Le retrait de l'IPO d'AB InBev, un parmi 162 autres

©BELGA

L’annulation de l’introduction en Bourse de la filiale Apac du brasseur s’inscrit dans un courant régulier et très… asiatique.

Le retrait de l’introduction en Bourse (IPO) de Budweiser Asie-Pacifique (Apac) est loin d’être un cas isolé. Depuis le premier janvier, quelque 163 IPO ont été reportées ou annulées dans le monde, selon les statistiques tenues à jour par le bureau spécialisé Mergermarket. L’opération projetée par AB InBev en Bourse de Hong Kong a retenu davantage d’attention que les autres parce qu’il s’agissait de la plus grosse offre de titres de l’année, avec un montant prévu entre 8,3 et 9,8 milliards de dollars.

Mais en termes de nombre d’opérations, les six premiers mois de 2019 s’inscrivent dans une certaine continuité. Sur les cinq dernières années, c’est, sur la période allant du 1er janvier au 15 juillet, le deuxième bilan le plus élevé après 2018. On en est en effet à 163 reports ou annulations, contre 190 un an plus tôt et 145 en 2017. Le score le plus bas revient à 2015, avec à peine 62 IPO restées dans les cartons à mi-juillet.

Le premier brasseur mondial a allégué des conditions de marché pour expliquer le retrait de son IPO.

Impossible en revanche de tracer actuellement un bilan en termes de montants, car les projets d’IPO annoncés étaient trop imprécis quant aux fonds à lever. Tout au plus peut-on relever que derrière Budweiser Apac, le réassureur suisse Swiss Re a renoncé à une levée de 4,1 milliards de dollars avec la compagnie ReAssure, qu’il voulait introduire en Bourse de Londres. À elles seules, ces deux annulations pèsent déjà entre 12,4 et 13,9 milliards; autrement dit, en fin d’année, le total des renons en montant sera sans doute lourd.

Le premier brasseur mondial a allégué des conditions de marché pour expliquer le retrait de son IPO. On sait aussi, de différentes sources, que la fourchette de prix proposée pour Budweiser Apac a été jugée trop élevée par nombre de candidats investisseurs. Mergermarket a également passé en revue les principales causes évoquées pour justifier les renonciations. Cette année, 30 des 163 opérations avortées l’ont été en raisons des conditions de marché: cela représente 18% des dossiers.

Et cinq ont été annulées pour cause de "manque d’appétit des investisseurs", soit 3%. Considérant qu’on peut assimiler ce problème d’appétit et les cas où le prix a été jugé trop élevé, on globalisera les deux types de raisons, conditions de marché et manque/prix: elles font dès lors 21% du total des opérations recensées. Sur les cinq dernières années, ces raisons motivaient 29% des reports en 2018, 17% en 2017, 36% en 2016 et 28% en 2015. Ce sont globalement les deuxièmes raisons principales alléguées, après les problèmes lors de la demande d’admission des titres à la cote.

©Mediafin

Retrait décidé tôt

Le renon d’AB InBev se distingue davantage des autres cas quand on examine le stade auquel il a été décidé. Depuis le premier janvier, le plus grand nombre de renonciations a été enregistré au stade du dépôt de la demande d’admission à la Bourse: c’était le cas dans 72 des 163 IPO visées. Mais Budweiser Apac a jeté l’éponge à l’issue de la phase de "bookbuild" (construction du livre d’ordres), comme dans 21 des 162 autres dossiers. Sur les cinq ans aussi, c’est au dépôt de la demande d’admission que la plupart des opérations ont été annulées.

Sur les 163 opérations annulées depuis janvier, 116 concernaient un émetteur établi en Asie, contre 22 seulement pour l’Amérique et 21 pour l’Europe (3 pour l’Afrique et une pour le Moyen-Orient).

Retour à la normale, enfin, quand on examine la dimension géographique des retraits d’IPO. Sur les 163 opérations annulées depuis janvier, 116 concernaient un émetteur établi en Asie, contre 22 seulement pour l’Amérique et 21 pour l’Europe (3 pour l’Afrique et une pour le Moyen-Orient). De ce point de vue, Budweiser Apac – et non pas AB InBev – est bien un émetteur asiatique, dont le siège est établi à Shanghai. Sur les cinq dernières années aussi, l’Asie concentre à chaque fois le plus de renonciations: 118 sur la même période de 2018, 103 en 2017, 56 en 2016 et 36 en 2015. Sans doute parce qu’on introduit davantage sur ce continent…

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect