Noix et chocolat saluent le retour de la famille Bunge à Anvers

Julian Bunge en train d'inspecter des noyers macadamia dans une des plantations artisanales partenaires en Afrique du Sud. ©COURTNEY KAYLA-JAE CLEGG

Un descendant des Bunge revient dans la métropole pour lancer une nouvelle affaire, la Maison Macolat. En mariant noix de macadamia et chocolat, il fait rimer Belgique et Afrique.

Un double retour aux sources. C'est ce que fait Julian Bunge en revenant créer une affaire à Anvers, en Belgique. Il y a un siècle et demi, en 1859, la métropole avait accueilli le siège principal de Bunge & Born, l'entreprise de négoce en matières premières fondée 40 ans plus tôt par son ancêtre Johan Bunge à Amsterdam. Cette société a continué à croître et à s'étendre partout dans le monde, au point de perdre peu à peu son identité belge. Dans le sillage de son expansion, son siège social a successivement déménagé en Argentine, au Brésil, puis à White Plains, aux États-Unis, où ses actions ont été introduites en Bourse de New York au début du XXIe siècle. Aujourd'hui, le groupe Bunge pèse 52 milliards de dollars de chiffre d'affaires, emploie 25.000 personnes, fait vivre 70.000 agriculteurs et figure dans le peloton de tête mondial des fournisseurs de céréales. À Anvers, il reste une trace de son passage avec l'institut Born-Bunge, un centre de recherche lié à l'Université d'Anvers. Julian, lui, représente la sixième génération d'une branche de la famille qui a quitté l'Europe pour l'Afrique du Sud en 1883: celle-ci a construit dès son arrivée là-bas une exploitation agricole modèle, qu'elle a baptisée Friedewald Farm.

1859
C'est en 1859 que la famille Bunge a installé le siège du groupe de négoce à Anvers; aujourd'hui, il est basé à White Plains, aux États-Unis.

C'est là que Julian Bunge a grandi, dans la province du Kwazulu-Natal, le long de la côte bordant l'océan Indien. Et c'est dans cette ferme qu'il a fait connaissance avec la macadamia. Cultivée par les paysans sud-africains autour de la Friedewald Farm, cette noix très énergétique car très riche en lipides a été découverte au XIXe siècle par un botaniste anglais travaillant en Australie. L'homme s'appelait John Macadam et contrairement à son homonyme, il n'a pas donné son nom à un revêtement de route mais à cette noix restée rare aujourd'hui: elle représente à peine 1% de la production mondiale de noix. Mais elle a un goût très doux et une saveur crémeuse, et le microclimat du Kwazulu-Natal convient parfaitement à sa culture.

Du mot-valise à la marque de luxe

Tombé amoureux de cette noix, Julian Bunge s'est mis en tête de la faire découvrir à un large public en Europe et au-delà. Il s'est rappelé ses racines belges et c'est tout naturellement que lui est venue l'idée d'associer un des produits phares de notre pays, le chocolat, à la macadamia. Il a pris langue avec un artisan belge réputé, Patrick Aubrion, qui a gagné le titre mondial de Maître chocolatier en 2011 et qui propose ses créations dans sa boutique, Antoine Sweets, à Louvain. En accord avec Julian, Patrick a créé les différentes recettes du "Macolat", mot-valise inventé à partir de "macadamia" et "chocolat" que Julian a repris pour lancer sa marque sous le nom de "Maison Macolat".

"Le fait d'importer les meilleurs ingrédients d'Afrique en Europe fait aussi partie de notre héritage familial."
Julian Bunge
Fondateur et CEO de Friedland Confectionary

Il l'a fait au départ d'Anvers, où il a installé son entreprise, Friedewald Confectionary. L'adresse de son premier bureau (il a déménagé depuis place des Augustines) renseignait le numéro 7, Graanmarkt. "C'est là que le groupe Bunge avait logé son siège social au XIXe siècle. C'était un peu spécial, car nous ne l'avions pas prévu", explique Julian Bunge.

Le CEO de la jeune société est en revanche bien conscient qu'en revenant à Anvers, il renoue avec le prestigieux passé industriel de ses aïeux. Il y voit même un deuxième lien avec leur passé: "Le fait d'importer les meilleurs ingrédients d'Afrique en Europe fait aussi partie de notre héritage familial", dit-il, "et nous nous assurons d'avoir un impact positif en Afrique à travers notre 'Macadémie' locale." Allusion au rôle de ses aïeux dans l'import-export de matières premières d'Afrique vers l'Europe, et à l'académie que sa famille et lui ont mise en place auprès de leur ferme en Afrique du Sud pour former et soutenir les paysans locaux impliqués dans la production des noix.

À Anvers, il a donc ouvert la Maison Macolat, une marque de luxe combinant les vertus du chocolat belge avec celles de la noix de macadamia. Après avoir défini une gamme de saveurs alliant la noix au chocolat noir, au chocolat au lait, au chocolat ruby ainsi qu'à quelques autres ingrédients, Patrick Aubrion et Julian Bunge ont choisi un sous-traitant en Belgique pour la fabrication des chocolats. Les noix sont fournies par les planteurs partenaires en Afrique du Sud, après transformation (séchage, extraction, triage et sélection) effectuée sur place dans des installations certifiées BRC (British Retail Consortium), une norme garantissant la sécurité et la qualité des produits agroalimentaires.

"Patrick Aubrion et moi avons passé beaucoup de temps avec notre sous-traitant dans son usine pour nous assurer que nous pouvions y recréer continuellement nos créations, tout en conservant tous les éléments du goût de luxe."
Julian Bunge

"Patrick et moi avons passé beaucoup de temps avec notre sous-traitant dans son usine pour nous assurer que nous pouvions y recréer continuellement nos créations, tout en conservant tous les éléments du goût de luxe", souligne Julian Bunge. L'identité du sous-traitant est quant à elle gardée secrète.

Des chocolats par abonnement

En parallèle, Julian Bunge a rallié un aréopage d'investisseurs pour lever 1,5 million d'euros de capital. Fort de ce soutien, il a monté une équipe de vente et déployé une plateforme de commerce en ligne. Ses produits sont désormais distribués par les deux canaux: un réseau de revendeurs, dont des magasins de bouche réputés en Belgique et dans les pays voisins, comme Van Tricht à Anvers ou La Grande Épicerie à Paris, et la vente en ligne. Pour stimuler ses ventes, il a aussi mis au point une formule d'abonnements mensuels sur mesure, qui permettra notamment d'alimenter ses clients à un rythme régulier en innovations. "Nous voulons leur offrir tout le temps la possibilité de découvrir de nouvelles choses." La formule sera étrennée dans le courant de l'an prochain.

"En Asie, les gens adorent la noix de macadamia. Notre hypothèse est qu'ils vont aimer tout autant notre Macolat. Nous planifions un lancement en Corée du Sud au début de l'an prochain."
Julian Bunge

Ses projets pour développer la commercialisation? "Nous aimerions faire progresser notre distribution hors-ligne en Europe, et nous allons commencer à regarder aussi les marchés asiatiques", répond le CEO. "En Asie, les gens adorent la noix de macadamia. Notre hypothèse est qu'ils vont aimer tout autant notre Macolat. Nous planifions un lancement en Corée du Sud au début de l'an prochain."

Aujourd'hui, Julian Bunge a élu domicile à Anvers, une ville qu'il qualifie de "charmante", d'où il dirige sa petite entreprise aux grandes ambitions. "J'essaie de retourner en Afrique du Sud une ou deux fois par an, pour le soleil et la viande rouge", confesse-t-il. Et pour ceux qui se poseraient la question, la réponse est non, il n'est pas actionnaire de Bunge, le groupe ex-familial coté à Wall Street.

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