Les achats transfrontaliers pèsent sur l'industrie alimentaire wallonne

Un Belge sur trois fait régulièrement ses courses à l'étranger, surtout en France ©Photo News

Le chiffre d’affaires de l’industrie alimentaire wallonne a reculé en 2018. En cause, une baisse de la demande intérieure et des exportations. La Fevia Wallonie pointe notamment des taxes trop élevées.

La Fevia Wallonie a profité de la caisse de résonance de la Foire agricole de Libramont pour dévoiler ses chiffres pour 2018. Pour la première fois depuis cinq ans, le chiffre d’affaires est en recul, affichant une baisse de 1,7% par rapport à 2017 pour se fixer à 8,55 milliards d’euros. "Notre secteur reste cependant dans un trend positif par rapport à l’industrie manufacturière classique", observe Anne Reul, secrétaire générale de Fevia Wallonie.

Nous sommes toujours victimes de taux de TVA, de taxes - comme la taxe santé, les taxes sur les emballages - et d’accises plus élevés qu'ailleurs.
Anne Reul
secrétaire générale de Fevia Wallonie

Depuis 2011, le chiffre d'affaires de l’industrie alimentaire wallonne a crû de 16% alors que celui de l’industrie manufacturière a reculé de 7,6%. L’industrie alimentaire reste le plus grand secteur industriel en Wallonie avec près de 20% du chiffre d’affaires total.

Le chiffre d’affaires a été affecté à la fois par une baisse de la demande intérieure et par celle des exportations. Sur le marché intérieur, le recul est de 3,3%. "Cela s’explique essentiellement par la croissance des achats transfrontaliers", déplore Anne Reul. Au niveau national les achats de produits alimentaires et de boissons dans les pays voisins ont augmenté de 4,6% en 2018 pour atteindre 616 millions d’euros. Depuis dix ans, ils ont crû de plus de 43%.

La France reste le pays le plus attractif pour les consommateurs belges avec 273 millions d’euros captés (+7,5% par apport à 2017 et +72% depuis 10 ans).

616
millions d'euros
Au niveau national, les achats de produits alimentaires et de boissons dans les pays voisins ont augmenté de 4,6% en 2018 pour atteindre 616 millions d’euros.

Trop de taxes

Selon les chiffres de Fevia Wallonie, basés sur une étude de GfK, un Belge sur 3 fait des achats alimentaires à l’étranger avec une moyenne de près de neuf fois par an. "Nous sommes toujours victimes de taux de TVA, de taxes - comme la taxe santé, les taxes sur les emballages - et d’accises plus élevés qu'ailleurs, observe Anne Reul. Les gens se rendent en France pour acheter des produits spécifiques comme des boissons, mais en profitent pour y faire toutes leurs courses."

La TVA sur les boissons est ainsi de 6% Belgique contre 5,5% en France, par exemple. La taxe santé, qui touche notamment les sodas mais aussi les boissons aromatisées, affecte également le secteur. En moyenne, les produits belges sont plus chers de 10 à 12% par rapport aux produits des pays voisins.

La Fevia Wallonie profite donc des pourparlers politiques en cours, tant au niveau fédéral que régional, pour mettre la pression sur les futurs gouvernements. Elle souhaite qu’ils "mettent un terme à l'accumulation d'accises et de taxes qui rendent les produits plus coûteux dans notre pays et qui nuisent à notre propre économie. Rendre nos produits plus coûteux porte non seulement atteinte à nos entreprises mais nuit aussi à toute l'économie belge."

Exportations en baisse, investissements stagnants

Ce qui inquiète aussi la Fevia Wallonie c’est que la baisse de la demande intérieure n’est pas compensée par les exportations. Après avoir augmenté de plus de 4% en 2017, elles s’affichent en léger recul de 0,3% à 4,26 milliards d’euros. La baisse est surtout sensible vers les pays voisins (-2%) et principalement vers l'Allemagne (-16%) en raison du ralentissement de la croissance dans ce pays. Heureusement, la grande exportation continue de croître (+4,7%).

Conséquence de tout ce qui précède, les investissements stagnent pour la première fois depuis le début de la décennie (-0,1%). "Ce n’est pas trop inquiétant car le secteur a beaucoup investi ces dernières années", nuance Anne Reul. Ces investissements ont augmenté de 98% depuis 2011.

Créations d'emplois

Malgré tout, l’industrie alimentaire a continué à créer de l’emploi l’an dernier (+2%). Elle reste le plus grand employeur de Wallonie, selon les chiffres de la Fevia avec près d’un emploi industriel sur cinq. Elle pèse 60.000 emplois: 23.000 directs, 37.000 indirects. Elle souffre toutefois d’une pénurie de main d’œuvre, notamment au niveau des électromécaniciens et des bouchers. Au total 500 postes sont à pourvoir.



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