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Le nouveau leader mondial du malt réside à Anvers

©Wouter Van Vooren

La coopérative française Axéréal a finalisé le rachat des activités malt de l’américain Cargill. Elle a légué le paquet à Boortmalt, sa filiale belge spécialisée dans le secteur, qui devient le n° 1 mondial.

Le secteur du malt a depuis vendredi un nouveau leader mondial. Et ce nouveau champion a un peu de sang belge dans les veines, puisqu’il a établi son siège social dans notre pays: Boortmalt, la filiale du groupe coopératif français Axéréal dédiée à l’activité de transformation de l’orge en malt, est en effet basée à Anvers, où elle exploite une malterie de grande dimension, agrandie ces deux dernières années, et où elle va étrenner, dans les jours à venir, son centre de recherche & développement (R&D).

Aujourd’hui, ce n’est pas la R&D qui retient l’attention, mais la finalisation de son projet de rachat des activités "malt" du géant américain Cargill. Axaréal a bouclé cette opération qui avait été annoncée en décembre 2018: elle hérite d’un ensemble comprenant 16 malteries situées dans neuf pays et offrant une capacité de production de 1,7 million de tonnes. Le groupe français, qui est une des principales coopératives céréalières de l’Hexagone, va intégrer ces activités dans celles de Boortmalt, ce qui fera de cette dernière le nouveau numéro 1 mondial de la malterie avec 3 millions de tonnes de capacités annuelles.

Devant AB InBev

Désormais, Boortmalt devance AB InBev et Malterie Soufflet sur le podium mondial du secteur. Le brasseur belgo-brésilien était jusqu’ici le premier malteur avec environ 2,6 millions de tonnes de capacités, avec cette nuance qu’il ne transformait l’orge en malt que pour alimenter ses propres brasseries. Le groupe Soufflet commercialise, lui, son malt auprès de tiers, comme Boortmalt ou comme les groupes français Malteurop (Vivescia) et australien GrainCorp Malt, ses autres principaux challengers. À noter que le deuxième brasseur mondial, le néerlandais Heineken, représente lui aussi un gros acteur du secteur, mais "non commercial" au même titre qu’AB InBev.

"Cette acquisition est le fruit d’un double choix stratégique."
Jean-François Loiseau
Président du groupe Axéréal

Suite à la finalisation du deal, la filiale d’Axéréal revendique 16 à 17% de la production mondiale de malt. "Le marché mondial du malt pèse 23 millions de tonnes par an, explique Yvan Schaepman, le directeur général de Boortmalt. Mais on exclut de ce total la part des malteries non commerciales, c’est-à-dire celles qui sont détenues par des brasseurs et qui produisent pour eux. Cela représente environ 5 millions de tonnes. Restent 18 millions de tonnes, dont 3 millions chez nous."

Approvisionnement sécurisé

Ce n’est cependant pas tant le leadership que la diversification des sources d’approvisionnement qui a motivé le rachat du malt de Cargill par Axéréal. Jusqu’à présent, Boortmalt ne récoltait son orge qu’en Europe. Récemment, il avait pris une première initiative dans le sens de la diversification géographique en entamant la construction d’une nouvelle malterie en Éthiopie: ce projet toujours en cours de déploiement implique la création d’une filière agricole spécifique dans ce pays d’Afrique, pour alimenter l’usine en matière première.

Mais avec Cargill, Boortmalt s’ouvre de nouvelles perspectives qui lui permettront de conjurer le risque climatique: il pourra s’approvisionner directement en Amérique du Nord et du Sud ou en Australie, ce qui l’aidera à compenser, le cas échéant, de moins bonnes récoltes sur le Vieux continent, ou ailleurs dans le monde.

"Cela nous permettra également d’accélérer le développement de nouvelles variétés d’orge brassicole et de créer de nouveaux malts", souligne Yvan Schaepman. L’innovation rythme en effet le quotidien des brasseurs et des distillateurs (de whisky, notamment), qui tablent entre autres sur le malt d’orge, leur première matière première, pour induire de la variété dans leurs recettes. Les brasseries (surtout) et les distilleries (un peu) représentent les principales clientèles du malteur; l’industrie agroalimentaire et la pharma au sens large (compléments alimentaires) complètent le tableau.

L’investissement vise aussi à réserver au groupe une part de la croissance à venir dans les pays émergents. "Cette acquisition est le fruit d’un double choix stratégique, déclare ainsi Jean-François Loiseau, le président d’Axéréal: investir dans la transformation de l’orge de brasserie en France et à l’international afin de valoriser la production des associés coopérateurs et aller chercher de la valeur dans les pays en croissance."

Changement d’échelle

L’acquéreur n’a pas dévoilé le prix de la transaction, se bornant à évoquer des centaines de millions d’euros. Une des filiales financières impliquées, le holding de droit belge Copagest, vient d’augmenter son capital de 143 millions d’euros, avons-nous appris à bonne source. Cette opération s’inscrit bien dans le cadre du rachat, mais ne concerne qu’une petite partie du financement, nous dit-on.

Pour Boortmalt, l’acquisition va représenter un changement d’échelle à quasi tous les niveaux. En termes de capacités, elle passera de 1,3 à 3 millions de tonnes par an; en nombre de malteries, elle passera de 11 à 27; en termes de chiffre d’affaires, elle passera de 500 ou 550 millions à 1,2 milliard d’euros, tandis qu’en termes d’emplois, elle passera de 400 ou 450 à environ mille postes de travail.

"Avec cet achat, nous poursuivrons notre ambition première: devenir le meilleur malteur au monde depuis Anvers où se situe notre siège", souligne encore Yvan Schaepman qui, lui non plus, n’insiste pas tant sur la position de leader nouvellement acquise que sur la dimension qualitative du deal.

Maison mère

Axéréal, maison mère de Boortmalt, rassemble 12.700 agriculteurs, ce qui en fait une des plus grosses coopératives céréalières de France. Le groupe transforme les céréales pour les secteurs de la brasserie, de la boulangerie et de l’élevage. Il emploie 4.000 collaborateurs et réalise un chiffre d’affaires annuel de l’ordre de 3 milliards d’euros. À l’international, Axéréal opère dans vingt pays sur cinq continents. Il s’est fixé entre autres objectifs d’incarner "la coopérative agricole durable".

Quant à Boortmalt, parmi les 27 malteries qu’elle exploite dans le monde, elle en pilote deux en Belgique, à Anvers et à Gembloux. Celle d’Anvers vient de faire l’objet d’un investissement d’expansion. Elle a aujourd’hui une capacité de 470.000 tonnes, ce qui en fait la plus grosse au monde. Sa production est destinée à l’exportation tandis que celle de Gembloux est dédiée aux clients industriels basés en Belgique.

3 questions à Yvan Schaepman, directeur général de Boortmalt

1/ Grâce à la reprise de l’activité malt de Cargill, Boortmalt devient acteur mondial et plus seulement européen: la bonne analyse?

Oui, c’est la grande nouveauté apportée par cette opération: nous sommes désormais présents sur les cinq continents et nous pouvons nous approvisionner sur tous les grands bassins de production d’orge dans le monde: le Canada, l’Argentine, l’Australie, l’Europe où nous étions déjà, et l’Ethiopie où nous sommes en train de construire une malterie et de créer une filière d’orge avec 12.000 agriculteurs locaux. Grâce à cela, nous ne serons plus exposés aux aléas climatiques, puisqu’on ne dépendra comme avant plus d’un seul bassin. Ce sera plus sécurisant pour nous comme pour nos clients.

2/ Quels sont vos principaux secteurs clients? Sont-ils en croissance?

Environ 90% de notre production sont destinés aux brasseries, 5% aux distilleries (nous avons deux malteries en Ecosse) et le solde à l’industrie agroalimentaire (céréales pour petit-déjeuner, barres casse-croûte, compléments alimentaires…). Dans le secteur brassicole, on parle beaucoup aujourd’hui des microbrasseries. Nous travaillons beaucoup pour ce segment, qui représente déjà 15% du marché aux Etats-Unis et qui est en croissance. On y trouve beaucoup d’entrepreneurs animés par la passion et en quête d’innovations.

3/ Anvers restera-t-il le siège du groupe et son centre de recherche & développement?

Absolument! Je vais d’ailleurs inaugurer ce mois-ci le centre de R&D d’Anvers! C’est un très bel outil d’innovation. On internationalise la recherche, et cela se passe à Anvers, où est et restera le siège mondial du groupe.

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