"Pas touche aux accises" clament les brasseurs

La sensibilité de l’emploi dans le secteur brassicole européen au taux d’accises est élevée. (Photo:Brasserie St-Feuillien)

Une augmentation des accises dans l’Union européenne sur la bière coûterait cher en emplois et s’avérerait, in fine, improductive pour les finances publiques.

Austérité budgétaire oblige, les brasseurs européens s’inquiètent des intentions de divers gouvernements de l’Union en matière fiscale. La raison pour laquelle ils ont demandé au bureau de consultants PricewaterhouseCoopers de calculer l’impact d’une hausse des accises sur la bière non seulement sur l’emploi et la profitabilité du secteur, mais aussi sur les rentrées fiscales globales des Etats.

Les conclusions de cette étude commanditée par The Brewers of Europe, l’organisation de lobbying européen représentant quelque 4.000 brasseurs à travers le vieux continent, montrent que les effets d’une telle mesure seraient négatifs aussi bien pour le secteur que pour l’économie tout entière. Des conclusions à prendre avec des pincettes, puisque l’étude est basée sur quelques scénarios de hausse des accises qui ne reprennent pas toutes les possibilités de hausse, mais qui ont le mérite de préciser les enjeux.


DEUX MILLIONS D'EMPLOIS

Les producteurs de boissons alcoolisées totalisaient 242,5 milliards d’euros de ventes en Europe en 2007, dont 46 %, soit 111,5 milliards, pour le seul secteur brassicole. Ce dernier contribue pour le montant le plus élevé aux rentrées fiscales dans les Etats membres et représente la part du lion en termes d’emplois, selon PwC. The Brewers of Europe ajoute que des différentes boissons alcoolisées, c’est la bière qui est la plus onéreuse à produire, de sorte que toute modification de taxation unitaire de ces boissons désavantagerait davantage la bière, de faible contenance en alcool.

PwC a retenu un scénario de hausse de 20 % des accises sur la bière au niveau national à travers l’UE. Dans ce cas de figure, il estime que le secteur perdrait quelque 72.000 emplois sur un total de 2,13 millions (131.000 emplois directs et 2 millions d’emplois indirects). Les ventes de bière reculeraient de 3,32 % à l’échelle du continent, soit de 12 millions d’hectolitres, tandis que la profitabilité des brasseurs chuterait de 11,75 %. Dans le même temps, le gain en rentrées fiscales supplémentaires pour les Etats serait faible: +0,85 % seulement.

Pire, il se transformerait carrément en pertes fiscales dès lors qu’on intégrerait dans le calcul les charges additionnelles de sécurité sociale (chômage supplémentaire): -1,36% ou -116 millions d’euros dès la 1ère année pour 7 pays constituant un échantillon analysé en détail (Allemagne, Tchéquie, France, Finlande, Pologne, Royaume-Uni, Espagne).


INEFFICACITÉ

De manière générale, précise l’étude, les hausses des revenus d’accises pour les Etats seraient plus que compensées par les diminutions des rentrées en provenance de l’impôt sur les sociétés et de l’impôt sur les personnes physiques et, dans certains cas, des rentrées TVA, sans oublier l’effet négatif déjà cité sur les charges additionnelles de sécurité sociale.

"Une augmentation des taux minimum courant des accises dans l’UE n’aura pas d’impact bénéfique sur le marché intérieur européen ni sur les trésoreries nationales concernées, souligne Pierre-Olivier Bergeron, secrétaire général de The Brewers of Europe, cité dans le résumé de l’étude. Une telle mesure serait clairement inefficace pour améliorer les finances publiques et préjudiciable pour les brasseurs."

Une mesure unitaire qui porterait le taux d’accises sur la bière au même niveau que celui sur les spiritueux en Europe aurait, selon PwC, un impact encore plus lourd que l’augmentation de 20 % sur les seuls jus de houblon: elle coûterait 420.000 emplois directs et indirects et réduirait la consommation de bière de 20 % ou 74 millions d’hectolitres.

Bref, on comprend que les brasseurs préfèrent anticiper sur ce front. Mieux vaut prévenir que guérir…

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