Les trappistes de Rochefort gagnent en appel contre Lhoist

La brasserie des Trappistes de Rochefort continuera d'être alimentée en eau par la Tridaine. © Nima Ferdowsi

La cour d’appel a confirmé un précédent jugement qui déniait à Lhoist le droit de pomper l’eau de source de Rochefort à plus grande profondeur.

La brasserie trappiste de Rochefort pourra continuer à puiser son eau à la source Tridaine sans modification, contrairement au souhait du groupe carrier Lhoist, qui exploite une carrière et une usine de chaux à quelques pas de l’abbaye et qui voulait agrandir la carrière en "mordant" sur la source actuelle.

La cour d’appel de Liège a confirmé le jugement du tribunal de première instance de Marche-en-Famenne qui avait, en résumé, donné raison aux moines de l’abbaye trappiste de Notre-Dame de Saint Rémy à Rochefort contre le groupe Lhoist. Le premier jugement avait, pour rappel, reconnu à l'abbaye un droit réel de servitude sur les eaux de la source de Tridaine, avec pour conséquence qu'il déniait à Lhoist le droit de pomper l'eau de Tridaine à plus grande profondeur, quand bien même le carrier amènerait entièrement l'eau dans la galerie comme avant, et sans frais pour les moines. Il donnait donc le droit aux moines de faire arrêter les tests de pompage effectués par le carrier.

Lhoist voulait approfondir d'une soixantaine de mètres la zone d'exploitation de la carrière qu'il exploite, ce qui aurait nécessité de creuser à l'emplacement d'une partie de la galerie de source actuelle. Le carrier s'était engagé à pomper lui-même l'eau plus bas dans la même nappe phréatique pour continuer d'alimenter en eau potable l'abbaye, sa brasserie ainsi que la ville de Rochefort.

La cour d’appel a, comme le tribunal de première instance, reconnu que Lhoist est le seul et unique propriétaire de la source.

La cour d’appel a, comme le tribunal de première instance, reconnu que Lhoist est le seul et unique propriétaire de la source, ainsi que de l'eau tant qu'elle s'écoule sous son terrain, dans la galerie de Tridaine. Mais le jugement en appel confirme également que les conditions de partage des terres établies dans un acte datant de 1833 (et créant la servitude en faveur de l'abbaye) ne permettaient pas au carrier de "supprimer ou détourner en tout ou en partie les eaux qui alimentent l'abbaye" depuis. Et ce, même si chez Lhoist, on arguait que toutes les analyses des eaux pompées et fournies durant les tests et durant les fournitures d’eau potable pendant les périodes successives de sécheresse de ces derniers étés avaient démontré la même qualité, d’où l’interjection auprès de la cour d’appel de Liège.

Place au plan B

C’est une victoire pour les moines qui voient leur opposition au projet du carrier couronnée de succès. Ce n’est pas pour autant une lourde défaite pour Lhoist. Le carrier, qui dispose de moins de 6 ans d’exploitation autorisées sur le site de la Boverie, a entre-temps lancé en octobre dernier un plan B, qui devrait lui permettre d’agrandir autrement sa carrière pour éviter de fermer.

Ce plan d'extension alternatif de la carrière de Jemelle permettra, s'il obtient tous les feux verts, de prolonger son exploitation durant 14 ans.

Ce plan d'extension alternatif de la carrière de Jemelle permettra, s'il obtient tous les feux verts, de prolonger son exploitation durant 14 ans. Lhoist possède en effet un terrain agricole de 14 hectares en bordure de la carrière, en direction de Humain.

Dans les années 1990, il avait fait réaliser une étude sur cette zone, qui avait montré qu'elle pourrait être exploitée en extraction sans préjudice pour un autre voisin prestigieux, la Station de radioastronomie de Humain. Mais le carrier s'était entre-temps développé dans la zone d'extraction de la Boverie (l'actuelle) et les 14 hectares n'avaient plus changé de statut.

Lhoist propose désormais de requalifier ces terrains en zone d'extraction, ce qui lui permettrait d'ajouter 14 années d'exploitation aux six qu'il lui reste à Boverie, de quoi tenir jusqu'en 2040. Il doit toutefois, pour ce faire, obtenir le feu vert du gouvernement wallon pour modifier le plan de secteur, puis obtenir un permis unique.

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