Le scandale Veviba, du grain à moudre pour la viande bio

©Hollandse Hoogte / Rob Voss

Le scandale de l’abattoir Veviba rend le consommateur prudent. Il réduit sa consommation de viande, ou se tourne vers la viande bio. Au bénéfice d’une filière qui voit ses ventes progresser.

La mise au jour, le 8 mars dernier, d'un scandale de fraude sanitaire à l'abattoir Veviba de Bastogne a-t-elle bouleversé le marché de la viande ? Pas vraiment. Mais on note un frémissement dans les habitudes de consommation, le Belge préférant ingérer moins de viande mais de meilleure qualité. Au bénéfice, notamment, de la filière bio.

Certes, tous les acteurs ne sont pas logés à la même enseigne. A tout seigneur tout honneur, Colruyt, authentique géant national qui vend de la viande bio dans ses supermarchés classiques et dans les Bio-Planet, ne constate pas d'évolution notable. "Que ce soit dans les Colruyt ou dans les Bio-Planet, nos ventes de viande bio restent stables, indique Hanne Poppe, porte-parole de l’enseigne de Hal. Nous constatons par contre une baisse des ventes de viande classique, mais celle-ci s'inscrit dans une tendance de fond que nous constatons depuis quelques années déjà. La consommation de viande est en recul".

Une affirmation confirmée par une enquête des bureaux d'études de marchés GfK Belgium et iVox. Celle-ci révèle en effet que le Belge a mangé en moyenne 17,5 kg de viande en 2017, contre 18,2 kg l'année précédente. Le consommateur belge opte davantage pour de la viande de meilleure qualité et n'hésite pas à alterner viande rouge, volaille, poissons et plats végétariens.

Manger moins de viande, mais de meilleure qualité, c'est tout profit pour les filières de proximité et bio. Si certains petits acteurs, comme la Ferme du Château Vert à Habay-la-Vieille ou la boucherie bio The Barn à Bruxelles, ne notent pas d’évolution sensible de la demande, des chaînes plus importantes tirent clairement les marrons du feu.

C'est le cas, par exemple, de la coopérative bruxelloise Färm, qui s'appuie sur un réseau de six magasins à Bruxelles et à Louvain-la-Neuve (un 7e ouvrira en septembre à Schaerbeek). "Nous avons constaté en mars une augmentation de près de 20 % de nos ventes de viande. Une telle progression doit selon moi clairement être mise sur le compte du scandale Veviba", dit Alexis Descampe, patron et cofondateur de Färm.

La coopérative athoise Agrisain-Coprosain, qui tire 50 % de son chiffre d’affaires (7,5 millions d’euros) de la viande et de la volaille, a vu quant à elle ses ventes de viande progresser de 7 à 10 % selon les points de vente.

Coprosain s’appuie sur trois filières commerciales : ses 4 magasins (Ath, Mons, Braine-l’Alleud et, depuis fin mars, Tournai), une présence sur 22 marchés locaux (en Hainaut, Brabant wallon et à Bruxelles) et la vente à des distributeurs. "Cela fait une dizaine d’années que nos ventes sont en progression, avec des pics allant jusqu’à +50 % à chaque crise alimentaire. Et nous parvenons à garder à chaque fois quelques pour cent de croissance", souligne Paul Vankeerberghen, directeur général de Coprosain.

Favoriser d'autres protéines

Son confrère Laurent Verheylesonne, directeur du marketing de la chaîne de magasins bio Sequoia, dresse un constat similaire : les revenus de la viande dans les sept magasins ont gonflé de 15 % environ depuis début mars. Mais cette évolution ne changera pas, selon lui, la philosophie de la chaîne, qui milite pour une consommation de viande plus modérée.

"Ce scandale nous a confortés dans notre choix de proposer moins de viande et de favoriser d'autres protéines. Nous avons reçu des demandes de clients pour accroître notre offre de viande, mais nous n'avons pas changé de position. Réduire l'offre de viande est une option que nous avons prise depuis plusieurs années déjà", explique-t-il.

Pour le responsable de Sequoia, le scandale Veviba n'a d'ailleurs pas de lien direct avec la filière bio. "Il ne s'agit pas d'un problème au niveau de la production, mais bien au niveau de la transformation et de l'abattage. Les conditions d'abattage des animaux ne sont pas couvertes par le cahier des charges de la filière bio. Le seul avantage que celle-ci offre, c'est d'assurer un double contrôle avec Certisys qui travaille sur la traçabilité de la viande", souligne Laurent Verheylesonne.

Chez Sequoia, la crise Veviba a donc été mise à profit pour intensifier l'information des clients sur les alternatives à la protéine de viande. "Chaque client a reçu un paquet de tofu gratuit juste après le scandale. Nous avons ainsi voulu marquer le coup symboliquement et expliquer notre positionnement", précise le responsable marketing de la chaîne.

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