Plancher historique pour les brasseurs belges en 2020

Les brasseries belges ont écoulé 1,9 million d'hectolitres en moins en 2020: -1,3 million en Belgique et -0,6 million à l'exportation. ©Photo News

L'année covid s'est avérée catastrophique pour les brasseries belges, dans le sillage de l'horeca. Mais nos brasseurs ont fait de la résistance, surtout dans l'UE.

Les brasseurs belges sont étonnants. Alors qu'ils viennent d'enregistrer en 2020 leur plus mauvaise année à l'exception de la période des deux guerres mondiales, il leur reste une belle dose d'optimisme pour la relance en 2021 et 2022. "Le secteur a montré sa capacité de résilience", souligne Jean-Louis Van de Perre, le président de la fédération Brasseurs Belges. "Si l'on continue d'avoir une météo favorable, l'envie des consommateurs de se retrouver à nouveau hors domicile en Belgique et la volonté d'entreprendre des brasseurs feront qu'on pourra voir la consommation intérieure repartir à la hausse cette année par rapport à 2020", ajoute son directeur Krishan Maudgal. Quant à nos exportations, des premiers signes de reprise ont été perçus sur certains marchés, comme la Chine, au premier trimestre 2021: "Ici aussi, une progression par rapport à l'an dernier reste possible", selon Maudgal.

2020 en trois formules

En attendant, on dispose enfin des chiffres de cette année catastrophe. Elle se résume en trois formules. Un, la consommation de bière en Belgique a chuté de 47,8% en volume dans les cafés et restaurants (horeca), une baisse historique que n'a pu compenser la petite hausse de 2,6% réalisée dans la grande distribution. Combinés, les deux réseaux affichent une chute de 18,6%, soit 1,3 million d'hectolitres (hl) ou 500 millions de pintes en moins, pour totaliser un maigre 5,7 millions hl: un plancher absolu.

Deux, les brasseries belges ont réussi à encore augmenter leurs exportations en Europe (UE), avec une progression de 3,3%, mais ont dû déchanter hors UE, avec une baisse de 18,3%. Au total, leurs exportations ont reculé de 2,9% à 17,8 millions hl contre 18,4 millions. Une belle marque de résistance au terme de l'année covid, mais tout de même la deuxième baisse enregistrée depuis la guerre (après 2008)!

Trois, les brasseurs ont vu leur chiffre d'affaires se contracter de 6,4% et leur nombre d'emplois directs de 5,4% (6.194 contre 6.551). Et ils évaluent toujours l'emploi indirect à 50.000 unités, comme en 2019. Le chômage temporaire a bien entendu contribué à limiter les dégâts, une mesure saluée par le secteur qui considère que, globalement, les autorités ont bien réagi en termes d'aides face à la crise. Seul bémol: il aimerait un peu plus de stabilité réglementaire.

La grande exportation plus difficile à maîtriser

Les brasseurs sont aussi plus nombreux qu'à fin 2019: on est passé de 340 à 379 brasseries en net. "60 brasseries se sont créées, mais 21 ont fermé", nuance Jean-Louis Van de Perre qui y voit un double message: "Cela confirme la résilience de notre métier, mais aussi combien l'année a été difficile, car cela faisait des années qu'on n'avait plus observé autant de fermetures."

379
nombre de brasseries en Belgique
21 brasseries ont fermé en Belgique l'an dernier, mais 60 autres ont vu le jour, soit une différence positive de 39, pour totaliser 379 brasseries fin décembre.

Pour expliquer les performances contrastées à l'export, Krishan Maudgal avance plusieurs éléments. "En Europe, nos brasseurs ont déjà acquis une position importante dans de nombreux pays. Ils ont pu y compter sur leur image, leur réputation et jouer la continuité. Les livraisons au retail ont pu progresser. À la grande exportation, le paysage est différent; la part de l'horeca, qui a été touché partout dans le monde par les mesures de confinement, y est plus importante; l'accessibilité de nombre de ces marchés s'est avérée aussi plus difficile, avec des transports plus délicats à assurer."

Certains marchés ont évolué de manière atypique. Le cas du Royaume-Uni, où nos exports ont bondi de 56%... parce que les importateurs ont anticipé là-bas sur le Brexit en faisant du stock. L'Espagne (+23%) est apparue comme une bonne surprise, malgré la chute du tourisme sous ses latitudes. "Et puis, comme la Belgique, une série d'autres pays ont appelé leurs concitoyens à consommer local", poursuit le directeur. "Le cas de l'Autriche, par exemple."

"On continue à travailler dur, à investir et à innover, de sorte qu'on sera à nouveau les premiers!"
Jean-Louis Van de Perre
Président des Brasseurs Belges

Si les Belges se sont, somme toute, bien défendus à l'international, il est encore trop tôt pour savoir s'ils ont conservé leur place de premier exportateur de bière européen. "Les autres pays exportateurs auront connu les mêmes difficultés", souligne Krishan Maudgal, "mais l'on ne dispose pas encore de leurs chiffres." L'Allemagne et les Pays-Bas talonnaient la Belgique à ce classement particulier en 2018 et 2019: le suspense reste donc entier pour le titre 2020. "On continue à travailler dur, à investir et à innover", complète Jean-Louis Van de Perre, "de sorte qu'on sera à nouveau les premiers!"

Le rôle sous-estimé de l'horeca

Ces derniers mois, les brasseurs ont continué de créer de nouvelles bières et de prendre des initiatives, notamment en faveur de l'horeca. "Cette crise a aussi démontré le rôle de l'horeca dans la vie sociale et la convivialité", ajoute Krishan Maudgal. "On l'avait un peu oublié, ou on avait sous-estimé son rôle. Il fait partie de notre ADN." Et si la vaccination se poursuit et que la tendance à la réduction de la pandémie se confirme, l'envie des gens de se rencontrer à nouveau hors domicile aura un effet favorable sur la consommation.

"Cette crise a aussi démontré le rôle de l'horeca dans la vie sociale et la convivialité."
Krishan Maudgal
Directeur des Brasseurs Belges

"Dans ces conditions, on pourra relancer rapidement le secteur." Et même si certains acteurs de l'horeca vont sans doute disparaître dans les mois à venir avec la relâche du manteau de protection contre les faillites (l'ONSS recommençant à poursuivre, etc.), les brasseurs pensent que les dégâts pourront être contenus et qu'il se relèvera avec eux.

Le résumé

  • L'an dernier, la fermeture de l'horeca durant 5 mois a coûté cher aux brasseurs, qui ont écoulé 47,8% de volume en moins par ce canal en Belgique; la petite hausse de 2,6% dans le réseau retail n'a pas compensé cette chute.
  • Nos brasseries se sont mieux défendues à l'international, surtout dans l'Union européenne où elles ont continué à progresser (+3,3%).
  • Hors UE, leurs exports ont reculé de 18,3%.
  • La fédération Brasseurs Belges reste optimiste: 2021 peut encore rimer avec le redressement du secteur, en Belgique comme hors de nos frontières.

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