interview

Mette Lykke (Too Good To Go): "Notre chiffre d’affaires dépend du nombre de repas sauvés"

Mette Lykke, CEO de Too Good to Go.

À 39 ans, la jeune CEO danoise de Too Good To Go met les voiles vers les États-Unis pour y renforcer son ancrage. Objectif: "sauver" 2 millions de repas grâce à son application avec les nouveaux fonds levés.

En août 2016, lorsque Mette Lykke a pris le bus à Copenhague, la capitale de son pays natal, le Danemark, elle a engagé la conversation avec sa voisine. Lykke était en effet intriguée par l’appli affichée sur le téléphone de la personne assise à côté d’elle, une sorte de plate-forme où il était possible d’acheter des repas invendus à prix réduit. L’idée venait de cinq jeunes entrepreneuses danoises ayant lancé Too Good to Go quelques mois auparavant. Le concept? À la fin de la journée, les établissements horeca et les supermarchés mettent en vente les repas invendus et les utilisateurs de l’appli peuvent acheter ces "restes" au tiers du prix.

Aujourd’hui, Mette Lykke – qui depuis lors se passionne pour la lutte contre le gaspillage alimentaire – est devenue CEO de Too Good To Go, entretemps active dans 14 pays européens, dont la Belgique.

Cap aux États-Unis

Depuis septembre, Too Good To Go combat également le gaspillage alimentaire aux États-Unis et son impact sur le climat. Jonas Mallisse, le Gantois qui a lancé Too Good To Go dans notre pays en 2018, est en charge de cette expansion internationale. Après Boston et New York, l’entreprise annonce aujourd’hui son arrivée à Washington DC., Philadelphie et San Francisco, et compte recruter 350 personnes.

"Il est crucial qu’un concept soit évolutif si nous voulons qu’il ait un réel impact."
Mette Lykke
CEO Too Good To GO

"Je suis loin d’être une geek", explique Mette Lykke. "Mais ce que nous trouvons fantastique à propos de la technologie, c’est son échelle. Il est crucial qu’un concept soit évolutif si nous voulons qu’il ait un réel impact." Mette Lykke a découvert son importance en 2007 lorsque, après une courte carrière comme consultante chez McKinsey, elle a développé sa propre appli sportive, Endomondo. Mais, il y a 14 ans, les smartphones n’étaient pas équipés de la fonction GPS, et Endomondo n’a pas réussi à attirer de nombreux utilisateurs.

Les choses ont cependant changé en 2008 lorsque l’App Store a vu le jour et que les ventes de smartphones se sont envolées. En 2015, l’appli sportive comptait 20 millions d’utilisateurs et Mette Lykke, également cavalière de compétition, a reçu une proposition de rachat de l’entreprise américaine Under Armour, spécialisée en sport. Avec ses deux partenaires cofondateurs, Mette Lykke a revendu Endomondo pour 85 millions de dollars et a utilisé cet argent pour investir dans Too Good To Go, quelques mois à peine après sa conversation dans le bus.

Il n’a pas fallu longtemps pour que l’entreprise lui demande de devenir CEO. Pour sauver un maximum de repas, l’entreprise – alors active dans six pays – devait s’étendre au reste de l’Europe, a estimé Mette Lykke. Mais pas sans plan d’action. Il lui a fallu une année complète pour mettre au point les équipes de Too Good To Go et chercher des entrepreneurs locaux pour déployer l’appli dans leur pays respectif.

60 millions de repas

Aujourd’hui, le compteur se situe à plus de 60 millions de repas "sauvés". L’objectif de la jeune CEO? Avoir un impact aux plans éthique et commercial. C’est pourquoi la Danoise (aujourd’hui âgée de 39 ans) martèle que les finances représentent également un volet important de l’entrepreneuriat social et durable. "De nombreuses personnes pensent encore qu’il faut choisir entre gagner de l’argent et avoir un impact. Mais les deux ne sont pas incompatibles. Au contraire, il faut que ces deux éléments soient réunis si vous voulez réussir. Vous devez accrocher votre modèle d’exploitation à l’impact que vous souhaitez obtenir, comme chez Too Good To Go. Notre chiffre d’affaires dépend du nombre de repas sauvés. C’est une double motivation."

Too Good To Go, qui perçoit une commission d’environ 25% sur chaque repas vendu, n’est pas encore rentable.

Pas encore rentable

Malgré tout, Too Good To Go, qui perçoit une commission d’environ 25% sur chaque repas vendu, n’est pas encore rentable. "Notre modèle fonctionne", souligne-t-elle. "Car dans certains pays, nous sommes déjà bénéficiaires. Mais nous avons choisi de tout réinvestir dans l’élargissement du concept et dans de nouveaux marchés. Chaque fois que nous nous rapprochons du seuil de rentabilité, nous plantons notre drapeau ailleurs. Cela signifie que nous resterons déficitaires jusqu’à ce que nos ambitions de croissance se calment quelque peu."

Pour assurer sa croissance, Too Good To Go compte sur ses investisseurs. Début janvier, l’entreprise a lancé un tour de table destiné à lever 30 millions de dollars pour financer son expansion aux États-Unis. "D’ici la fin de l’année, nous ambitionnons de sauver 2 millions de repas aux États-Unis. Jusqu’à présent, notre croissance annuelle représente 900.000 repas. Dans cinq ans, nous devrions être présents dans toutes les grandes villes américaines."

Too Good To Go

  • Appli pour lutter contre le gaspillage alimentaire: les supermarchés et exploitants du secteur de l’horeca proposent des repas invendus que les consommateurs peuvent acheter à prix réduit.
  • Fondée en 2016 au Danemark. Aujourd’hui, l’entreprise est présente dans 14 pays européens et aux États-Unis.
  • Emploie 800 personnes.
  • 32 millions d’utilisateurs ayant déjà "sauvé" 60,8 millions de repas proposés par 50.000 commerçants.

En Belgique, Happy Hours Market étend sa toile

Si la Belgique est dans le top des pays les plus gaspilleurs, le pays recèle de technologies "anti-gaspi".
À côté de "Too Good To Go", on retrouve aussi  "Happy Hours Market" créée en 2018 par deux jeunes diplômés de Solvay. Le principe: récolter les invendus de fin de journée des commerçants pour les revendre à moitié prix sur une plateforme ou les distribuer à des associations.

Désormais actifs sur Etterbeek, Saint Gilles, Forest et Ixelles, les deux compères envisagent de s'étendre en mars sur Bruxelles Ville et Jette. Un premier franchisé devrait également voir le jour à Namur.
Côté fournisseurs, ils récoltent désormais la marchandise bruxelloise dans 3 Carrefour, 4 Delhaize, mais également auprès du grossiste Foodex, du Pain Quotidien et Farm.

"Proxideal" surfe sur la même vague. Ce "marché solidaire" propose sur Bruxelles les invendus de restaurants de qualité, commerçants et producteurs indépendants à un prix "juste" pour le vendeur, l'acheteur et le livreur. Une fois le choix effectué, un deux roues vous livre dans les 30 minutes.

D'autres applications sont également disponibles comme "TooMuch" de l’acteur belge Charlie Dupont ou "Olio" qui permettent d'offrir par le biais de la géolocalisation les restes du typique plat de lasagne fait pour 10 alors qu'on n'est que 2.  

Dominique Liesse                  

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