Le secteur alimentaire ne grandit plus

Le site de Greenyard à Sint-Katelijne-Waver (illustration). ©Wouter Van Vooren

Pour la première fois depuis dix ans, les revenus de l’industrie alimentaire belge sont en recul. La croissance des exportations ne compense plus le recul du marché intérieur. Et les entreprises investissent moins.

Le cru 2017 record qu’a connu l’industrie alimentaire belge serait-il déjà à ranger dans les oubliettes de l’histoire? On n’en est pas encore là. Mais bien que fort éloignée d’une bérézina, l’année 2018 n’en laisse pas moins apparaître des clignotants orange qui laissent à penser que le plus gros secteur industriel du pays se dirige vers une ère de (léger) refroidissement.

Pour la première fois depuis 2010, le secteur alimentaire subit un recul de ses revenus. Certes, il est marginal: -0,8%. Mais il révèle une double évolution qui n’incite guère à l’optimisme: un infléchissement de la croissance des exportations (+ 3,5%, contre + 7,5% en 2017), préservée grâce à la forte progression des ventes sur les marchés lointains. Mais les ventes hors frontières ne compensent plus le recul sensible du marché intérieur (-5,3%).

"Les premiers chiffres de 2019 tendent à montrer que la tendance à une croissance plus faible devrait se confirmer cette année."
Jan Vander Stichele
Président de la Fédération de l’industrie alimentaire (Fevia)

"Les premiers chiffres de 2019 tendent à montrer que la tendance à une croissance plus faible devrait se confirmer cette année", précise Jan Vander Stichele, président de la Fédération de l’industrie alimentaire (Fevia).

Le secteur de l’alimentation reste néanmoins, plus que jamais, le premier employeur industriel du pays avec près de 93.000 salariés (+ 2,2%) et 173.000 emplois induits. Mais la baisse sensible des investissements (-6,7%) résonne comme un signal d’alarme.

Stabilisation

Cette tendance à un reflux des investissements se retrouve dans d’autres secteurs industriels, ce qui témoigne sans doute d’une stabilisation d’ensemble. "Le contexte économique pousse les chefs d’entreprise à y regarder à deux fois avant d’investir", commente le président de la Fevia.

Dans le cas de l’industrie alimentaire, la fragilité du marché intérieur est jugée préoccupante. "Les importations ont, elles aussi, reculé (de 0,7%), ce qui semble témoigner d’une baisse de la consommation globale. Mais le plus gros problème reste les achats transfrontaliers, qui ont encore progressé de 4,6 % en 2018", souligne Bart Buysse, directeur général de la Fevia.

"Lasagne fiscale"

51,8 milliards € de chiffre d’affaires

Le chiffre d’affaires global de l’industrie alimentaire, en recul de 0,8%, diminue pour la première fois depuis 2010.

27,6 milliards € d’exportations

En 2018, les exportations ont progressé de 3,5%. Elles ont été dopées par les ventes sur les marchés d’outre-mer (États-Unis, Canada, Chine, et Corée du Sud), qui enregistrent une progression de plus de 18%.

1,64 milliard € d’investissements

Après deux années records, les investissements dans les entreprises du secteur de l’alimentation ont diminué l’an dernier de 6,7%.

92.743 équivalents temps plein

Les entreprises alimentaires ont créé l’an dernier plus de 2.000 nouveaux postes (+2,2%). Les emplois indirects ont parallèlement augmenté de 2% à 173.104.

Les responsables de la fédération sectorielle incriminent avant tout la "lasagne fiscale" qui sape la compétitivité des entreprises belges et pousse les Belges à se ravitailler hors frontières, essentiellement en France et aux Pays-Bas.

"La moitié de la population belge habite à moins de 50 kilomètres de nos frontières. Et ce qui est plus inquiétant, c’est ceux qui vont faire leurs achats hors frontières une première fois ont de plus en plus tendance à renouveler l’expérience", précise Nicholas Courant, porte-parole de la Fevia.

Sans compter que si les entreprises alimentaires continuent d’engager – elles emploient en moyenne 21,6 salariés, contre 21 en 2017 –, la croissance de l’emploi est freinée par des problèmes de pénurie de main-d’œuvre. L’industrie alimentaire est confrontée à 1.500 postes vacants par jour, et 36% des postes vacants le restent pendant 6 mois.

"Peut-être certains investissements sont-ils reportés faute de trouver la main-d’œuvre", dit Jan Vander Stichele. Pour la Fevia, les futurs gouvernements ont du pain sur la planche. Il s’agira notamment de restaurer la compétitivité en simplifiant le régime fiscal, en stimulant les investissements et l’innovation et en favorisant un afflux de talents via l’enseignement, la reconversion des travailleurs et l’activation des sans-emploi.

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