Pernod Ricard veut être indemnisé par l'Amaretto Disaronno

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Pernod Ricard réclame des indemnités à la société italienne Illva Saronno, le producteur de l’Amaretto Disaronno. Pernod dénonce une rupture abusive de contrat de concession.

Bagarre au bar. On ne pourrait pas mieux résumer le conflit qui s’est joué jeudi matin devant le tribunal de l’entreprise francophone de Bruxelles. Pernod Ricard Belgium, célèbre pour son pastis, a intenté une action en justice contre son ancien partenaire, la société italienne Illva Saronno, elle-même connue pour être le producteur de l’Amaretto Disaronno.

Pernod Ricard, défendu par France Wilmet (Janson), reproche à son ancien partenaire d’avoir résilié abusivement le contrat de concession indéterminé et exclusif qui les liait. À tout le moins, Pernod Ricard estime que le préavis proposé n’était pas raisonnable. Entre l’annonce de la rupture faite par la société italienne et la rupture effective, trois mois et demi se sont écoulés. Sachant que les parties étaient en relation d’affaire depuis 1998.

Ardoise de 2,6 millions

"Il s’agit en réalité d’une résiliation pour renégocier les conditions du contrat. On ne peut pas déduire de la lettre de rupture qu’Illva Saronno était mécontent de Pernod Ricard", a plaidé France Wilmet. En plus d’une facture impayée, Pernod Ricard réclame des dédommagements pour rupture de convention et perte de clientèle. Au total, l’ardoise s’élève à plus de 2,6 millions d’euros.

"Il s’agit d’une résiliation pour renégocier les termes du contrat."
France Wilmet
Avocate de Pernod Ricard

De l’autre côté de la barre, Illva Saronno, défendu par Gisèle Rosselle, Olivier Clevenbergh et Gaetano Jannone (Strelia) prétend avoir dû rompre le contrat de concession à cause de fautes commises par Pernod Ricard. Parmi celles invoquées à la barre, il a été fait état de ventes non conformes aux objectifs à atteindre, ce que l’avocate de la partie adverse s’est employée à démonter, chiffres à l’appui.

C’est cette prétention de faute qui a poussé Pernod Ricard à formuler une demande reconventionnelle lui permettant de réclamer un peu plus de deux millions d’euros d’indemnités. "Il est faux de prétendre que Pernod Ricard aurait commis une quelconque faute en termes d’objectif de vente", a plaidé France Wilmet. Pour cette dernière, la demande reconventionnelle d’Illva Saronno ne vise qu’à créer un écran de fumée par rapport à la demande de Pernod Ricard.

D’après l’avocate de Pernod Ricard, pour étayer sa demande, Illva Saronno n’apporte aucune pièce comptable. "Ils demandent un préjudice énorme pour une prétendue perte de marge sans prouver ni la faute ni le dommage", a-t-elle encore plaidé. Pour justifier sa demande, Pernod Ricard a précisé que la part d’Illva Saronno dans le chiffre d’affaires du groupe Pernod Ricard représentait 10,7% en 2016. Pour l’avocate, ce n’est pas en trois mois et demi (durée du préavis) que Pernod Ricard pourrait arriver à combler ce trou. D’où la nécessité de réclamer des indemnités.

Au moment de présenter des chiffres plus détaillés sur les marges réalisées, l’avocate de Pernod Ricard a avancé des pièces qui ne figuraient pas dans le dossier.

Au moment de présenter des chiffres plus détaillés sur les marges réalisées, l’avocate de Pernod Ricard a avancé des pièces qui ne figuraient pas dans le dossier. Gaetano Jannone, qui plaidait pour Illva Saronno, a demandé à pouvoir conclure sur ces nouvelles pièces, poussant les juges à renvoyer l’affaire au rôle.

Les parties avaient auparavant débattu sur la compétence du tribunal de l’entreprise, mise en balance avec la procédure d’arbitrage. Le tribunal rendra une décision sur cette seule question de la compétence, avant de fixer une nouvelle date pour la reprise des plaidoiries. C’est à ce moment que l’on entendra les arguments d’Illva Saronno.

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