Les coûts de l'industrie alimentaire en forte hausse

Selon la Fevia, le prix de l'huile (ici, une chaîne de production d'huile d'olive en Espagne) a plus que doublé en un an. ©Bloomberg

L'industrie agroalimentaire se dit prise "entre le marteau et l'enclume": elle subit une nette hausse de ses coûts en amont et ne peut les répercuter en aval.

La crise du Covid-19 a modifié en profondeur les modes de consommation. Le temps passé à la maison a poussé les consommateurs à dépenser davantage pour leur confort (équipements de bureau, ameublement, barbecues....) et à accorder plus d'attention à leur alimentation. S'ajoutent à cela des facteurs externes tels que des conditions météo défavorables et le ralentissement des activités de transport, qui ont poussé à la hausse les prix des matières premières et de leur acheminement.

Ces incertitudes lèvent un vent d'inquiétude dans certains secteurs. C'est le cas de l'industrie agroalimentaire. Elle se trouve confrontée depuis quelques mois à un double problème: une chaîne d'approvisionnement plus erratique et des prix orientés sensiblement à la hausse.

Problèmes de livraisons

Un sondage réalisé par la fédération de l'industrie alimentaire (Fevia) auprès de ses membres révèle ainsi que la moitié des entreprises du secteur font face à des défauts ou à des retards de livraison. C'est le cas, notamment, d'ingrédients tels que les arômes, les huiles, l'inuline (une fibre alimentaire prébiotique) ou le dextrose (un sucre simple), mais aussi de matériaux d'emballage comme le plastique, l'aluminium ou le carton, auxquels l'industrie alimentaire recourt largement.

40%
Selon les chiffres de la FAO, les prix des matières premières alimentaires ont augmenté de 40% sur un an.

Et qui dit rareté dit envolée des prix. Le plastique est ainsi 75% plus cher qu'il y a un an et le prix de l'aluminium s'est élevé de 36%. "Les chiffres de la FAO révèlent que les prix des matières premières ont augmenté pour le 12e mois consécutif. Ils ont été relevés de 40% en moyenne sur un an", explique Bart Buysse, le CEO de la Fevia. Un exemple très parlant: l'huile, dont le prix moyen a bondi de plus de 120%.

Cette flambée s'explique par plusieurs facteurs, à commencer par une baisse de l'offre globale, due notamment aux conditions météo et à de mauvaises récoltes. S'ajoutent à cela les changements de modes de consommation induits par la crise sanitaire et le redémarrage de la consommation dans un contexte de reprise de l'économie, qui crée un déséquilibre.

Un effort demandé à la distribution

Conséquence: 95% des entreprises alimentaires belges se disent confrontées à une hausse de leurs coûts. Le hic, c'est qu'environ la moitié d'entre elles ne sont pas en mesure, dans l'état actuel des choses, de répercuter ces ardoises sur leurs prix de vente. Cela même alors que leurs fournisseurs devraient, selon la Banque nationale, reporter dans une large mesure en aval les suppléments de coûts qui leur sont imputés.

"Nos entreprises sont prises entre le marteau et l'enclume: elles doivent payer davantage à leurs fournisseurs mais ne peuvent répercuter ces hausses."
Bart Buysse
CEO de la Fevia

En cause: les contrats conclus à la fin de l'hiver avec la distribution, qui cadenassent les prix durant un an au moins. Visiblement, l'industrie alimentaire n'a pas su convaincre les distributeurs d'assumer une part de l'effort pour absorber la flambée des prix des matières premières et du transport. "Personne n'aurait pu prédire un relèvement des prix d'un tel niveau", souligne Bart Buysse.

"Nos entreprises sont prises entre le marteau et l'enclume: elles doivent payer davantage à leurs fournisseurs mais ne peuvent pratiquement pas répercuter ces hausses à leurs clients. Dans la situation actuelle, nous voulons naturellement éviter d'imposer une hausse de prix à l'horeca", dit encore le CEO de la Fevia. Qui en appelle donc à un geste des enseignes de supermarchés, appelées à accorder "l'attention et la flexibilité nécessaires à leurs fournisseurs alimentaires".

Optimisme à plus long terme

Certes, cette situation paraît plus conjoncturelle que structurelle. Selon la Fevia, les entreprises du secteur agroalimentaire prévoient un ciel bouché pour les prochains mois, mais se montrent plutôt optimistes à plus long terme, lorsque la reprise économique produira ses effets les plus tangibles.

Dans l'immédiat, un quart des sociétés alimentaires s'attendent à subir une perte de chiffre d'affaires dans les six mois à venir, ce qui risque de poser des problèmes de liquidités.

425
millions €
Au premier trimestre, les investissements du secteur alimntaire ont atteint 425 millions d'euros (+7%).

Une double éclaircie dans la grisaille: l'emploi, qui devrait rester stable autour de 96.000 salariés, et la volonté de la plupart des entreprises de continuer à investir. Au premier trimestre, les investissements du secteur ont d'ailleurs progressé de 7% à 425 millions d'euros.

"Si la hausse des prix se poursuit, cela risque de se traduire par une baisse des investissements et par des pertes d'emplois."
Bart Buysse
CEO de la Fevia

Mais attention à ce que cela ne soit pas qu'un feu de paille. Fin janvier, environ 25% des entreprises alimentaires qui étaient saines avant la crise se disaient en difficulté. Avec la réouverture de l'horeca, cette proportion devrait baisser. "Mais si la hausse des prix se poursuit, cela risque de se traduire par une baisse des investissements et par des pertes d'emplois", prévient Bart Buysse.

Le résumé

  • L'industrie agroalimentaire est confrontée depuis quelques mois à des problèmes d'approvisionnement et à des prix en hausse sensible.
  • Selon des chiffres de la FAO, les prix des matières premières ont augmenté de 40% en moyenne sur un an.
  • Les entreprises alimentaires sont dès lors confrontées à une hausse de leurs coûts, mais ne peuvent les répercuter sur leurs prix de vente.
  • La Fevia en appelle à un geste des enseignes de supermarchés.

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