Nouvel ancrage belge pour le chocolatier Galler

"Je suis allé seul sur un bateau de 20m jusqu’au Cap Horn. Je mènerai Galler jusqu’à un nouveau cap", assure Salvatore Iannello. ©Frédéric Pauwels / HUMA

L’actionnaire qatari lâche près de 25% du capital à des investisseurs privés et institutionnels liégeois, dont Noshaq. De quoi lancer une nouvelle stratégie.

Lorsqu’il abandonne les commandes de la chocolaterie Galler en 2011, Salvatore Iannello laisse une entreprise plutôt florissante, qui s’ouvrait sur l’international – la France tout particulièrement – et qui pouvait compter sur un important réseau de boutiques. Mais quand l’actionnaire unique, membre de la famille royale qatari, le rappelle 7 ans plus tard, la situation n’est plus aussi prometteuse. La productivité est en nette baisse et la chocolaterie affiche des résultats négatifs de près de 2 millions d’euros.

Salavatore Ianello avait développé Galler International de 2000 à 2006, introduisant la marque au Japon notamment. Il noue aussi un partenariat avec le fonds qatari. En 2006, quand le chocolatier doit faire face à une importante restructuration, Ianello intègre sa structure dans la nouvelle entité avec le soutien financier des Qataris. En 2011, il revend ses parts et prend la mer pour quatre ans. Fort de son expérience par mont et par vaux, sur mer et sur terre, de ses réflexions et de ses lectures sur l’entreprise (qu’il rassemblera dans un essai), Ianello devient coach pour de jeunes entrepreneurs au sein de Venture Lab, une pépinière de start-ups.

Trois conditions

Quand son ancien partenaire qatari le rappelle en 2018, il pose ses conditions : une injection directe de 10 millions d’euros, l’ouverture du capital à de nouveaux partenaires pour redonner au chocolatier des racines belges et la maîtrise totale de la gestion pour mettre en place un nouveau projet pour l’entreprise.

Dont acte. L’argent est mis sur la table pour restructurer ce qui doit l’être. "Les problèmes ont été identifiés et l’effet de levier sur l’ebitda a été très rapide, de près de 3,5 millions d’euros", fait remarquer Iannello. Quelques décisions ont permis de restaurer la rentabilité opérationnelle et de repasser dans le vert. La France notamment perdait plus d’un million d’euros, le réseau de boutiques plus de 600.000 euros. "En France, nous avons concentré notre énergie sur Paris et sur l’équipe commerciale. Ce marché contribue aujourd’hui positivement au résultat", note Iannello.

En interne, la confiance  des employés, qui commençait à battre de l’aile, a été restaurée par une prime globale de 250.000 euros, prélevée sur les bénéfices du dernier exercice revenu dans le vert. "Mais aussi par des décisions de bon sens dans l’organisation du travail", fait remarquer Iannello.

Augmentation de capital

Voilà donc pour la première condition. Pour la deuxième, trois groupes d’investisseurs apportent 7 millions d’euros lors d’une augmentation de capital. Il s’agit d’entrepreneurs liégeois qui accompagnent Salvatore Iannello et le management de l’entreprise pour un apport global de 1,35 million. Parmi ceux-ci, on trouve l’ancien éditeur Luc Pire, le multi-investisseur Renaud Jamar et Didier Leclercq, entrepreneur dans l’e-santé notamment. À ce groupe de privés se joignent des institutionnels comme Noshaq (3 millions) et le fonds paritaire patrons-syndicats Invest for Jobs (1 million). L’actionnaire qatari suit à hauteur de 1,5 million d’euros.

7
millions d'euros
Trois groupes d’investisseurs apportent 7 millions d’euros à Galler lors d’une augmentation de capital.

Au terme de la nouvelle convention d’actionnaires qui vient d’être signée, ce nouveau pôle liégeois représentera près de 25% du capital. "C’est une entrée substantielle qui s’accompagne d’une très grande autonomie dans le nouveau projet auquel tous les actionnaires souscrivent", marque Iannello. Le renforcement des fonds propres permettra au chocolatier de se relancer et de repositionner ses produits. Et l’ancrage belge lui donnera aussi une nouvelle légitimité pour le faire.

Du sens à l’entreprise

Parlons-en de ce nouveau projet. On l’a dit, après la vente de ses parts dans Galler en 2011, Salvatore Iannello prend le large. Au propre comme au figuré. Une ligne sur le CV : Voyageur au long cours. Un périple de plus de trois ans durant lequel le manager s’interroge sur le fonctionnement de l’entreprise, sur le sens à lui donner et sur sa finalité. Ces réflexions, couchées notamment dans un essai, seront la base de la stratégie qu’il veut imprimer à Galler.

"La croissance actuelle est certainement nécessaire, mais elle entraîne aussi des appauvrissements, des inégalités et des rapports de force."
Salvatore Iannello
CEO de Galler

L'entrepreneur s'est forgé un regard critique sur le productivisme: "La croissance actuelle peut être bénéfique. Elle est certainement nécessaire, mais elle entraîne aussi des appauvrissements, de ressources ou de population. Elle crée des inégalités et des rapports de force."

En pratique, pour Galler, le seul profit ne sera plus l’enjeu stratégique majeur, même s’il reste nécessaire à la bonne marche de l’entreprise. Iannello ajoute à ce premier P trois autres notions : People, Planet et Purpose. "Le sens, le but que l’on donne à l’entreprise déterminera l’arbitrage entre les trois autres P. C’est une manière de questionner la croissance", poursuit le manager qui tient comme credo une "approche entrepreneuriale basée sur la convergence d’intérêts pour un monde équitable et durable". "Nous ne sommes pas les seuls à le penser ou à le mettre en pratique. Mais par sa taille, Galler a la faculté de faire bouger les lignes ", affirme Iannello. Le chocolatier liégeois est en effet le deuxième ou troisième acteur belge selon les régions, derrière le géant Côte d’Or.

Holacratie

À partir de 2021, Galler va transformer sa gouvernance pour mettre en place un système de management basé sur l’holacratie, ou l’entreprise libérée.

Le chocolatier travaille aussi  étroitement avec l’université de Gembloux dans le domaine de l’agroforesterie, pour éviter des cultures trop intensives, diversifier les revenus des producteurs de fèves de cacao et valoriser le travail des femmes dans ces régions.

"Il faut donner une vie décente aux producteurs, avec des conditions commerciales équitables et sans que cela ne soit facturé au client."
Salavatore Iannello

Naturellement, le commerce équitable sera au centre de la stratégie de Galler. Après avoir mené un audit des différents labels, l’entreprise s’est inscrite dans la politique "Fairtrade" (ex-Max Havelaar). Même politique pour les produits bios. "Mais il faut d’abord donner une vie décente aux producteurs, avec des conditions commerciales équitables et sans que cela ne soit refacturé au client final, avant de les conscientiser au bio", estime Iannello. Ces pratiques sont mises en place avec les producteurs via la coopérative Yeyasso en Côte d’Ivoire notamment.

Le plan stratégique doit être mis en place à l’horizon 2024. Trois ans pour refonder l'image et la dynamique de la marque Galler, ce qui passera notamment par un nouveau logo et un nouvel habillage. "L’essentiel des moyens apportés par l’augmentation de capital sera consacré à la communication autour de cette stratégie. Notre capacité de production doit nous permettre d’augmenter nos volumes de près de 50% sans grands investissements", affirme Iannello. "Je suis allé seul sur un bateau de 20m jusqu’au Cap Horn. Je mènerai l’entreprise jusqu’à ce nouveau cap."

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés