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Les initiés d'AB InBev ont acheté pour plus d'un demi-milliard sur un an

©BELGA

Les grands actionnaires belges et brésiliens du premier brasseur mondial se sont montrés très actifs à l’achat sur les actions AB InBev ces derniers mois, en parallèle à la chute du cours. À ce petit jeu, les Belges ont devancé les Brésiliens grâce à Alexandre Van Damme et Patrinvest.

Ces dernières semaines, les initiés d’AB InBev ont acheté bon nombre d’actions du premier brasseur mondial alors que le cours de Bourse voguait allègrement vers ses plus bas de l’année. Les plus gros volumes ont été le fait de différents administrateurs du groupe, ainsi que de sociétés représentant leurs intérêts. En regard, on a enregistré fort peu de transactions à la vente, pour des montants également très inférieurs. Vu l’évolution du cours de l’action (revenu de 102,4 euros le 9 novembre 2017 à 65,7 euros ce vendredi), on a voulu examiner si quelques tendances apparaissent derrière ces transactions.

Les opérations d’initié recensées par la FSMA, le régulateur du marché financier, reprennent les ventes et achats effectués par les membres du conseil d’administration et de la direction de la société visée, ainsi que par leurs proches. Comme il applique une politique de rémunération salariale concentrée sur le mérite, AB InBev octroie régulièrement des options sur actions ou des actions gratuites à ses dirigeants et à ses administrateurs. Dans cette analyse, nous avons laissé de côté ces transactions-là, parce que d’une part elles ne représentent pas des montants significatifs et que, d’autre part, elles ne découlent pas d’une volonté ou d’une stratégie dans le chef de leurs titulaires. Restent donc les grosses opérations d’initié, que nous avons scannées sur les douze derniers mois.

Chez Patrinvest, on souligne être heureux d’augmenter sa participation en AB InBev à ces niveaux de cours.

Premier constat, les insiders du brasseur sont essentiellement acheteurs. Ensemble, ils ont en effet acquis pour 511,6 millions d’euros d’actions AB InBev, soit pour plus d’un demi-milliard, alors que dans le même temps ils n’en ont vendu que pour 17 millions. C’est logique, puisque le cours n’a cessé de baisser, jusqu’à atteindre son plus bas le 25 octobre dernier à 64,05 euros.

Cinq administrateurs actifs

Deuxième constat, les grosses opérations de ces derniers mois ont été lancées uniquement par des administrateurs ou leurs sociétés holdings, pas par les membres de la direction. Ce qui ne veut pas dire que les directeurs réunis autour du CEO Carlos Brito soient restés inactifs. Ils ont surtout géré (ou laissé leur banquier gérer) les actions qu’ils ont reçues après avoir exercé leurs options, souvent en les vendant rapidement, comme cela se pratique un peu partout dans les sociétés cotées. C’est ainsi que Stuart MacFarlane a vendu pour 3,7 millions d’euros de titres, Carlos Brito et sa fondation pour 2,8 millions et Maurice Milikin pour 1,5 million.

Du côté des administrateurs, en revanche, les représentants des deux principaux groupes d’actionnaires, les Belges ayant réuni le gros de leurs participations dans le holding EPS et les Brésiliens ayant concentré les leurs dans BRC, se sont montrés très entreprenants. Parmi les Belges, c’est le holding Patrinvest qui a acquis le plus d’actions. Cette société renvoie à deux familles d’actionnaires, celle d’Alexandre Van Damme et les Van der Straten Ponthoz, sachant que c’est Van Damme qui en est le principal propriétaire. En quatre transactions sur les douze mois, Patrinvest a acheté pour 288,16 millions d’euros d’actions ABI, ce qui en fait, de loin, le champion des achats sur la période. Il a effectué sa dernière transaction le 30 octobre dernier, au prix moyen de 65,95 euros, soit quasiment au plus bas de l’année. Il s’agissait d’un paquet de 65,9 millions d’euros. Les trois autres achats qu’il a réalisés l’ont été au prix moyen de 84,2, 90,1 et 95,9 euros.

Derrière Patrinvest et Alexandre Van Damme, le premier Belge qui suit est Paul Cornet de Ways Ruart, qui a acquis pour 8,89 millions d’euros d’actions. Le comte, qui, comme Van Damme, siège au conseil du brasseur, a agi tantôt en son nom, tantôt à celui de sa société Fortiter. Il constitue un cas particulier parce qu’il a paradoxalement aussi vendu un paquet de titres important sur la période: en août dernier, il a cédé pour 4 millions d’euros de titres ABI. Le troisième Belge à s’être distingué est Grégoire de Spoelberch, qui a acheté pour 1,2 million d’euros d’actions. Le quatrième Belge qui siège au conseil, Stéfan Descheemaeker, échappe à notre analyse car il a effectué deux transactions juste avant notre période de douze mois – des transactions qui s’annulent en réalité, puisqu’il a transféré pour 3,1 millions d’euros de titres de son portefeuille à celui de sa société Olidopoli. Au total, ces représentants des grands actionnaires belges ont donc acquis pour 298,25 millions d’euros de titres AB InBev.

Les Brésiliens en équipe

De leur côté, les familles brésiliennes ont agi de deux manières: sous leur nom en direct ou via leur holding commun BRC. Individuellement, la famille de Paulo Lemann s’est signalée en se portant acquéreur d’actions ABI pour un total de 26,26 millions d’euros. Attention, toutefois, car un Paulo Lemann peut en cacher un autre: l’actuel Paulo Alberto Lemann, qui siège au conseil, est le fils de Paulo Lemann, qui avait été un des grands architectes de la fusion entre AmBev et Interbrew et qui a quitté le conseil il y a deux ans en raison de son âge. Or il se fait que les deux, le père et le fils, ont réalisé des transactions ces derniers mois. Le père a agi via sa société Karem Limited, qui a acquis pour 8,8 millions d’euros d’actions, tandis que le fils a pris pour 17,4 millions d’euros de titres via sa société Olia 2 AG. À noter que c’est le fils qui a fait les meilleures affaires, puisqu’il a payé ses titres très récemment à des prix compris entre 66,7 et 67,8 euros par action.

Derrière les Lemann, on trouve Marcel H. Telles, qui a utilisé sa société MHT Benefit Holding pour s’offrir pour 9,69 millions d’euros d’actions. Carlos Alberto Sicupira, le troisième membre du "magic Tteam" d’actionnaires brésiliens, n’est apparu qu’à la vente ces derniers mois, et pour un montant de 1,3 million et un volume qui donnent à penser qu’il s’agissait de céder des actions issues de l’exercice d’options.

Mais les Brésiliens ont privilégié l’action concertée, si l’on peut dire, puisque leur holding grand-ducal BRC a effectué le gros des transactions: 170,3 millions d’euros dépensés en quatre opérations, au prix de 86,12 euros pour la plus chère et à 65,1 euros pour les achats enregistrés le 26 octobre dernier, au lendemain du jour du cours le plus bas.

Pas de signal d’achat

Parmi les autres administrateurs, un indépendant, Elio Leoni Sceti, s’est signalé à l’achat par trois opérations pour 2,1 millions d’euros. Vu les volumes concernés, il est probable qu’il s’agisse dans son cas de cessions ayant suivi des exercices d’option.

Reste qu’ensemble, les grands actionnaires belges et brésiliens ont donc investi plus d’un demi-milliard dans leur groupe en Bourse. Dans quel but? Chez Patrinvest, on nous répond que cela montre l’attachement de ces actionnaires pour leur entreprise, qu’il s’agit d’une stratégie à long terme et pas d’opérations de trading à brève échéance. On y ajoute qu’ils sont heureux d’augmenter leurs participations à ces niveaux de cours. Il ne s’agit pas, en revanche et selon la même source, de donner des signaux d’achat au marché car comparé au volume des transactions sur AB InBev en Bourse, ces opérations restent insignifiantes. On ajoutera qu’ils ont sans doute aussi à cœur de lisser leurs risques au gré des fluctuations, même si, encore une fois, les montants en jeu sont relativement limités.

©MEDIAFIN

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