Permafungi se réorganise à la recherche d'un nouveau souffle

©Kristof Vadino

Le producteur de champignons, chantre de l’économie circulaire et de l’insertion sociale, doit revoir son fonctionnement pour échapper à la disparition.

Installé dans les caves de Tour et Taxis à Bruxelles depuis 2014, Permafungi a réussi à faire d’une "quasi" utopie un modèle économique: produire des pleurotes à partir de déchets, du marc de café en l’occurrence. Chaque mois, la coopérative produit une tonne de pleurotes en recyclant 5 tonnes de marc de café collectées en vélo dans la plupart des établissements horeca de la capitale.

À finalité sociale, la structure vise non seulement la mise en place d’une économie circulaire – en recyclant certains déchets spécifiques pour produire les champignons, et en revalorisant le substrat épuisé dans d’autres fonctions – mais surtout l’insertion de personnel peu qualifié dans des fonctions à valeur ajoutée et chargées d’expériences.

Quelques chevilles ouvrières ont choisi d’autres horizons et les coopérateurs se sont faits moins actifs pour confier la gestion opérationnelle à un manager extérieur.

Porté à bout de bras par les coopérateurs-fondateurs et une équipe de permanents, Permafungi a subi des changements importants en début d’année. Quelques chevilles ouvrières ont choisi d’autres horizons et les coopérateurs se sont faits moins actifs pour confier la gestion opérationnelle à un manager extérieur.

Mais la sauce n’a pas réellement pris, sans que les compétences du responsable ne soient d’ailleurs mises directement en cause. Plusieurs facteurs qui ont joué, analyse Julien Jacquet, l’un des coopérateurs fondateurs. Permafungi tient à collecter le marc de café en vélo. "Cela fait partie de notre ADN, même si cela coûte cher en personnel." Par ailleurs, la diversification dans la culture de chicon en pleine terre sur le substrat laissé par les champignons s’est avérée peu rentable. "Enfin, la société était sans doute trop fragile pour absorber un tel changement de management à ce moment de son histoire. Et la gouvernance mise en place à l’origine ne se prêtait sans doute plus à cette structure."

Jusqu’ici la coopérative s’est beaucoup appuyée sur ses fondateurs, autant que sur son équipe permanente. "Mais dès le moment, où les administrateurs étaient moins directement actifs, le fonctionnement collégial de la coopérative devenait plus lourd", poursuit Jacquet.

50.000 €
Faute de mesures à court terme, Permafungi risquait une perte de 50.000 euros cette année.

Résultat de cette inertie ces derniers mois, la petite entreprise sociale a accumulé les pertes. À tel point que les prévisions pour l’année en cours faisaient état d’un malus de près de 50.000 euros. Compte tenu de ses fonds propres et de sa capacité de résistance, la structure était clairement en péril. "Il fallait non seulement renflouer mais aussi repenser le business model pour le rendre pérenne", poursuit Jacquet.

D’autant que les récentes modifications dans la réglementation bruxelloise augurent de la perte du subside accordée à l’entreprise d’insertion sociale. "Nous ne pouvons plus remplir les critères demandés quant au type et à la rotation des travailleurs que nous engageons. Notre volonté est d’engager des gens peu qualifiés pour les faire grandir avec nous, là où la réglementation nous impose des contrats beaucoup plus courts", fait remarquer Jacquet. Malgré ce changement de paradigme, Permafungi compte bien conserver son statut d’entreprise à finalité sociale.

Sur le long terme, Permafungi a lancé une campagne de crowdfunding pour se refinancer et financer de nouveaux développements.

Pour remédier à son déficit, Permafungi a pris une série de mesures à court terme. Julien Jacquet reprendra le management à titre intérimaire et le mécanisme de gouvernance sera allégé au terme de la sortie des autres coopérateurs. Des accords ont également été conclus avec des clients et des fournisseurs pour donner un peu d’air à la société.

Sur le long terme, Permafungi a lancé une campagne de crowdfunding pour se refinancer et financer de nouveaux développements. L’objectif est de lever 50.000 euros, avec le soutien de Exki, fournisseur de marc de café de la première heure, et Extensa, le propriétaire de Tour et Taxis, qui doublent chaque contribution du public.

"Cette alerte financière et la perte de subside nous poussent à aller plus loin dans notre modèle. On est aujourd’hui moins fleur bleue, mais plus réaliste et plus pragmatique", assure Julien Jacquet qui n’a rien perdu de sa conviction dans l’économie sociale et circulaire.

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