interview

"Nos bonbons sont vintage, on a bien fait de ne pas les changer"

  • Hans Van den Driessche
  • Patron des bonbons Joris
©Dieter Telemans

Cela fait vingt ans que Hans Van den Driessche (61 ans) dirige la confiserie bruxelloise Joris. Joris, du prénom de son grand-père qui a créé la maison en 1938. Une PME familiale pur jus qui, avec ses 20 employés, s’est fait une place dans les rayons des distributeurs belges, avec ses gommes, oursons et autres souris.

Vingt personnes font tourner l’entreprise à Berchem-Sainte-Agathe, alors qu’ils sont 400 chez le français Lutti et des milliers chez l’allemand Haribo. "Cela fonctionne très bien comme cela. Nous avons une clientèle très fidèle qui aime et cherche nos produits, notre qualité."

Mais vous êtes plus cher que le grand concurrent.

Oui. Comme il y a différentes qualités, il y a différents prix. C’est vrai pour les bonbons, les voitures ou n’importe quel autre produit.

Est-il possible d’exister sans grandir?

Grandir, ce n’est pas un but en soi. Oui, il est tout à fait possible de ne pas grandir. Pourquoi le ferait-on? On vend bien, vingt personnes vivent de nos ventes. Pourquoi cela ne suffirait-il pas? D’abord la qualité, après la quantité.

cV

Né en 1957 à Anderlecht.

En 1977, diplômé en confiserie (Solingen, Allemagne).

En 1998, il reprend la direction de l’entreprise, à la suite de son père, qui lui-même avait succédé à son paternel, Joris, fondateur de la firme (d’où le nom de la maison).

La relève s’appelle Diederik (33 ans) et Wouter (27 ans), ses deux fils actifs dans l’entreprise.

Vos produits ne sont-ils pas datés? N’est-il pas temps de moderniser?

Tout le monde aujourd’hui cherche des produits vintage. Or, notre bonbon est un produit vintage. Les bonbons Joris, ce sont les mêmes produits, les mêmes goûts, le même emballage qu’il y a 50 ans. Le consommateur adore ça, et de plus en plus. Donc, on a bien fait de ne pas changer dans le passé et on ne va pas changer dans le futur.

Vous êtes très dépendant des distributeurs. Si l’un d’eux se passe de vos produits, vous êtes mal.

Ce ne serait pas une bonne idée pour les supermarchés de se passer de nous car ils gagnent de l’argent avec nos bonbons. Mais si notre client ne nous trouve pas chez A, il ira nous chercher ailleurs, chez B ou C. On est peut-être une petite entreprise, mais le client nous demande. C’est la force d’une marque.

Le sucre est de plus en plus décrié, pointé comme un ennemi à éviter. Cela ne fait pas vos affaires.

Nous n’arrêtons pas de nous adapter. Par exemple, nous travaillons avec la gamme de produits à base de gomme arabique, qui est une fibre soluble donnant peu de calorie, contrairement aux amidons modifiés utilisés par la plupart de nos concurrents. Nous avons aussi toute une gamme sans sucre. Ceci dit, cela reste une confiserie, nous ne faisons pas des légumes. Les confiseries n’ont jamais caché qu’elles travaillaient le sucre. Aujourd’hui, le sucre qui pose problème c’est surtout le sucre caché, dans les sodas ou les plats préparés. Nous, c’est différent. Nous sommes un "guilty pleasure".

Plusieurs confiseries belges ont fait faillite ces dernières années. Vous êtes rentable, entre 300.000 et 400.000 euros de bénéfice net par an en moyenne. Mais ne risquez-vous rien?

Nous avons la chance de disposer d’une très belle marque, bien connue en Belgique et associée à la qualité. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Il y a aussi des confiseries qui sont dirigées par des managers, ils savent vendre mais ils ne sont pas confiseurs. Ils ont probablement plus de difficultés à adapter leurs produits.

Alors que vous, vous êtes confiseur de formation. Ceci dit, vos fils, qui vont reprendre l’entreprise, sont l’un juriste, l’autre économiste. Pas confiseurs…

C’est vrai et c’est à moi de leur apprendre tous les secrets du métier.

Quel est selon vous le plus grand risque pour l’entreprise?

On connaît le métier et le marché, on est capable de s’adapter, je ne vois pas de grand risque de ce côté-là. Donc, je dirais la santé. J’ai eu un accroc l’an dernier et, croyez-moi, je mesure toute l’importance de bien préparer mes fils pour la suite, pour la continuité de l’activité. À mon âge, c’est le plus important.

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