Les agences de notation mettent la pression sur AB InBev

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S&P menace d’abaisser sa note sur AB InBev si des mesures concrètes pour réduire la dette ne sont pas prises rapidement. Moody’s et Fitch l’ont déjà fait. Mais, pas de panique, la notation de la dette du brasseur reste très solide.

Quel retour en grâce! Après un millésime 2018 cauchemardesque au cours duquel son action a chuté de 38% jusqu’à 57 euros, AB InBev revient en fanfare sur les écrans de la Bourse. Depuis le début de l’année, le titre a grimpé de 25%. Mais relativisons, il faudra qu’il prenne encore 29% pour se retrouver à son niveau de fin 2017, soit 93 euros.

Le parcours boursier à venir dépendra beaucoup de la façon dont la direction du groupe brassicole va réussir à gérer son énorme dette issue en grande partie du rachat de SABMiller. Pour alléger ce fardeau, elle a déjà pris deux mesures dont la plus douloureuse pour les actionnaires a été de diviser le dividende par deux. Plus récemment, elle a aussi refinancé des obligations à hauteur de 16 milliards de dollars.

Mais cette montagne de dettes met du temps à fondre. Elle est passée de 108 milliards de dollars fin 2016 à 104,4 milliards un an plus tard et à 102,5 milliards fin de l’année dernière. Une mise en Bourse des activités asiatiques du groupe pourrait accélérer ce processus, mais Carlos Brito, le CEO d’AB InBev, n’a pas voulu commenter cette rumeur lors de la présentation des résultats annuels.

S&P veut un plan concret

Les agences de notation s’inquiètent également du poids de ce boulet qui, cela dit en passant, empêche le brasseur de la Stella et de la Budweiser de procéder à de nouvelles acquisitions de taille. Rappelez-vous, fin 2016, après le rachat de SABMiller, des analystes estimaient que la prochaine cible du géant brassicole pourrait être PepsiCo ou Coca-Cola. Ce n’est pas pour demain, à moins de passer par une augmentation de capital, une opération qui pourrait s'avérer techniquement difficile estime Bloomberg Intelligence.

Après Moody’s et Fitch qui ont abaissé d’un cran leur notation fin de l’année dernière, c’est au tour de S&P d’envisager la chose. L’agence a en effet constaté que l’endettement était "significativement pire" que ce qu’elle avait anticipé. Selon ses calculs, il atteignait 4,9 fois l’Ebitda fin 2018 alors que le brasseur a avancé un ratio de 4,6. L’objectif d’AB InBev est de passer sous le multiple de 4 d’ici à fin 2020 et de revenir ensuite à une "structure de capital optimale qui se situe autour de 2."

S&P pourrait donc baisser sa note qui est actuellement fixée à A- si la société échoue à "démontrer un plan clair et concret pour réduire la dette financière dans les trois prochains mois". L’avertissement est sans ambiguïté. Dans ce contexte, une IPO en Asie pourrait, sans doute, apaiser les craintes de l’agence.

Meilleur rating qu'Heineken

AB InBev affiche déjà deux notations à BBB, un niveau auquel se situent la moitié des 5,2 billions de dollars des obligations d'entreprises jouissant du label "investment grade". Plus les notations d’une entreprise sont faibles, plus élevés seront les intérêts qu’elle devra accorder lorsqu’elle émet des obligations. Pour l’exercice en cours, le coupon moyen d’AB InBev se situe entre 3,75% et 4%.

Pour l’heure, le papier du brasseur reste un investissement plus que fiable. Il se situe encore au moins à deux crans au-dessus de la dette dite spéculative auprès des trois principales agences de notation. À titre de comparaison, Heineken , son principal concurrent, présente la même notation chez Moody’s (Baa1). Chez S&P (BBB+) elle est inférieure à celle d’AB InBev alors que son ratio dette/Ebitda n’est que de 2,3.

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