Le modèle d'AB InBev remis en question par des brokers

La grande majorité des brokers qui suivent l'action AB InBev (20 sur 32) conseillent encore son achat avec un seul qui recommande une vente. ©REUTERS

Degroof Petercam n'est plus à l'achat sur AB InBev et a nettement réduit son objectif de cours sur la valeur. L'avertissement sur résultats lancé en octobre dernier a soulevé des interrogations sur le modèle de croissance du leader mondial de la bière.

Rappelez-vous. En octobre dernier, AB InBev a douché l’enthousiasme du marché en publiant des résultats "difficiles" pour le troisième trimestre et en annonçant, dans la foulée, qu’il ne tablait plus désormais pour l’ensemble de l’exercice 2019 que sur une croissance modérée de son Ebitda alors que, jusque-là, une croissance forte était à l’ordre du jour.

Cette annonce avait brisé net le nouvel élan de l’action qui se remettait d’une année 2018 catastrophique (-38%) limitant son gain annuel à 26%.

Croissance modérée, CFO et dividende

Il faudra attendre encore un bon mois avant de savoir avec précision ce que cette "croissance modérée" veut dire concrètement et comment le management du numéro un mondial de la bière voit les affaires évoluer en 2020.

Peut-être aurons-nous aussi, le 27 février, des précisions quant à un départ éventuel du directeur financier (CFO) ainsi que sur l’état d’avancement du dossier de la cession de ses activités australiennes pour 11,3 milliards de dollars, annoncée en juillet et dont la finalisation est prévue pour le premier trimestre. On découvrira également ce jour-là si AB InBev fait un geste vis-à-vis de ses actionnaires en majorant, ne fut-ce que symboliquement, son dividende.

Une large majorité de fans

En attendant, le groupe vient de perdre un de ses fans. Degroof Petercam a décidé, en effet, d’abaisser sa recommandation sur la valeur à "conserver", contre "acheter" avant. L’objectif de cours est amputé de 20 euros à 80 euros.

Notons que la grande majorité des brokers qui suivent la valeur (20 sur 32) conseillent encore son achat avec un seul qui recommande une vente. Le "target" moyen de 88 euros représente un potentiel de hausse de 23% par rapport au cours actuel.

Pourquoi Degroof Petercam n'est plus à l'achat

Fernand de Boer de Degroof Petercam, qui a revu à la baisse ses estimations d’Ebitda, se demande, après l’avertissement sur résultats d’octobre dernier, si le groupe brassicole peut encore surperformer les ventes et la croissance de l’Ebitda ou si le modèle est dépassé.

Tenant compte de tout cela, nous estimons qu’il sera très difficile de faire croître l’Ebitda au-delà de la croissance du chiffre d’affaires à moyen terme.
Fernand de Boer
Analyste chez Degroof Petercam

De son côté, il a le sentiment que la concurrence s’intensifie dans de plus en plus de zones géographiques et de segments. Ce qui entraînera davantage d’efforts marketing pour maintenir la croissance des ventes. Il relève aussi que la tendance sur le marché américain se détériore encore.

"Tenant compte de tout cela, nous estimons qu’il sera très difficile de faire croître l’Ebitda au-delà de la croissance du chiffre d’affaires à moyen terme." Il table, pour sa part, sur une croissance organique de l’Ebitda de 6% en 2020.

En ce qui concerne l’action, Fernand de Boer constate qu’elle se négocie actuellement avec une décote de 10% par rapport à ses concurrents. "Cela devrait la protéger d’une baisse. Cependant, compte tenu des perspectives de profit modérées, nous ne voyons pas de place pour une réévaluation à court terme."

Se concentrer sur la croissance

Il y a quelques jours, un autre broker mettait aussi en question le modèle du leader mondial de la bière.

AB InBev doit se concentrer sur la croissance plutôt que sur le contrôle des coûts, après avoir échoué à faire croître de manière organique son chiffre d'affaires et ses profits, a indiqué Bernstein ("superformer"; 97 euros) pressant le groupe de changer sa culture et son approche. 

Ces dix dernières années, le groupe brassicole n'a réalisé aucune croissance "réelle" de son chiffre d'affaires, avec des volumes quasi stables et l'intégralité de la croissance du bénéfice venant des synergies, précisait l'analyste Trevor Stirling.

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