Le personnel de Veviba était au courant, les éleveurs scandalisés

©Patrick Hattori

Suite à une perquisition, l'Afsca a constaté que plus de 50% des produits de Veviba ne respectaient pas les conformités sanitaires. L'entreprise de Bastogne et ses filiales représentent 30% du marché belge de la viande... Delhaize et Colruyt ont retiré des produits de leurs rayons.

Coup dur pour le spécialiste de la viande bovine à Bastogne. L’Afsca (Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire) et le ministre fédéral de l’Agriculture Denis Ducarme (MR) ont décidé mercredi de lui retirer ses agréments. Et pour cause: les ateliers de découpe et d’étiquetage du centre de valorisation de la viande (Veviba) ne respectaient pas les normes sanitaires.

→ Retour sur les faits :

La semaine dernière a eu lieu une perquisition, menée par un juge d’instruction, sur le site de l’entreprise, dans un abattoir, un atelier de découpe et un surgélateur industriel. Les constats de l’enquête ont été transmis par le juge d’instruction à l’Afsca le 6 mars. L’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire a observé, sur base des constats de l’enquête, que certains produits de Veviba n’étaient pas conformes aux normes sanitaires. Les infractions sont celles-ci :

  • Falsifications des renseignements sur la date de congélation de la viande
  • Non-conformité de plus de 50% des produits contrôlés (sur 2.000 palettes de viande, 200 ont été contrôlées et 133 étaient non-conformes aux règles de l'Afsca).
  • Des déchets de viande de catégorie 3 et donc interdits à la consommation humaine ont été retrouvés dans de la viande hachée.

Sur base de ces informations, le ministre de l’Agriculture et l’Afsca ont décidé de retirer les agréments de l’entreprise bastognarde, avec effet immédiat. Le ministre parlait même de produits "potentiellement dangereux" pour la sécurité alimentaire.

"On n'est pas face à une petite fraude, c'est une fraude importante et je n'ai donc aucun scrupule par rapport à cette firme qui fait courir un risque aux consommateurs."
Denis Ducarme (MR)
ministre fédéral de l'Agriculture

Denis Ducarme a également autorisé l’Afsca à prendre des mesures et dispositions administratives adéquates à l’égard de Veviba. Le cas échéant, l’agence peut aussi prendre des mesures complémentaires pour la protection de la santé publique.

Le ministre a demandé à l’Afsca d’augmenter et d’intensifier ses contrôles sur toutes les entreprises du groupe Veviba.

"On n'est pas face à une petite fraude, c'est une fraude importante et je n'ai donc aucun scrupule par rapport à cette firme qui fait courir un risque aux consommateurs", a fait savoir Denis Ducarme. Le libéral assure également veiller à retirer l'agrément et fermer l'infrastructure.

Veviba, qui a réagi par voie de communiqué en fin d'après-midi, "souhaite faire toute la transparence dans le dossier". "L’enquête établira la juste proportion des faits à démontrer et Veviba prendra toutes les mesures nécessaires en collaboration avec les autorités", indique l'entreprise.

Veviba a également dit saluer l’envoi par le gouvernement wallon d’un manager de la Sogepa "afin que l’entreprise puisse espérer retrouver à brève échéance ses agréments et continuer ses activités importantes pour l’ensemble du secteur agricole et de la Région."

Où trouve-t-on la viande de Veviba?

L'entreprise bastognarde Veviba est propriété de l'ex-groupe Verbist, renommé Veviba (oui, comme sa filiale à Bastogne), qui est, lui, l'un des géants dans le secteur de la viande puisqu'il est le troisième plus gros acteur. Il représente 30% du marché belge et ses produits sont distribués dans certains supermarchés du territoire.

"Nous attendons désormais des conseils plus spécifiques de l'Afsca."
Roel Dekelver
porte-parole de Delhaize

Le groupe Veviba est aussi le n°1 en Belgique de l'abattage et de la transformation de viande bovine. Fin 2016, l'entreprise annonçait le rachat de l'abattoir flamand Adriaens, renforçant sa domination sur le marché belge. 

Avec ses abattoirs et ateliers de découpe d’Izegem (implantation historique), de Bastogne (siège social), de Rochefort et de Velzeke, Veviba consolide un chiffre d’affaires annuel de quelque 280 millions euros pour 144.000 bovins abattus et 550 emplois. Rien que sur son site bastognard, Veviba prépare près de 42.000 tonnes de viande par an... et 95% de ce volume est destiné aux principales enseignes de la grande distribution.

Parmi lesquelles Delhaize, qui a annoncé ce jeudi suspendre sa collaboration avec Veviba. Tous les produits du groupe (vendus sous la marque Delhaize) vont être retirés des rayons des supermarchés, a indiqué le porte-parole de l'enseigne, Roel Dekelver, soit plus de 300 références. "Nous attendons désormais des conseils plus spécifiques de l'Afsca", a-t-il ajouté. Delhaize a demandé des explications au groupe.

Du côté de Colruyt, "l'impact est très limité". L'enseigne belge a toutefois retiré les produits Veviba de ses rayons et affirme prendre les "mesures nécessaires" pour garantir à ses clients "une viande saine, sûre et pouvant faire preuve d'une traçabilité sans faille". Selon Colruyt, 90% de la viande que le consommateur peut trouver dans ses rayons est livrée en carcasse, découpée et traitée par des bouchers du groupe. "Cette viande n'est donc pas concernée et nous pouvons en garantir la traçabilité."

→ Ni Carrefour ni Lidl ne travaille avec Veviba.

Réunion d'urgence

Dans la foulée de l'annonce mercredi soir, René Collin (cdH), le ministre wallon de l’Agriculture a souhaité qu’une réunion urgente s’organise avec Denis Ducarme, l’Afsca, le ministre wallon de l’Economie Pierre-Yves Jeholet (MR) et la Sogepa (Société wallonne de gestion et de participations).

"Il en va du maintien des emplois de l'entreprise, mais tout autant des éleveurs bovins qui doivent pouvoir compter sur des outils de valorisation performants et permanents."
René Collin (cdH)
ministre wallon de l'Agriculture

Une réunion où il sera question d’envisager les mesures nécessaires pour sauvegarder Veviba et favoriser la reprise rapide des activités en assurant le respect des normes sanitaires, a fait savoir le cabinet du ministre de l’Agriculture, qui se dit préoccupé "à la fois vis-à-vis de cet outil essentiel pour l'économie régionale, avec plus de 300 emplois salariés en jeu, et vis-à-vis de la filière bovine wallonne dont on connait déjà les graves difficultés".

"Il en va du maintien des emplois de l'entreprise, mais tout autant des éleveurs bovins qui doivent pouvoir compter sur des outils de valorisation performants et permanents", ajoute le communiqué. 

Au terme d'une réunion qui s'est tenue ce jeudi après-midi entre Pierre-Yves Jeholet, René Collin, Denis Ducarme et la grande distribution, le ministre de l'Agriculture a assuré que tant que le doute persistait, Veviba ne récupérerait pas ses agréments.

"J'ai tenu à informer le plus complètement possible tous les acteurs, en partageant les détails sur l'ampleur de la fraude et le risque sanitaire lié à deux produits", a indiqué d'emblée Ducarme.

En plus des ministres wallons de l'Agriculture René Collin et de l'Économie Pierre-Yves Jeholet, des contacts ont également été pris avec le ministre-président Willy Borsus et le secteur agricole, composé de la Fédération wallonne de l'agriculture, le Boerenbond et l'ABS (Algemeen boerensyndicaat).

Le ministre a demandé à ces derniers de lui faire part de propositions de soutien du secteur. "Les contrôles menés à -28 degrés n'ont concerné que 10% de la production. Sur les 200 palettes analysées, 138 n'étaient pas conformes", s'inquiète Denis Ducarme qui a demandé à l'Afsca un rapport sur l'ensemble des contrôles effectués chez Viveba. "Une analyse de risque est en cours au niveau de l'Afsca", a-t-il encore précisé. 

Le ministre Ducarme a aussi pris contact avec la direction générale des indépendants du SPF Sécurité sociale pour que des solutions soit trouvées aux problèmes que rencontreraient les indépendants travaillant pour Veviba. Kris Peeters, ministre de l'Emploi, a fait la même chose pour les travailleurs salariés.

 Le dossier fait l'objet d'une instruction judiciaire. 

Le personnel au courant

TVLux rapporte ce jeudi soir les propos de Bernard Van Wynsberghe, permanent CSC alimentation et services, qui a reçu les confidences de membres du personnel. "Des irrégularités avaient été dénoncées mais rien n'a pu être fait contre Veviba. Peur de représailles, peur de la perte d'avantages. Des enveloppes auraient même été glissées parmi le personnel contre la falsification des étiquettes de viande...", peut-on lire sur le site du média local.

Les éleveurs "totalement scandalisés"

La Fédération wallonne de l'agriculture s'est exprimée sur le sujet et s'est dite "totalement scandalisée" suite à cette annonce, qui exige une enquête approfondie et s'interroge "sur la manière dont la surveillance sanitaire de cet établissement a été réalisée jusqu'ici, permettant à cette fraude de s'installer". 

"Les éleveurs travaillent tous les jours de l'année dans le respect strict des normes sévères qui leur sont imposées tant en termes d'environnement, que de bien-être animal ou de santé publique. Ils sont surveillés et contrôlés de près sur l'ensemble de ces éléments pour amener dans les assiettes des produits qui respectent de très hauts standards de qualité et de traçabilité. Une fois de plus, ce travail attentif et respectueux de toutes les normes en vigueur est sali par un maillon de la filière qui n'exerce pas sa mission de façon scrupuleuse", ont fait entendre les éleveurs.

Febev: "La tolérance zéro doit être appliquée"

La Fédération belge de la viande (Febev), estime que "la tolérance zéro doit être appliquée dans le domaine de la fraude intentionnelle". Son administrateur délégué, Michael Gore, était en réunion ce jeudi après-midi au cabinet de Denis Ducarme avec le secteur agricole.

"Febev et ses membres placent la transparence ainsi que le respect total de la réglementation belge en matière de sécurité alimentaire au centre de leurs préoccupations. En tant que fédération sectorielle, nous souhaitons donc que des mesures soient prises contre la fraude intentionnelle et que la tolérance zéro soit d'application", a-t-elle communiqué. "Nous coopérons avec les agences gouvernementale et les inspecteurs impliqués afin de faciliter et soutenir l'enquête actuelle dans la mesure du possible."

→ Cette fédération représente 130 abattoirs, ateliers de découpe et grossistes. 

©Photo News

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content