portrait

Peter Harf, le visage de la consolidation de l'industrie du café

À 74 ans, l’homme d’affaires prépare l’entrée en bourse, au courant de cette semaine, de la division café de JAB Holding. Qu’il préside pour le compte de la richissime – et très discrète – famille Reimann.

Avec l'espoir de lever 2 milliards d'euros, c'est la plus importante IPO européenne de l'année qui pointe le bout de son nez cette semaine. Crise du coronavirus ou non, JAB Holding a en effet décidé d'avancer dans son plan de mise en Bourse d'Amsterdam de son activité café et thé ("JDE Peet's"). Un projet qui avait été retardé de deux mois en raison de la chute des marchés financiers.

De quoi lui permettre, avec l'émission d'actions nouvelles pour quelque 700 millions d'euros, de réduire son endettement, mais aussi, de marquer le point d'orgue d'une stratégie de longue haleinemenée patiemment dans le secteur par son président, Peter Harf, pour le compte de la richissime – et très discrète – famille Reimann. Qui choisissait, il y a près d'une dizaine d'années maintenant, d’emprunter un chemin audacieux en vue de transformer un vénérable acteur allemand de l’industrie chimique en société financière mondiale, consolidatrice du marché du café.

À grands coups d'acquisitions

Le profil
  • Né en 1946 à Cologne, il est docteur en économie et titulaire d’un MBA (Harvard).
  • Après un passage par BCG, il rejoint Joh. A. Benckiser SE en 1981, dont il est nommé CEO et président 7 ans plus tard.
  • En 1993, il devient CEO de Coty, racheté par son précédent employeur.
  • En 1999, suite à la fusion entre Benckiser et Reckitt qu’il orchestre, il monte au CA, qu’il quittera en 2015.
  • En 2002, il devient administrateur d’InBev, puis président de 2006 à 2012.
  • Aujourd’hui, il préside JAB Holding et est administrateur de Coty, Prêt-à-Manger et Jacobs Douwe Egberts.

Et ce, à grands coups d’acquisitions. Comme celle, en 2016, du géant américain Keurig Green Mountain, pour 13,9 milliards de dollars, qui permit tout de go à JAB de venir jouer dans la cour de Nestlé, qui régnait jusque-là en maître avec ses capsules Nespresso et son Nescafé. Activité renforcée, en 2018, par celle de Dr Pepper Snapple, racheté pour 18,7 milliards.

Quand, avant cela, étaient aussi intervenues les acquisitions de la chaîne Caribou Coffee pour 340 millions de dollars fin 2012 et, en juillet de la même année, du distributeur et torréfacteur Peet's Coffee – concurrent de Starbucks – pour près d'un milliard de dollars. Suivies, en 2013, d'un coup de lasso sur le néerlandais Douwe Egberts pour 9,8 milliards, qui fut alors fusionné aux activités café de Mondelez pour créer Jacobs Douwe Egberts – duquel sortiront, courant 2018, les familles actionnaires d'AB InBev, après avoir contribué à l'opération.

Avec une touche d'AB InBev

Avec un résultat: JDE Peet's, aujourd'hui, fait figure de véritable géant. La division présente en effet des opérations dans 140 pays, forte d'un chiffre d'affaires annuel consolidé de 7 milliards d'euros avec des marques telles que Douwe Egberts, Jacqmotte ou encore Senseo.

7
milliards €
Après une dizaine d'années d'acquisitions, la division café de JAB Holding pèse désormais 7 milliards d'euros de chiffre d'affaires consolidé.

La clé de ce succès? Une stratégie à la 3G Capital, ce fonds d'investissement d'actionnaires brésiliens bien connu chez nous puisqu'ils se sont notamment fait remarquer dans des opérations liées à AB InBev – dont ils ont participé à la naissance. Ou plus tard, autour de Burger King aux côtés d'Alexandre Van Damme.

Rien d'étonnant, après tout, quand l'on sait que l'Allemand de 74 ans à la présidence de JAB Holding occupa les mêmes fonctions près de dix ans... du côté du géant brassicole. Tout comme le Français Olivier Goudet, actuel CEO du holding d'ailleurs, pour une plus courte durée.

Fibre familiale

Leur but était simple: que le holding se taille un nom dans le monde de la consommation. Alors même que rien ne le prédestinait à cela, lui qui est quasi exclusivement aux mains de quatre des neuf petits enfants de la figure fondatrice, aux fortunes cumulées de plus de 18,8 milliards de dollars, selon Forbes.

Le signal, peut-être, de cette évolution fut la fusion, dirigée en 1999 par Peter Harf après le rachat de Coty quelques années auparavant, de la plus que centenaire entreprise allemande de chimie, alors dénommée "Joh A Benckiser", avec le britannique Reckitt. Naquit alors le groupe Reckitt Benckiser (Dettol, Calgon, Vanish...), dont JAB vendit ses dernières participations l'an passé pour 356,5 millions d'euros, mais aussi un appétit.

Marqué notamment de quelques écarts dans la mode (Jimmy Choo, Bally, Belstaff), désormais corrigés au profit du café.

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