Mesure anti-pandémie à Bruxelles: quels sont les cafés impactés?

Tous les cafés servant des repas à titre complémentaire sont bien concernés par l'obligation de fermeture, a précisé jeudi après-midi le cabinet Vervoort. Avant cette mise au point, le chaos régnait dans le secteur. ©EPA

La plupart des cafetiers bruxellois ignoraient, jusqu'à ce jeudi matin, s'ils devaient fermer. Des précisions sont tombées dans l'après-midi: les cafés à croque-monsieur sont également visés.

Pour aider à endiguer la pandémie, les cafés et les bars sont théoriquement fermés depuis ce jeudi matin à Bruxelles, mais pas les restaurants. Quels établissements sont concernés, concrètement? Le secteur s'est arraché les cheveux jeudi matin, jusqu'à ce que le cabinet Vervoort ne précise les choses dans l'après-midi.

  • Quels cafés doivent fermer?

L'arrêté ministériel publié jeudi au Moniteur vise les "lieux de consommation de boissons, à l'exclusion des restaurants". Jeudi matin, la Fédération Horeca Bruxelles avait compris que devaient fermer durant un mois les établissements ayant pour code Nace (code d'activité) 56301, soit les bars et cafés. Pas les codes 56101 (restauration) ni les 56102 (petite restauration). Il faut savoir que dès qu'un établissement transforme des ingrédients et sert des plats chauds, il s'agit de restauration: cette activité suppose un accès à la profession et d'être soumis au contrôle de l'Afsca (Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire). Autrement dit, il n'est pas possible pour un cafetier de "glisser" du jour au lendemain d'une activité à l'autre. Mais pour d'autres représentants du secteur, cette interprétation n'était pas satisfaisante.

"Quand on sert des spaghettis ou des croque-monsieur, fait-on de la restauration?"
Diane Delen
Représentante de la FedCaf

FedCaf, qui représente les cafetiers à l'échelle nationale, estimait pour sa part que l'arrêté ministériel n'était pas clair: "Nombre de cafetiers nous interrogent pour savoir s'ils doivent fermer ou non", expliquait sa présidente Diane Delen. "Quand on sert des spaghettis ou des croque-monsieur, fait-on de la restauration? Quand on est contrôlé par l'Afsca...? Si oui, les trois quarts des cafés entrent dans cette définition et ne doivent donc pas fermer!" Depuis 2011 et l'interdiction de fumer dans l'horeca, la plupart des cafetiers ont élargi leurs activités à la petite restauration. "Et on peut cumuler plusieurs codes Nace."

Le cabinet du ministre-président bruxellois Rudi Vervoort est sorti du bois pour mettre fin à cet imbroglio (...). Les cafés servant des croques ou des omelettes à titre complémentaire doivent bel et bien fermer leurs portes.

En cours d'après-midi, le cabinet du ministre-président bruxellois Rudi Vervoort est sorti du bois pour mettre fin à cet imbroglio: "seuls les restaurants qui servent des repas en activité principale peuvent rester ouverts", a-t-il indiqué. Il a ajouté ne pas avoir retenu la piste des codes Nace, précisément... pour éviter les erreurs d'interprétation! Autrement dit, les cafés servant des croques ou des omelettes à titre complémentaire doivent bel et bien fermer leurs portes. Ce vendredi, le paysage bruxellois devrait mieux refléter la mesure.

  • Combien d'établissements sont concernés?

C'est la bouteille à encre. Les statistiques sur les cafetiers à Bruxelles font défaut. Selon la Fédération Horeca Bruxelles, il y a environ 1.500 cafés dans la Région, soit beaucoup moins que les restaurants (4.045). Selon FedCaf, la capitale abrite entre 2.500 et 3.000 cafés. "Et très peu d'établissements ne proposent que des boissons", insiste sa présidente, Diane Delen.

  • Combien d'emplois en jeu?

Même flou statistique. Le problème est que de nombreux établissements ne sont exploités que par leur propriétaire sous statut d'indépendant. Le secteur horeca tout entier recense 22.000 salariés à Bruxelles, mais il faudrait soustraire les travailleurs des restaurants et des hôtels, et ajouter les indépendants: mission impossible. Si l'on retient le chiffre haut de 3.000 cafés et que l'on compte dans ce total quelque 200 gros établissements, on pourrait tabler sur environ 5.000 emplois, indépendants inclus.

22.000
Salariés à bruxelles
Le secteur horeca tout entier recense 22.000 salariés à Bruxelles. C'est sans compter les nombreux indépendants y travaillant.

  • Quels secteurs et emplois sont également touchés, de manière indirecte?

La liste est longue. Les cafetiers se font livrer leurs boissons par des négociants et distributeurs (680 entreprises), alimentés eux-mêmes par les brasseurs. Ceux qui font de la petite restauration s'adressent à une multitude de fournisseurs. Ils recourent aussi aux services de placeurs de jeux de hasard, à des sociétés de nettoyage, leurs clients font souvent appel aux services de taxis... Tous ces métiers seront touchés d'une manière ou d'une autre. Sans compter le risque d'arrivée à péremption d'une partie des stocks dans les cafés, comme cela s'était vu lors du "lockdown": retour aux expéditeurs, notamment aux brasseurs.

  • Quels sont les types d'aides possibles?
Pour les indépendants, la prolongation du droit passerelle au-delà du 31 octobre semble acquise (à fin décembre).

Pour les indépendants, la prolongation du droit passerelle au-delà du 31 octobre semble acquise (à fin décembre). Le point a été évoqué ce jeudi au cabinet du ministre fédéral des Classes moyennes, indépendants et PME David Clarinval (MR) qui a reçu les fédérations du secteur. Le ministre y a lancé l'idée plus générale d'un "plan Horeca 2021".

Dans l'immédiat, le secteur demande un gel de toutes les factures des cafés fermés, gel qui durerait un mois si la période de fermeture est d'autant (il craint qu'elle soit prolongée ensuite). "Toutes ces dépenses seraient reportées, sous contrôle d'un professionnel du chiffre", souligne Philippe Trine, le président de la Fédération Horeca Bruxelles qui défend ardemment cette "mini-PRJ" (réorganisation judiciaire). Le secteur demande aussi une prime unique à la fermeture à la Région: une fourchette de 3.000 à 9.000 euros par établissement est discutée.

Les établissements qui emploient du personnel salarié pourront par ailleurs recourir au chômage économique pour force majeure.

La Ville de Bruxelles a annoncé de son côté une aide de 2.000 euros par café fermé "en complément des aides régionales". Les établissements qui emploient du personnel salarié pourront par ailleurs recourir au chômage économique pour force majeure.

  • Quel risque d'extension de la mesure?

Le secteur craint que la mesure de fermeture des cafés ne soit prochainement étendue aux deux provinces de Brabant dans un premier temps, puis, dans un deuxième temps, au pays tout entier. Les jeunes avides de fêtes pourraient aisément se déplacer de Bruxelles vers Leuven ou Louvain-la-Neuve, observent-ils, ce qui justifierait aux yeux des autorités provinciales une telle extension. Chez FedCaf, on relève que, ces derniers mois, plusieurs mesures du genre ont percolé d'une province ou d'une Région vers le Fédéral...

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