interview

Pierre Verdier (Deliveroo): "Nous allons continuer à investir massivement en Belgique"

Pierre Verdier, General Manager de Deliveroo Belgique, veut s'implanter dans 10 nouvelles villes belges en 2021. ©BELGA

Deliveroo veut couvrir 10 nouvelles villes belges en 2021 et est favorable à une évolution plus protectrice du statut des coursiers, à certaines conditions.

Pierre Verdier fait partie des "anciens" de Deliveroo. D’abord à Paris pour lancer l’antenne française depuis une chambre de bonne il y a 6 ans et maintenant à Bruxelles depuis deux ans en tant que General Manager. Avec une toute récente levée de fonds de 150 millions d'euros, une valorisation autour des 6 milliards et une possible IPO en préparation, la période est chargée au niveau international mais aussi local. En Belgique, Deliveroo est devenu rentable pour la première année de son histoire et veut s'implanter dans 10 nouvelles villes en 2021.

2020 a été une bonne année pour les entreprises du secteur de la livraison. C'est aussi le cas pour vous?

Ce fut une année assez spéciale. Cela faisait 5 ans que nous étions présents en Belgique et ce fut une année charnière pour nous. On a pu augmenter notre base clients de façon exponentielle. Ce qu’on avait prévu de faire en 3 ans a été fait en quelques mois. Malgré les nombreuses critiques qu’il a pu y avoir sur le modèle économique et opérationnel, on a pu prouver au niveau global et en Belgique que l’on pouvait être rentable.

"Au-delà d’être viable économiquement, on a cherché cette année à jouer un rôle engagé et de support par rapport au secteur de l’horeca."
Pierre Verdier
General Manager de Deliveroo Belgique

C’est la première année que Deliveroo est rentable?

Au niveau global et au niveau belge, c’est la première année. De l’extérieur notre business a l’air simple: on livre des repas à des clients. C’est plus complexe que ça puisqu’on a en réalité un business model qui repose sur un triptyque avec les livreurs, les restaurateurs et les consommateurs. On doit faire évoluer ces trois aspects à la même vitesse. Au-delà d’être viable économiquement, on a cherché cette année à jouer un rôle engagé et de support par rapport au secteur de l’horeca.

Combien de restaurants sont sur la plateforme belge de Deliveroo?

Nous en avons plus de 3.000. Ce qui est le même chiffre que l’an dernier car nous en avons gagné 650, mais hélas, beaucoup n’ont pas rouvert, ce qui fait que le nombre est stable malgré tous les restaurants qui nous ont rejoints cette année.

"Nous allons donc nous étendre dans 10 nouvelles villes en 2021, dont quatre très rapidement qui sont Tournai, Mons, Alost, Sint-Niklaas."

Est-ce que vous allez continuer à investir en Belgique?

On investit de plus en plus chaque année, ce qui est logique puisque nous grandissons chaque année. Nous allons continuer à investir massivement en Belgique. Il y a ici une réelle appétence pour le bien-manger et la livraison.

Nous avons ouvert Namur et Ostende en 2020 avec succès. On s’est rendu compte qu’avec des villes de plus petite taille on avait de très bons résultats. Nous allons donc nous étendre dans 10 nouvelles villes en 2021, dont quatre très rapidement qui sont Tournai, Mons, Alost, Sint-Niklaas. Nous sommes sur une croissance à deux voire trois chiffres en Belgique.

Il y a beaucoup d’interrogations sur le statut et le métier de coursier. Vous les comprenez?

Effectivement, il y a beaucoup de questionnement autour du statut des coursiers, autour du métier aussi, qui est généralement un métier d’appoint. Il faut savoir que c’est l’un des métiers les plus populaires actuellement, plébiscité par les étudiants ou des personnes qui ont déjà un travail.

"Nous essayons de contrôler la taille de la flotte de livreurs pour éviter d’avoir trop de livreurs sur le terrain par rapport aux courses disponibles."

Plus de 25.000 coursiers ont effectué une livraison depuis la création de Deliveroo Belgique. En 2020, nous avons eu plus de 42.000 demandes pour devenir livreur chez nous et nous avons 3.000 livreurs actifs.

Avec une telle demande, comment vous assurez-vous que chaque livreur puisse avoir accès à suffisamment de courses et gagner assez d’argent?

Nous n’acceptons pas tout le monde comme nos concurrents. Nous essayons de contrôler la taille de la flotte de livreurs pour éviter d’avoir trop de livreurs sur le terrain par rapport aux courses disponibles.

Il y a un an, vous aviez déclaré que si les coursiers passaient sous statut employé, vous devriez arrêter les activités de Deliveroo en Belgique. Le débat est régulièrement ravivé par des décisions de justice. C’est toujours votre position?

Nous ne commentons pas les issues potentielles de décisions juridiques en cours, mais effectivement notre business model se base sur la flexibilité que nous pouvons offrir aux livreurs. Cette flexibilité est aussi la raison pour laquelle nous avons autant de demandes. Si une décision comme celle que vous mentionnez tombe, nous nous adapterons mais je pense que cela n’a aucun sens pour personne, ni pour les livreurs, ni les restaurants ou les clients.

Si nous perdons la flexibilité, les restaurateurs et les clients ne seront pas contents. Les livreurs veulent pouvoir organiser leur travail autour de leur vie personnelle, pas l’inverse. Nous travaillons main dans la main avec le gouvernement belge autour de cette législation spécifique du P2P (Peer-to-Peer, NDLR) qui évolue en 2021 avec une taxation à 10,7% et qui continue à apporter la flexibilité et un cadre autour de ce statut qu'utilisent 85% de nos livreurs.

"On voudrait pouvoir offrir davantage de protection aux personnes qui choisissent un job flexible, mais il faut que le gouvernement nous le permette."

Êtes-vous favorable à ce que les livreurs aient plus de droits sociaux et un statut plus protecteur?

Il faut adapter ce statut pour qu’il soit le plus positif pour les livreurs mais aussi pour les autres opérateurs impliqués. Depuis 5 ans, on a évolué de manière drastique sur le statut des livreurs et ce qu’on a pu leur apporter comme avantages dans la limite du cadre que nous propose le gouvernement. Si on va trop loin dans les avantages, il y a un risque de requalification du statut entre indépendant et employé.

On voudrait pouvoir offrir davantage de protection aux personnes qui choisissent un job flexible, mais il faut que le gouvernement nous le permette. Il y a des pays où nous le faisons déjà (complément maladie, congé parental, plan pension). Pour l’instant en Belgique il faut choisir entre la flexibilité et la protection.

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