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Le Vin du Mois, une sélection œnologique éclairée et une quête de sens

Alexis Van Lede, l'actuel patron de la PME, a repris le flambeau à la mort de son frère cadet en 2017. ©Kristof Vadino

Depuis 2013, le Vin du Mois, une PME bruxelloise, propose des sélections de vins bio et européens et les livre directement au domicile de ses abonnés. Derrière cette initiative visant à mettre les produits positifs en lumière, il y a une tradition familiale, plusieurs reconversions professionnelles et un drame terrible. Présentation d'une alternative rafraîchissante à la grande distribution en compagnie de son repreneur: Alexis Van Lede.

L'arrivée des beaux jours et le déconfinement progressif appellent le retour d'une chose, essentielle à la vie de tout Belge qui se respecte: l'apéro. Au Vin du Mois, on en est bien conscient et on fourbit ses armes, à savoir des pépites venues de petits vignerons européens triés sur le volet, et on fait chauffer le moteur de Vinciane, la Citroën Acadiane et mascotte de la PME, à bord de laquelle Alexis et Martin arpentent le territoire afin de livrer leurs coffrets "découverte", le produit phare de l'entreprise. 

"Le vin, comme beaucoup de choses, c’est de l’entraînement."
Alexis Van Lede
Patron du Vin du Mois

"Explorateur", "épicurien", "hédoniste", autant de formules mises au point par Alexis Van Lede pour partager ses découvertes œnologiques et dont les appellations résument bien l'état d'esprit du Vin du Mois. Mais avant de s'associer au sommelier renommé Eric Boschman et de se muer en goûteur professionnel, Alexis Van Lede est avant tout un entrepreneur. En quête de sens et mû par le désir de devenir son propre patron, le Bruxellois a décidé, en 2017, de couper court à une carrière de financier et de reprendre le flambeau familial, initié par son frère cadet quatre ans plus tôt. Retour sur un concept inventif et sur un parcours autant douloureux que fondateur, en compagnie de celui qui tient fermement les rênes d'une PME en perpétuel mouvement.

Découverte et partage

"Le vin du mois, c’est une petite entité dont l’objectif est de découvrir et promouvoir des produits positifs de vignerons indépendants, européens et bio", annonce d'emblée Alexis Van Lede. L'entreprise, fondée en 2013, propose ainsi des coffrets "découverte" à ses clients, selon une formule d'abonnement au mois, reprenant des vins sélectionnés au préalable par le patron lui-même, accompagné du célèbre sommelier Eric Boschman. "Nous choisissons des vignerons indépendants parce qu’ils ont plus la latitude de faire du bon produit. Nous pensons aussi que ce sont ceux-là qui ont besoin de se faire connaître. Ensuite, nous nous cantonnons aux vins européens parce que cela fait sens du point de vue écologique et logistique. Enfin, je me suis tourné vers le bio, parce que j’y crois personnellement", détaille Alexis Van Lede.

A bord de Vinciane, la Citroën Acadiane et mascotte de la PME, Alexis Van Lede assure les livraisons de coffrets dans tout le pays. ©Kristof Vadino

Au total, le patron goûte près de 700 vins par an, desquels une soixantaine seront sélectionnés et proposés aux abonnés du Vin du Mois. "Pour repérer les vignerons avec qui je souhaite travailler, je me rends sur des foires spécialisées et je me déplace directement dans certaines exploitations. Il arrive aussi que certains vignerons se présentent spontanément ou que des abonnés me fassent part de leurs recommandations", explique le patron. Après la découverte, le partage est un élément fondateur du concept et les conseils personnalisés sont clés à cette transmission des connaissances et des expériences. "En plus des conseils que nous donnons, nous éditons une fiche de dégustation pour chaque vin. Cela permet d’éduquer son goût. Le vin, comme beaucoup de choses, c’est de l’entraînement", avance-t-il encore.

Une histoire de famille

S'il est aujourd'hui à la tête de la PME, Alexis Van Lede n'en est pas l'instigateur, même si, depuis toujours, le vin coule dans ses veines. "Je suis issu d’une famille de marchands de vin. Historiquement, ma famille a eu un commerce de vins à Bruges, depuis 1793. C’est un grand-oncle qui a été le dernier à le faire fonctionner", confie-t-il. Celui qui aura renoué avec l'affaire familiale, c'est un autre Van Lede: Geoffroy. Et, comme pour Alexis, la quête de sens et la réinvention de soi auront joué un rôle moteur. "Mon petit frère avait occupé des fonctions très bien payées chez Pfizer et Unilever et puis il a fait un burn-out à 30 ans. Il a alors décidé de se relancer dans le vin. Et c’est là qu’est né le Vin du Mois, en 2013", se rappelle l'actuel patron.

Très vite, Geoffroy Van Lede initie les "apéros du jeudi". Ces événements regroupant jusqu'à 200 personnes chaque premier jeudi du mois permettent à la jeune entité de rencontrer ses premiers clients. La machine est lancée et les débuts sont prometteurs. Mais le drame survient. Le 30 décembre 2017, le cadet de la fratrie met fin à ses jours. Bouleversée, la famille décide d'organiser un ultime apéro à la mémoire de Geoffroy.

"Je ne fais pas ce que je fais in memoriam de mon frère."
Alexis Van Lede
Patron du Vin du Mois

Mais cet apéro ne sera pas le dernier du vin du mois. "À l’époque, je travaillais dans une grande entreprise manufacturière et j’y faisais de la finance et du contrôle de gestion. Je venais d’adopter un enfant et, lors de mon congé d’adoption, j'ai pris le temps de réfléchir. Cela faisait plusieurs années que je voulais devenir mon propre patron. Le vin n’avait jamais été une option puisque mon frère avait cette affaire. Mais là, l’occasion s'est présentée et j'ai décidé de tenter ma chance", raconte-t-il.

Renaissance

"Avant, je touchais 3.500 € par mois plus une voiture, des bonus et tout le tintouin. Aujourd’hui, j'en suis à 2.000 euros net."
Alexis Van Lede
Patron du Vin du Mois

Très vite, Alexis Van Lede met son savoir professionnel en application et entreprend d'assainir la jeune structure. "À la fin 2017, l’entreprise affichait une perte de 15.000 euros et près de 30.000 euros de dettes. Heureusement, au premier événement de février 2018, beaucoup sont venus pour rendre hommage à Geoffroy et cela m’a permis de faire une grosse rentrée et de tenir le coup", se remémore-t-il. En parallèle, le nouveau patron développe d'autres canaux de distribution tout en conservant la vente aux particuliers comme principale source de revenus.

"Ce qu’il faut préciser aussi, c’est que via mon ancien travail, j'ai continué à opérer en tant que consultant sur la base de missions ponctuelles. C’est alors ma société qui facture ces services. Ces rentrées m’ont permis d’engager un employé, de commander un nouveau site internet, d’éponger les dettes, d’acheter un nouveau véhicule et de commencer à me payer", ajoute-t-il. Comme beaucoup d'entrepreneurs, Alexis Van Lede reconnaît ne pas avoir choisi ce chemin pour s'enrichir. "Avant, je touchais 3.500 € par mois plus une voiture, des bonus et tout le tintouin. Aujourd’hui, j'en suis à 2.000 euros net", dévoile-t-il.

"Je souhaite bonne chance à l’horeca, aux producteurs, aux marchands ambulants. La grande distribution s’est gavée pendant deux mois, c’est l’horreur."
Alexis Van Lede
Patron du Vin du Mois

Mais le principal, c'est que la société soit sur de bons rails. "Je pense que ça va marcher. Financièrement, concrètement, en 2017, le chiffre d’affaires était de 155.000 euros. En 2019, cela a bien augmenté, à environ 180.000 euros. C’est bien."

Pour le Vin du Mois, la mayonnaise semble avoir pris, et forte d'un concept axé sur la livraison à domicile, la PME n'aura pas trop souffert de la crise du coronavirus. "Pour la reprise, ce que je souhaite, c’est que mes confrères s’en tirent. Cela a été très dur pour beaucoup. Je souhaite bonne chance à l’horeca, aux producteurs, aux marchands ambulants. La grande distribution s’est gavée pendant deux mois, c’est l’horreur", grimace-t-il. 

Les beaux jours laissent présager du bon pour le Vin du Mois. De son côté, Alexis Van Lede piétine d'impatience à l'idée de reprendre ses apéros du jeudi. Le souvenir de Geoffroy, lui, reste gravé dans la mémoire de son frère. Mais, Alexis Van Lede est clair: "Je ne fais pas ce que je fais in memoriam de mon frère. Je ne voulais pas qu’on liquide l’entreprise au lendemain de sa mort et que son nom soit sali mais cela fait longtemps que tout est réglé", conclut-il.

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