reportage

"Nous vendons près de 20.000 bouteilles par mois"

©Rob

Vingt-deux ans après sa création, la cave à vin du magasin Rob a été totalement réaménagée. Ambiance cosy, choix étendu et pour toutes les bourses: les cavistes de Rob misent sur une offre de qualité et sur les conseils avisés.

La double muraille de bouteilles de vin rangées comme dans une bibliothèque en impose. Mais les boiseries claires et l’ambiance cosy adoucissent l’atmosphère. C’est bien connu, on achète d’abord avec les yeux. Si l’on s’en tient à cet aphorisme, la cave à vin rénovée du magasin Rob a tout pour provoquer une poussée de fièvre acheteuse.

Créée il y a 71 ans par Charles-Marie Yerna, dit Robert — d’où son nom –, la vénérable enseigne bruxelloise dispose, au sous-sol de son magasin de Woluwe-Saint-Pierre, d’une véritable caverne d’Ali Baba pour les amateurs de nectars en tous genres.

Inaugurée en 1995, elle vient d’être réaménagée de fond en comble. "La cave devenait un peu désuète. Il y a trois ans, nous avons donc décidé de procéder à une rénovation qui vient d’être achevée au terme de quatre mois de travaux intenses", affirme son responsable, Jérémie Claes.

"Pour nous, il est inutile de s’adresser aux gros producteurs: nous ne pourrions jamais concurrencer la grande distribution."
Jérémie Claes
responsable de la cave à vin de Rob

Celui-ci se dit très satisfait du travail accompli. "Nous ne voulions pas d’une cave ressemblant à un musée, avec des boiseries foncées comme dans certaines caves françaises par exemple. Il fallait quelque chose d’à la fois élégant, pratique et convivial."

Rien ne prédestinait ce quadragénaire à une carrière de caviste en chef. Homme de théâtre de formation, il s’est trouvé à un certain moment devant la nécessité de chercher un travail plus régulier pour assurer la subsistance de sa famille. "C’était il y a 13 ans. Un de mes amis responsable de l’épicerie m’a fait savoir que Rob cherchait un caviste. J’ai postulé et j’ai été engagé. Deux jours plus tard, je me retrouvais seul dans la cave."

Petit hic: les connaissances œnologiques de Jérémie Claes étaient pour le moins limitées. "Un client est venu me demander un avis sur un moulin-à-vent, un des grands crus du beaujolais. Je ne connaissais absolument pas, ce qui était plutôt gênant quand on doit gérer une cave comptant déjà à l’époque 1.500 références en vin, raconte-t-il. Je me suis alors dit qu’il fallait que je suive une formation en œnologie, ce que j’ai fait."

Découvrez la plus grande cave à vin du pays

Artistique et terre à terre

Le métier est vite rentré. Aujourd’hui, Jérémie Claes est intarissable sur les vertus des différents breuvages qu’il propose. Depuis cinq ans, il tient les rênes de la cave chez Rob. Et ne regrette rien. "Le métier de caviste a un côté à la fois artistique et terre à terre. Cela me convient parfaitement."

Le chef caviste ne cache pas sa fierté. "Je n’ai pas peur de dire que nous avons à présent la plus belle cave de Belgique", lance-t-il.

Le résultat est en effet assez convaincant. Sur 450 mètres carrés de surface commerciale, le chaland se voit proposer quelque 2.200 références en vin et un peu plus de 800 en alcools.

Tout a été pensé, jusqu’à l’éclairage, désormais assuré par des lampes LED. Outre l’économie d’énergie, elles offrent aussi le double avantage de ne diffuser ni chaleur ni infrarouges. Elles n’abîment donc pas les vins. Pas négligeable quand on sait que la maison vend quelques joyaux, dont un romanée-conti à plus de… 14.000 euros.

Mais la maison Rob ne se cantonne pas aux grands crus impayables pour le citoyen lambda. L’offre, très diversifiée, est ouverte à toutes les bourses. "Nous proposons aussi des vins tournant autour de 5 euros", assure Jérémie Claes. Qui dit pouvoir s’appuyer sur une évolution globalement positive dans la qualité des vignobles.

Le résultat est en tout cas probant. Avec ses 34 millions d’euros de chiffre d’affaires, Rob est une affaire qui marche. Et la cave est à l’avenant. "Nous vendons entre 15.000 et 20.000 bouteilles par mois, et ce chiffre monte même à 30.000 bouteilles pendant la période des fêtes", assure Jérémie Claes. De quoi assurer à la cave des revenus tournant autour de 4,5 millions d’euros par an.

Sur les 200 salariés que compte le magasin, cinq s’occupent de la cave à vin et du rayon vin et alcools installé au rez-de-chaussée pour approvisionner les clients qui n’ont pas le temps de faire le tour de la cave.

Une clientèle plus diversifiée

Ouvert en 1972 — après deux autres magasins à Bruxelles et Uccle, fermés dans les années 90 –, le Rob de Woluwe a toujours privilégié l’épicerie fine et les produits frais, ciblant une clientèle chic et ne connaissant guère les fins de mois difficiles. La famille royale fait du reste partie des habitués.

Mais à entendre Jérémie Claes, les choses évoluent. "La clientèle de Rob rajeunit. Il y a aujourd’hui beaucoup de quadragénaires. Ce sont essentiellement des passionnés de gastronomie de classes sociales très diverses."

Qui plus est, l’enseigne bruxelloise élargit ses horizons. "Notre renommée s’étend jusqu’à Namur, et la clientèle flamande représente environ 20 % du total."

Pour satisfaire les amateurs de vin et de digestifs, les cavistes de Rob veillent à allier une offre diversifiée et de qualité. "Notre offre de vins est essentiellement française. Nous vendons 1.800 références différentes, dont 200 champagnes. Les vins italiens suivent avec une centaine de références, et nous vendons environ 70 vins espagnols. Sans oublier belges."

Côté alcool, le chaland aura autant de peine à faire son choix parmi une offre de près de 300 whiskies venus du monde entier – dont un indonésien. Sans compter des dizaines de gins et de rhums.

Rob privilégie les petits producteurs, à la fois pour s’assurer un contact direct avec le fournisseur et pour contourner l’obstacle de la grande distribution. "Pour nous, il est inutile de s’adresser aux gros producteurs: nous ne pourrions jamais concurrencer la grande distribution", précise Jérémie Claes.

Le caviste propose d’ailleurs très peu de vins du nouveau monde. La demande reste modeste, et il entend privilégier les petits producteurs, plutôt rares dans ces pays.

L’avenir immédiat, c’est la mise en ligne de tout le magasin Rob, cave comprise. Ce sera en principe pour octobre.

D’ici trois ans, l’enseigne bruxelloise ouvrira un deuxième magasin à Uccle. Quasi en face d’un ancien… Rob, occupé aujourd’hui par la Grande Épicerie, une enseigne concurrente. Mais la cave de référence restera à Woluwe. A Uccle, les clients devront se "contenter" d’un rayon vins et alcools élargi.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect