les boissons sont vendues 30 à 40% plus cher sous nos latitudes que dans les pays voisins en raison du poids de la taxation.

"Nous devons renforcer le commerce intérieur et inciter les consommateurs belges à acheter leur eau et leurs boissons rafraîchissantes en Belgique et non dans les pays voisins."
Bart Peeters
Président de la FIEB

Plutôt que de quémander des mesures d'aide directe, le secteur demande au gouvernement fédéral de se pencher sur ces différences de prix, donc de taxation. "Nous devons renforcer le commerce intérieur et inciter les consommateurs belges à acheter leur eau et leurs boissons rafraîchissantes en Belgique et non dans les pays voisins", souligne Bart Peeters, le président de la FIEB. En 2019, les achats transfrontaliers avaient à nouveau augmenté de 6,3%, pour totaliser 7% des boissons consommées par les Belges. Bart Peeters ajoute: "La baisse temporaire de la TVA sur les boissons non alcoolisées dans l'horeca est une bonne mesure, mais le gouvernement doit absolument travailler à une révision globale de la fiscalité." Il appelle le fédéral à prendre langue avec lui.

Les écarts de prix des boissons entre la Belgique et ses voisins avaient commencé à prendre de l'importance en 2004, avec l'introduction de la cotisation sur les emballages. Dix ans plus tard, l'intégration d'une taxe santé (taxe sucre) dans les accises avait encore agrandi le fossé. Qui n'a jamais rétréci depuis...

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